Interview de Stephane Pourre Expert francais du Kali Inosanto Lacoste

Stephanr Pourre en stage à Toulouse
Stephanr Pourre en stage à Toulouse
Bonjour a tous,
aujourd’hui, j’ai le plaisir de publier l’interview de Stéphane Pourre, une des références françaises du kali, que l’on entend a mon avis beaucoup trop peu par rapport à ce qu’il a à apporter. Voila l’interview:

Bonjour Stephane et merci beaucoup pour cette interview. Tout d’abord, peux-tu te présenter et nous parler de ton parcours ?

Permet-moi de commencer par te remercier d’avoir pensé à moi pour cet entretien sur notre passion commune des arts martiaux.
Je me présente donc, je m’appelle Stéphane Pourre, j’ai 39 ans et pratique les arts martiaux depuis l’âge de 16ans.
Instructeur en Filipino Martial Arts, que j’ai débuté en septembre 2002, je suis l’un des représentants français de mon professeur Daniel Lonéro et de son organisation : le « Cross Training Martial Arts » ou XTMA.
Pour ce qui est du système fédéral français, je suis ceinture noire 4ème Dan. J’ai été nommé expert fédéral AMSEA et référent de ligues pour l’Ile de France au sein de la Fédération Française de Karaté et Disciplines Associées. Bien sûr ce « titre d’expert »ne fait pas de moi, ni des autres instructeurs nommés à ce titre, un meilleur pratiquant ou instructeur qu’un autre ; mais cela nous permet de développer les AMSEA au sein de la FFKDA, et de faire connaître et reconnaître les AMP par des stages fédéraux ou interventions auprès des disciplines affiliées et désireuses de découvrir les richesses de nos arts du sud-est asiatique. Et plus simplement d’installer durablement dans le panorama des arts martiaux présents en France les AMP.
Pour ce qui est de mon parcours martial, j’ai débuté par le ju jutsu (durant 11ans) et l’Aïkido (durant 5ans) auprès de Sensei Jacques de Peretti sur Paris ; mais également un peu de Yoseikan Budo et diverses boxes poings – pieds.
Je suis formateur en techniques d’interventions professionnelles au sein du service de sûreté de la SNCF ; ce qui me permet d’allier les techniques martiales issues du Kali avec celles dites de « self pro », à mains nues, au tonfa ou au bâton télescopique, en prenant bien sûr les spécificités de mon métier comme le cadre légal, le travail en milieu confiné, en équipe, etc.

Tu pratiques les arts martiaux philippins, qu’est ce qui t’a attiré dans cette discipline et quels sont tes styles favoris?

Je me suis mis aux AMP après avoir vu une démonstration de monsieur Oliver Bersabal lors d’un festival sur Bercy. A cette époque, je pratiquais encore le ju-jutsu. Je voulais trouver une discipline qui enseignait le maniement des armes contondantes et tranchantes. Après avoir assité à quelques cours sur divers clubs,j’ai pu avoir un aperçu de la richesse technique de ces arts, et par la même occasion certains manques dans ma pratique du ju jutsu. En effet les AMP, du moins dans l’école que je pratique, vous enseignent d’abord à maitriser les attaques avant de travailler les défenses. Je m’explique. Comment peut on espérer faire face à une attaque de poing lorsqu’on a jamais boxer un minimum et déjà pris des coups. Comment peut on peut espérer se défaire d’une saisie au corps à corps si on n’a pas de rudiments de lutte. Et comment peut on penser se défense face à une attaque avec arme contondante si on ne connaît pas les possibilités d’utilisation d’un simple bâton. Et je ne vous parle même pas des couteaux ou autres objets tranchants ou piquants.

Puis j’ai découvert les notions de flows et de drills, et donc l’apprentissage par le jeu et dans le mouvement. En kali, on dit que la fin d’un mouvement correspond au début d’un autre. Cette notion de mouvements permanents nous imposent de penser notre pratique plus sous forme de concepts et d’attributs que sous celle de collections de techniques , et ce afin de développer la capacité d’adaptation.

Pour ce qui est de la notion de styles, on peut comprendre la question sous deux angles.

En Kali Inosanto Lacoste, on parle de 12 secteurs ; les armes simples , doubles, moyennes et courtes combinées, doubles couteaux, etc. Donc si la question est sur cet aspect, je dirai que mes secteurs de prédilection seraient le panantukan et le bâton simple ; sans négliger le reste bien sûr.
Si la notion de styles est synonyme d’école, évidemment je répondrai le Kali Inosanto Lacoste, que j’ai choisi de suivre. Premièrement parce que j’ai eu la chance de rencontrer les personnes qui ont su me donner envie de découvrir cette école.Et aussi parce que notre école est un système hybride qui s’est enrichi de l’expérience et de l’ouverture d’esprit de notre principal professeur , guro Inosanto. Légende Vivante des Arts Martiaux en Général, et des Arts du Sud Est Asiatique notamment, il a su développer divers aspects pédagogiques et surtout mettre en lumière ces AMP, jusqu’à alors quasi inconnus des pratiquants d’Arts Martiaux. Je tiens d’ailleurs à rappeler que la plupart des enseignants français de kali ont débuté par le kali Inosanto ; malheureusement lorsque je discute avec eux ou lis leurs interventions lors d’interview, je me rends compte que la plupart d’entre eux n’ont fait que gratter la surface de notre école et pensent que la richesse du kali Inosanto se limite à du « Sumbrada 6 ou 10 », et « puno sumbrada » pour le bâton , du « palasut » pour le couteau, et d’une collection de techniques . Ce serait un art dépourvu de concepts et d’attribus , ce qui est totalement l’inverse.
Ensuite j’ai envie de te dire qu’il n’y a pour moi aucunes disciplines meilleures qu’une autre. Certaines conviendront plus à certaines personnes qu’à d’autres. Certaines se spécialiseront plus dans certains secteurs, d’autres seront plus généralistes ; mais ce qui fera l’efficacité d’une discipline restera toujours le pratiquant, parfois l’instructeur.
Donc par rapport à mes sensibilités, en dehors du Kali Inosanto Lacoste, j’aime beaucoup le Lameco Eskrima de feu Punong guro Edgard Sulite qui met l’accent sur l’application en combat, et qui fait partie des influences présentes dans notre école.
Je citerai également le kali Sikaran de Jeff Espinouss, très technique et varié, avec de très bons exercices de manipulations de la structure sur le partenaire.
Le Doce Pares de Franz Stroeven, avec un style assez agressif et riche. Le FCS Kali de Ray Dionaldo, qui met l’accent sur le flow et le travail de la lame. Le Pekiti Tirsia de G.M Leo Gaje , style resté très martial et encore utilisé par l’armée Philippine. Et bien d’autres styles, car tous les AMP sont riches et d’un intérêt pour tout pratiquant, je citerai également le Balintawak et le Modern Arnis qui sont présents en France.

Quels sont tes pratiquants et instructeurs réfèrences dans ces disciplines?

J’ai plusieurs personnes qui m’ont influencé ou m’influencent encore dans ma pratique et mon enseignement.
J’en profite au passage pour remercier mes deux premiers professeurs de Kali, Jean-Yves Pernod et Christophe Soulié qui m’ont fait découvrir et aimer les AMP, et Christophe pour tout ce qu’il fait depuis quelques années pour la promotion des AMP, sans mettre en avant plus un style qu’un autre, notamment lorsqu’il était encore responsable des AMSEA au sein de la FFKDA.
Mon troisième professeur de Kali, monsieur Richard Mugica, est l’un des instructeurs qui a marqué, et marque encore aujourd’hui de son empreinte ma pratique et ma vision des AMP. Il m’a enseigné les notions de concepts et d’attributs, le travail d’adaptation, l’aspect combat et bien d’autres choses.
Mon autre réfèrence est bien sûr guro Daniel Lonéro. J’ai eu la chance de commencer à suivre son enseignement, alors qu’il vivait encore en Europe, et que je venais de débuter le Kali depuis deux ou trois mois seulement. Mon professeur Christophe Soulié le faisait venir plusieurs fois par an au sein de notre association. J’ai pu ainsi découvrir la richesse technique de ces AMP, enseignés par un « extra-terrestre » et un surdoué des Arts Martiaux et sports de combats qui devint par la suite « full intructor » dans diverses disciplines comme les Filipino Martial Arts, le Jeet Kune Do, le Maphilindo Silat, le Shootwrestling, le CSW, le Muay Thai et d’autres. Doté d’une humilité devenue trop rare dans ce milieu, ancien compétiteur et un super professeur très pédagogue.

Vient ensuite une légende vivante, sous le nom de guro/sifu Daniel Inosanto, le professeur de guro Lonéro. Pour beaucoup il est d’abord l’élève de Bruce Lee. Pour moi, il est avant tout un grand Monsieur des Arts Martiaux, que j’ai eu la chance de rencontrer lors d’une de ses venues en Allemagne. Mon professeur, Daniel Lonéro, vivant au quotidien aux côtés de guro/sifu Inosanto, j’ai pu en apprendre un peu plus que ce que l’on peut lire dans les magazines, tant sur l’Homme que sur l’Artiste Martial. Et j’en profite pour rappeler que si le Kali est présent sur notre sol, on le doit en partie à guro/sifu Inosanto. Il a d’abord fait connaître les AMP aux personnes qui venaient participer aux stages de Jeet Kune Do en incorporant peu à peu les AMP à ces évènements et donc les faire découvrir au grand public. Il a également permi à pas mal d’instructeurs d’AMP de se faire connaître, en les accueillant au sein de son académie, en les présentant lors de grands stages, les faisant intervenir et vantant leurs aptitudes. Ce que beaucoups ignorent. J’en profite pour citer quelques noms qui ont influencé la pratique et l’enseignement de Guro Inosanto : John Lacoste, Angel Cabales, Regino Ilustrisimo, Leon Giron, Ben Largusa, Lucky Lucay Lucay, Floro Villabrille et Edgard Sulite pour les plus connus.
Au niveau international, je citerai également Ron Balicki, Rick Faye qui restent très influents sur mon parcours martial. Mais aussi Bob Breen, Jeff Espinouss, Peter Weckauef, Franz Stroeven, Rick Young, Flavio Ruiz Van Hoof, et bien d’autres.
Au niveau français, pas mal d’instructeurs commencent à émerger et le niveau monte de plus en plus. Pour ne vexer personne je ne ferai pas de liste. Je me permets juste de citer messieurs Jean-Pierre Défosse et David Delannoy qui sont mes ainés. Et je rajouterai tout de même un nom, celui de Laurent « Hit » du Modern Arnis qui, pour moi « a le meilleur bâton » en France, et un super mec sur le plan humain.

Les AMP enseignent aussi bien la boxe, la lutte et l’utilisation des armes. Dans ton enseignement donnes tu une priorité à l’un ou l’autre? Par quoi commences tu et pourquoi?

Un des atouts des AMP, c’est la diversité des styles ou écoles, et leurs richesses techniques ; donc j’ai envie de dire que chacun peut y trouver son compte.
Lorsque l’on dit pratiquer les AMP, on est sensé abordé au moins au minimum les trois secteurs de travail présents dans ta question. Sinon c’est un peu comme si je prétends partiquer les Arts Martiaux Japonais en pratiquant uniquement le Judo par exemple; il me manquerait l’aspect armes des kobudo et autres écoles, ou les percussions des divers styles de Karaté.
Nous avons la chance d’étudier ces divers secteurs au sein du Kali Inosanto et du XTMA ; comme c’est aussi le cas de diverses écoles d’ AMP comme le Kali Sikaran par exemple.
Pour revenir à ta question, il est de coutume de dire que les AMP commencent toujours l’enseignement des armes en premier pour finir par la main nue. Généralement par l' »espada y daga » afin de travailler une arme courte (le couteau) qui vous oblige à travailler les distances courtes et moyennes ; et une arme moyenne (bâton ou épée) qui vous amène sur les distances moyennes et longues. Ce secteur de travail permet alors de développer plusieurs distances à la fois et développer une des notions les plus importantes du kali : le Zoning.
Pour ce qui est de mon enseignement, je commence toujours par le travail à mains nues pour glisser vers les armes. Et ce pour une raison toute simple. Les pratiquants d’autres disciplines pensent souvent (à tord) que les AMP se limitent à « faire la majorette avec des bâtons » et ne sont pas en phase avec notre société actuelle.
Je commence donc l’apprentissage des AMP par celui du Panantukan et du Maphilindo Silat, afin de démontrer cet aspect méconnu des pratiquants d’autres disciplines, et surtout leur efficacité sur toutes les distances et avec tous types d’armes.D’abord l’aspect « boxing » afin de pouvoir développer certains attributs comme la forme de corps , la fluidité dans le geste et le déplacement, la lecture du partenaire etc. Puis viennent ensuite l’aspect manipulations de la structure et la lutte. Tout cela dans le but d’apprendre à travailler toujours en mouvement et avec l’optique du combat.
Je pars du principe que si vous avez un bon panantukan et un bon silat, vous aurez un « bon couteau » et dans la continuité, un « bon bâton ». Mais vous développerez également des capacités d’adaptation avec tous types d’objets.
De plus ça permet de toucher un public qui peut avoir des préjugés sur les AMP en général, et sur le travail avec armes en particuliers, et qui bien souvent apprend à aimer cet aspect qu’il aurait fui auparavant. J’ai quelques élèves qui sont venus s’inscrire à l’origine pour le filipino boxing et le silat, et qui sont demandeurs aujourd’hui du travail avec armes (bâton simple, double, couteau, sarong, etc.).

Je vais me permettre de te parler rapidement de guro Inosanto. Lorsqu’il a commencé à enseigner le Jeet Kune Do lors de stages au niveau international, les stagiaires venaient pour découvrir la discilpline de Bruce Lee. Guro Inosanto a eu l’idée de mettre un pourcentage infime au début, de Kali sur ces stages. Et petit à petit les gens se sont mis à pratiquer le Kali et aimer le travail des armes.

La pédagogie des AMP fait la part belle aux drills et répétitions techniques. Certains instructeurs comme Burton Richardson recommandent d’intégrer le sparring à l’enseignement. Intrégres tu le sparring à tes cours et si oui , sous quelle forme?

L’une des caractéristiques des AMP, c’est le travail des drills et des flows. Ceux-ci sont très utiles pour développer certains attributs comme la fluidité, la forme de corps, la précision, l’action dans le mouvement, la vitesse de réaction et d’exécution et pleins d’autres encore selon les exercices.
Mais le danger de ne travailler que des flows codifiés, c’est que vous allez sous développer l’un des attributs les plus importants, celui de la capacité d’adaptation. Donc l’idéal est de travailler ces exercices codifiés pour développer certains attributs, et de « décodifier » rapidement ces flows pour tendre vers le libre et glisser progressivement vers le combat. Beaucoup sont contre les flows codifiés. Mais un boxeur passe d’abord par le shadow et les gammes sur pattes d’ours avant de se lancer dans les assauts. Pourquoi en serait il autrement en kali avec les armes?
Pour ce qui est de notre école, le déroulé pédagogique d’apprentissage se décline selon sept méthodes d’entraînement :
l’abecedario / le sumbrada / mixage d’abecedario et sumbrada / carenza (shadow) / cibles et environnements variés / visualisation et méditation / combats ( à thèmes, light ou plein contact, avec diverses armes, etc.)

Sans rentrer dans l’explication de chacune de ces méthodes, toute pratique se doit d’être perçue dans l’optique du combat, qu’il soit sportif ou plus réaliste, à thèmes ou libre ; sinon le mot martial perd tout son sens. Notre but est d’être capable d’insérer certains éléments techniques dans des assauts souples pour tendre vers le combat.

Pour ce qui est du Panantukan (filipino boxing), je commence par des assauts ou seul l’un des deux partenaires attaque. Le défenseur s’efforce de placer soient des parades, gunting, soient des manipulations de la structure pour passer sur les côtés ou dans le dos, trouver le bon « zoning », le bon timing, la bonne lecture du corps, et donc géner un maximum l’assaillant. Bien sûr, dans un premier temps l’attaquant ne va pas asphyxier son partenaire. Le but étant de développer un assaut avec les spécificités du Panantukan, la vitesse des coups, les déplacements et les contres de l’assaillant sont adaptés au niveau du défenseur, et les difficultés augmentées au fil de la progression technique du partenaire.

Si les deux partent directement en assauts libres, on risque d’assister à un assaut de kick boxing ou autre boxe sportive dépourvue de tout attribut des AMP.
Idem pour les assauts aux bâtons qui doivent passer par diverses étapes pédagogiques ; sinon ce n’est plus du Kali mais une pale copie de la Canne française. Ce qui est tout aussi efficace mais sans réel rapport technique avec les AMP.

Quelles différences vois tu entre les styles philippins traditionnels et ceux développés par les immigrants philippins en Californie? Le Kali Inosanto est un peu un mélange des deux, non?

Avant de répondre à ta question, permets moi d’aborder celle-ci sous un angle plus général. Il est assez habituel de nos jours d’entendre dire que les nouveaux arts martiaux (et je ne parle pas des Budo), sports de combat et disciplines dites de « self-défense » surpassent les arts martiaux dits traditionnels.
Je ne veux pas ouvrir de débat sur ce sujet. Je pense juste que c’est simplement le reflet de notre société de consommation où tout doit être « consommable » rapidement et édulcoré pour notre monde occidental dit « civilisé », où les arts martiaux n’ont plus de martial que le nom, et doivent être des références de la maîtrise de soi et de la non violence.
Bref, tout l’inverse du guerrier qui devait sauver sa vie sur les champs de bataille. Et au passage, tous les arts martiaux ne suivent pas forcément le code du Bushido ; tout est question de lieux, de culture et d’histoire.
Je fais ce parallèle car j’entends souvent certains pratiquants ou instructeurs de « styles purement philippins » (selon leurs pensées) raconter que les AMP dit traditionnels surpasseraient ceux dit « américains », plus jeunes de création.
Donc, si diffèrence il existe, elle serait pour les AMP inversée par rapport aux Arts Martiaux en général (le plus ancien serait mieux que le plus récent).

Autant te dire qu’entendre ce genre de bêtises m’hérisse le poil.

Pour ce qui est de notre école, guro Inosanto a été formé ou influencé par 24 instructeurs dont la majorité étaient des « pensionados », des immigrants philippins passés par Hawai et la Californie principalement. Parmi eux des eskrimadors illustres comme Floro Villabrille, connu pour avoir participé à des combats au bâton, parfois à mort. Mais aussi John Lacoste qui était expert dans divers styles d’AMP, tant de styles présents dans les visayas (centre), que des systèmes de combats des Moros de Mindanao (sud). Pour ne citer qu’eux deux.
Ce que je veux dire, c’est que les bases de notre école ont été forgées par des instructeurs qui ont testé leur Kali (ou Arnis ou Eskrima) lors de duels à mort, de combats libres non sportifs ou plus simplement durant la seconde guerre mondiale. Dons si le traditionnel existe dans les AMP, l’Inosanto en fait partie.
Ensuite, il faut rappeler que les AMP ont vécu un peu la même histoire que les Arts Martiaux Brésilens dès la domination espagnole vers la fin du 15ème siècle. Ils ont survécu dans l’ombre et se limitaient à quelques castes ou villages. De plus, ils ont subi énormément d’influences au cours des diverses invasions ou dominations (espagnoles, américaines et autres.), dues à la route maritime et ses échanges (Arabo-musulmanes surtout sur la partie méridionale et chinoises au Nord).
Bref, pour moi on ne peut parler d’AMP traditionnels, comme on en parle pour les Arts Martiaux Japonais ou Chinois, de par leurs influences diverses au fil des siècles, des adaptations aux nouveaux envahisseurs et leurs types armes, leurs formations militaires, la morphologie des assaillants.
Les AMP sont donc, selon moi, des Arts Martiaux qui ont su, au fil du temps, devenir des Arts d’adaptation plutôt que des Arts figés dans des traditions. Les écoles d’AMP qui ont vu le jour au cours du 20ème siècle comme le Lameco, l’Inayan, ou l’Inosanto Lacoste ne sont que la continuité de l’enrichissement de ces arts d’adaptation.

De plus, même si guro Inosanto ou feu Mike Inay (Inayan escrima) , pour ne citer qu’eux sont américains (d’origine philippine), ça ne fait pas d’eux de moins bons kalistas que des philippins nés et vivant aux Philippines. Ca reviendrait à dire que tous les bons judokas ne peuvent être que japonais. Allez dire ça aux Teddy Riner, Anton Geesink ou Angelo Parisi. Ou encore que le ju jutsu ne peut être perçu que par les japonais ; là encore je vous laisse dire cela à la famille Gracie et aux brésiliens le pratiquant.

Tu bouges beaucoup pour donner des stages, comment vois tu l’évolution du Kali en France?

Disons que le Kali se développe pas mal depuis quelques temps sur le territoire français. Le niveau technique suit son cours de progression et pas mal de clubs ont vu le jour.
Quelques instructeurs d’autres disciplines, comme le Karaté, le Krav Maga, le silat, ou encore de self-défense, font parfois appel à mes camarades Kalistas et moi-même pour intervenir lors de stages ou échanges pour découvrir la richesse des AMP.
De plus la FFKDA, au sein de laquelle évoluent les AMP, permet de mettre en lumière nos disciplines par l’accès à certains diplômes fédéraux (DAF/DIF), professionnels(CQP,etc.), des grades officiels (qui en passant existent déjà dans certaines écoles d’Arnis, Kali, Eskrima ; je parle des systèmes de ceintures bien-sûr), des compétitions, des stages à moindre coût (3 experts philippins cette année), et l’accès au festival de Paris Bercy cette année.
J’en profite pour remercier M.Tramontini, DTN adjoint au sein de la FFKDA, qui a su déceler le potentiel de nos disciplines et a oeuvré avec Christophe Soulié au développement des AMSEA au sein de la fédération de Karaté.
Pour conclure, je dirai que ce qui fait la force des AMP est aussi sa principale faiblesse: la diversité de ses styles! Force, car chacun peut y trouver ce qu’il recherche ; et sa faiblesse car les non initiés s’y perdent un peu dans la multitude de styles ou d’écoles.
Les AMP ne feront, je pense, que grandir et se développer dans le panorama des Arts Martiaux en France car chacun peut y trouver son compte tant sur les plans de l’efficacité que de la diversité technique, que de l’aspect ludique d’apprentissage, de l’aspect combat, que de certains aspects qui leurs sont assez spécifiques et pas communs à d’autres arts martiaux. Le tout est de trouver le style, l’instructeur et l’ambiance du club qui vous correspondra.

Quels sont tes futurs projets pour le développement du Kali et où te trouver pour assister à tes cours?

Mes priorités, actuellement, sont de développer notre nouvelle section de Montgeron (91) qui s’est ouverte la saison dernière et rattachée aux autres sections AFAMSEA de Paris et St Maur. Constituer un bon petit groupe, tant sur le plan humain que technique, afin d’envisager quelques démonstrations sur divers évènements et promouvoir les AMP. Mais aussi et surtout former des Kalistas qui souhaitent à l’avenir enseigner le Kali, car le but premier étant de promouvoir, il faut former de futurs instructeurs qui en formeront d’autres à leur tour. Bien sûr ça prend du temps car on ne devient pas instructeur du jour au lendemain!
Sinon je continue de bouger partout où l’on me demande de venir partager ma passion des AMP, comme chez toi au sein de l’ A.D.D.A.M sur Auzeville-Tolosan. Je commence également à proposer de nous rejoindre lors de journée de training sur Montgeron, qui se déroulent tous les deux mois en moyenne et gratuitement pour les licenciés FFKDA, pour permettre à qui veut de découvrir les AMP et partager ensemble nos passions communes des Arts Martiaux.

Pour venir nous voir, les copains de l’AFAMSEA Montgeron et moi-même, vous nous trouverez à l’adresse suivante : Gymnase du COSEC

avenue Charles de Gaulle

91230 Montgeron.

tous les mercredi soir et samedi matin.

ou me contacter au 0662663768 ou :

fanpourre@yahoo.fr

ou sur notre page facebook : kaliMontgeron

Merci pour l’interview!

Merci à toi Yvan!

Stéphane en action:

http://www.youtube.com/watch?v=_UquRPRzPSo&feature=share

Interview de Sébastien Thiery, instructeur français de Muay Chaiya

 

 

Aujourd’hui j’ai le plaisir d’interviewer Sébastien Thiery, un des rares français à avoir pu pratiquer le Muay Chaiya, un style traditionnel de muay thai, également instructeur dans ce style.

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Kru Lek,  chef de file du Muay Chaiya avec Sébastien Thiery après la cérémonie d’acceptation en tant qu’élève

 

Bonjour Sébastien et merci d’avoir accepté de répondre à cette interview.

Bonjour Yvan, merci à toi pour cette interview.

Tout d’abord, peux-tu te présenter et nous parler de ton parcours?

Sébastien Thiery, 34 ans, j’ai débuté les arts martiaux et les sports de combat par le full contact et la savate pendant 2 ans puis après une pause dûe à la fermeture du club, j’ai commencé le Jun Fan Gung Fu (Jeet Kune Do concept), le Kali eskrima (style Inosanto) et le Maphilindo Silat pendant 4 ans avec des pauses entre deux car j’avais déjà la boujotte à l’époque.  J’ai découvert le Muay Chaiya en faisant des recherches sur les arts martiaux traditionnels Thaïlandais Passant beaucoup de mon temps en Thaïlande je me suis mis à la recherche d’une école et  j’ai trouvé Baan Chang Thai , l’école de Kru Lek à Bangkok.

Tu pratiques le muay chaiya, qu’est ce qui t’as attiré dans cette discipline?

Ce qui m’a attiré c’est d’abord que c’était un style traditionnel et non pas sportif. Ce qui correspondait plus à ce que je recherchais car j’ai aussi pratique un peu le Muay Thai sportif quand j’étais là-bas mais je n’étais pas satisfait mis à part pour le côté physique et cardio. Dans le Muay Chaiya, J’ai trouvé l’approche du combat très intéressante et les techniques originales et vicieuses… Un style très riche, rempli de petits détails.

Peux-tu nous dire d’où vient cette boxe?

Cette boxe vient bien sûr de Thaïlande, mais plus précisément de la ville de Chaiya dans la province de Surathanie dans le sud de la Thaïlande.

Quelles sont les différences avec la boxe thai sportive?

C’est une forme traditionnelle, elle n’a pas été créée pour la compétition sur un Ring. Ensuite je lui trouve, ainsi que beaucoup de pratiquants d’arts martiaux Chinois qui ont eu l’opportunité de découvrir ou de pratiquer ce style, beaucoup de points communs avec des styles traditionnels Chinois. Par exemple, grande utilisation des coudes xingyi et zui quan (Boxe de l’homme ivre), déplacements en triangle sur les côtés et déplacements enroulés d’homme ivre sur attaque frontale, de biais saisi de jambe balayages… D’autre voient aussi des similitudes avec le Tang Lang, c’est ce que j’ai pu glaner en discutant avec les pratiquants de Gung Fu que j’ai croisé. On m’a cité aussi le Hung Gar et le Wing chun.  Pour ma part j’ai pu faire le parallèle avec le travail des armes, étant aussi pratiquant d’arts martiaux Philippins, l’Arnis m’a permis de comprendre pas mal de concept du Muay Chaiya au niveau des déplacements et de l’origine des techniques qui viennent de la pratique des armes.

Ce style utilise beaucoup les coudes pour la défense et l’attaque. On l’appelle aussi le style du Durian. Le durian est un fruit avec de grosses épines si bien que l’on doit le prendre avec des gants pour ne pas se blesser. Le Muay Chaiya reprend un peu ce principe. La garde et le système défensif est tel que l’on ne sait pas ou attaquer sans se blesser ou venir s’empaler sur les pointes du corps. Les coudes et les genoux servent à bloquer et utilisent la force de l’adversaire pour s’en servir contre lui (vous voyez quand je vous dit qu’il y a de la chinoiserie de ce style 🙂 ). Donc on reproduit le système du durian ou du hérisson,  qui est plus familier dans nos contrées, mais l’idée est la même quand il est en boule on ne sait pas comment le prendre sans se piquer.

Quels sont les principes pédagogiques de cette boxe? A quoi ressemble un entrainement classique?

Nous avons dix exercices fondamentaux, le Yaang Saam Kum qui est le souffle du Muay Chaiya comme aime le dire Kru Lek. C’est en fait le footwork. On pratique des combinaisons que l’on pourrait comparer à des Katas, du travail au sac, Top Hue qui est un exercice pour pratiquer la défense et du sparring bien sûr. Nous avons une multitude d’exercices rien que pour pratiquer la défense qui est le point fort de cette boxe. On passe beaucoup de temps sur la défense avant d’apprendre l’attaque et la contre-attaque.

Le cours se déroule toujours de la même manière : on commence toujours par les 10 fondamentaux, des exercices qui ont pour fonction de préparer le corps, la garde, les mouvements fondamentaux. Ça se décompose en 10 exercices de 3 min. Nous faisons les 6 premiers puis un petit break puis on enchaîne sur les 4 derniers. Les exercices sont bien sûr de plus en plus durs et de plus en plus physiques. Ensuite nous pratiquons le Yaang Saam Kum  (the three treasure steps) qui sont tous les déplacements du Muay Chaiya. Ils travaillent bien sur l’équilibre car nous avons des positions sur une jambe, il y a donc beaucoup d’exercices douloureux pour travailler nos appuis et les rendre solides. On enchaîne ensuite sur les enchaînements techniques qui pourraient s’apparenter à des katas. Ils nous apprennent à lier les techniques entre elles pour que cela devienne instinctif et que tout s’enchaîne naturellement. Pour ceux qui sont dans le groupe avancé avec Kru Lek ils finissent ensuite sur les déplacements, mais ceux-là diffèrent du début. Au début on travaille par série, là Kru Lek dit un déplacement et on exécute. Ils sont dans le désordre dans toute les directions, il faut donc retenir toutes les terminologies et surtout être réactif. Parfois il donne 3 ou 4 déplacements d’affilé et on doit s’exécuter. On finit toujours sur la position Sua Laak Hang (le tigre qui traine la queue) une position très basse qui est la position de base pour le Luk Mai (contre-attaque) du même nom. Pareil, on va d’avant en arrière, à droite à gauche, on se retourne mais toujours rester dans cette position qui fait très mal aux cuisses, croyez moi.

Ensuite après une petite pause en général, d’une semaine à l’autre on fait des roulements sur la fin de l’entraînement, une semaine nous clôturons l’entraînement avec l’exercice qu’on appelle Top Hue (claquer les oreilles 🙂 ) nous divisons les élèves en 2 et faisons 2 lignes et ils se font face. C’est un exercice pour travailler les réflexes et la défense. Pendant 1min30 un côté va attaquer pendant que l’autre doit défendre. Le but pour celui qui attaque est de toucher les oreilles de son partenaire. On commence doucement mais ensuite on peut feinter, accélérer le plus possible  pour arriver à le surprendre. Celui qui défend ne doit pas laisser l’autre lui toucher le visage, la tête ou les oreilles. Dans une forme plus avancé de  cet exercice on varie la hauteur des attaques et le type d’attaque. Ensuite on change les rôles celui qui attaquait défend et vice versa puis la ligne extérieure se décale pour pratiquer avec le partenaire d’à côté ce qui permet à tout le monde de pratiquer avec tout le monde.

Seconde possibilité nous faisons des groupes un attaquant va avoir un groupe de 2 ou 3 partenaires qui travailleront avec lui à tour de rôle. Encore une fois l’attaquant pour toucher son partenaire. Là toutes les techniques sont permises mais on travaille en souplesse et pas en puissance. Cela permet à l’attaquant de travailler ses combinaisons et ses feintes tandis que ses partenaires, eux ne peuvent que défendre puisqu’ils n’ont pas le droit ni d’attaquer, ni de contre attaquer. Ceci permet de se retrouver parfois en stress car on ne peut que bloquer, ce qui est très frustrant quand les coups pleuvent de partout et sous tous les angles. On travaille le mental, à ne pas craindre les coups, à avancer plutôt que reculer. En effet, en Muay Chaiya on veut rentrer, on casse la distance, c’est une boxe très rapprochée ou on cherche le contact. On  applique les mouvements de défense associes aux déplacements. C’est très frustrant comme exercice, mais très intéressant.

Dernière variante, Les Luk Mai (contre-attaque) Kru Lek nous montre quelques Luk Mai puis des groupes sont constitues et se voient attribuer un panel de Luk Mai à pratiquer selon les degrés d’avancement de l’élève. Il pratiquera donc des techniques avancées ou plus simples. Souvent après que le cours soit fini, l’école reste ouverte et nous restons une ou deux heures de plus pour continuer à s’entraîner, sparrer, faire un peu de fitness. Les cours collectif finissent à 19h mais il n’est pas rare qu’il y ait du monde jusqu’à 22h-22h30 qui continue à s’entraîner.

Quels sont tes pratiquants et instructeurs références dans ces disciplines?

Bien sur mon maître Kru Lek et ses maîtres avant lui. Pramajarn Kaet Sriyapai qui était reconnu comme le plus grand maître de Muay Chaiya. Son père était le gouverneur de la Ville de Chaiya qui avait lui-même appris de Por Tan Mar le fondateur du style. Pramajarn Kaet a étudié auprès de 13 maîtres de muay différents dont Ajarn Kimseng qui était un très grand du Muay.  Ensuite il y a Kru Thong Lor Yalae qui était aussi un élève de Pramajarn Kaet Sriyapai. C’était un grand combattant il a fait plus de 200 combats en utilisant le Muay Chaiya il fut le second maître de Kru Lek. Il est mort en 1996 et c’est à ce moment que Kru Lek commença à transmettre ce qu’il avait appris. Ensuite il y a Tae l’élève sénior de Kru Lek c’est incroyable de le regarder sparrer, la fluidité la rapidité et la précision de ces mouvements, et c’est très douloureux de sparrer avec lui ! Il y a aussi Kru Nathan Brown qui était aussi un de mes instructeurs à Baan Chang Thai durant mes 4 années à Bangkok et un ami. Pour finir j’aurais toujours une pensée spéciale pour Kru Aof un des assistant de Kru Lek qui nous a quitté l’année dernière, c’était une personne incroyable, toujours prêt à aider dans notre pratique, à sparrer et il était aussi un ami.

Est-ce que cette boxe se développe bien au niveau mondial?

Kru Nathan Brown y travaille. C’est son projet. C’est pour cela qu’il est revenu en UK pour créer une Fédération internationale et organiser tout cela afin de former des instructeurs compétents avec un suivi et une transparence dans leur apprentissage, le niveau qu’ils sont habilités à enseigner etc…

Donnes-tu des cours actuellement ou comptes tu en donner?

Kru Lek m’a habilité à enseigner, j’assistais déjà Kru Lek quand j’étais à Bangkok pour l’aider à enseigner vu le nombre grandissant d’élèves qui viennent dans son école, surtout des étrangers. Avoir des assistants Francophones et Anglophones est d’une grande aide donc oui je compte donner des cours si des gens sont intéressés.

Quels sont tes futurs projets pour le développement du muay chaiya?

Aider comme je peux pour populariser ce style et le transmettre ce qui il m’a été transmis et surtout retourner en Thaïlande auprès de Kru Lek continuer mon apprentissage qui est loin d’être terminé.

Où te trouver pour pratiquer cette discipline?

Pour le moment je suis à Louviers en Haute Normandie entre Evreux et Rouen.

Merci beaucoup Sébastien d’avoir pris le temps de repondre a mes questions, je te souhaite bonne chance pour le développement du muay chaiya et nous nous tiendrons au courant de ton actualite !

Merci et à bientôt!

PS: une vidéo de Kru Lek pratiquant le muay chaiya

http://www.youtube.com/watch?v=qZ-V3p6Waa4

Et ici le site du muay chaiya de Nathan Brown, le plus haut gradé européen avec un instructional en ligne que je reviewerai prochainement:

http://www.muaychaiya.co.uk/

Et pour contacter Sébastien: sebastien_thiery@hotmail.fr

The little black book of violence: what every young man needs to know about fighting

http://ecx.images-amazon.com/images/I/511jn1CqqqL.jpg

Aujourd’hui je vais présenter un livre sur la protection personnelle venu des USA: « The little black book of violence« 

  • Présentation générale

Ce livre a été écrit par Lawrence Kane et Kris Wilder, deux pratiquants et  enseignants d’arts martiaux japonais qui se sont ensuite intéressés à la protection personnelle. Il a également été préfacé par le sergent Rory Miller et Marc « the animal » McYoung, deux références en protection personnelle aux USA. 

The little black book of violence est un livre de protection personnelle dont le principal objectif est d’écoeurer le lecteur  afin qu’il ne cherche en aucun cas à jouer les héros pendant une agression. Il s’adresse aux jeunes hommes entre 18 et 35 ans qui sont selon les statistiques les plus impliqués dans les agressions violentes. Les conseils donnés sont un mélange de bon sens et de retour d’expérience de différents acteurs confrontés régulièrement à la violence.

Le livre est construit de la manière dont je pense que n’importe quel livre traitant de la protection personnelle devrait l’être: en trois parties. La première partie sur la prévention des agressions, la seconde sur l’agression physique et la troisième sur les conséquences de l’agression.

  • Première partie: prévention de l’agression

La première partie reprend toutes les bases de la prévention. Toutefois, tout ce qui concerne le domaine de la préparation, comme les EDC (every day carry) ne sont pas traités. Néanmoins, je ne trouve pas que cela manque réellement… Les auteurs traitent donc des notions de vigilance, la notion de zone de confort et de langage non verbal servant à la marquer, le concept de désescalade, la prise de conscience que la situation  peut empirer et l’analyse de l’agresseur pour chercher d’éventuels signes de port d’armes. Les auteurs insistent lourdement sur le fait que fuir quitte à laisser l’ego en prendre un gros coup est la meilleure solution.

 Bien que pour la plupart des aspects pris en compte on soit dans du « classique », certaines astuces et l’écriture sous forme d’une « to-do list » fait de cette partie une bonne référence de la phase de prévention d’une agression. Il y a des petits exercices proposés tout au long de cette partie, en particulier sur la prise de conscience des états de vigilance ou la compréhension des notions de zone de confort et d’occupation territoriales qui sont très intéressants.

  • Deuxième partie: gestion de l’agression physique

La seconde partie traite du combat physique à proprement parler. Elle se découpe en deux sous-parties. La première traite des règles du combat au regard de la loi. En d’autres termes, problèmes de proportionnalité et de la subjectivité des témoins en termes de proportionalité de l’action (exemple du chapitre ne jamais frapper une femme qui vous agresse à moins qu’elle soit armée…). A noter que ce livre a été écrit par des américains et s’adresse à des américains. La loi n’est pas la même. Néanmoins, je trouve que les conseils donnés s’appliquent généralement bien à la législation française (d’ailleurs si une bonne âme voulait bien écrire un livre sur ce sujet, ça manque pas mal…).  La seconde partie traite de stratégies et de techniques de combat pour rester en vie. Là encore du classique mais bien découpé d’un point de vue écriture et surtout quasiment exhaustif sur les points importants dans ce cadre. Je citerai juste quelques uns de ces points: utiliser les mêmes « trucs » simples tant qu’ils marchent, éviter le sol, faire attention aux copains et savoir qu’on va être blessé. Là encore des anecdotes et quelques exercices sont proposés pour travailler cela.

Point amusant, comme je l’ai dit plus tôt, les auteurs sont issus des arts martiaux traditionnels. Ils proposent donc des solutions techniques issues de ces disciplines et les présentent en gi… C’est juste anecdotique parce que cette partie technique, comme souvent dans les livres d’arts martiaux ou protection personnelle est la moins intéressante. A l’heure des dvds, apprendre une technique en image est un peu dépassé je pense. Enfin, c’est presque une tradition de mettre quelques techniques en images dans ce type de livre…

  • Troisième partie: les conséquences

La troisième partie traite donc des conséquences.  Elle commence par un récapitulatif des choses à faire après un combat. Appeler les secours, chercher ses propres blessures, porter secours à l’agresseur éventuellement, témoigner en restant factuel et ne pas insulter l’agresseur après coup. Une attention particulière est également portée sur l’impact psychologique après une agression. J’ai beaucoup aimé le conseil de ne pas exagérer sous le coup de l’émotion durant la déposition sous peine de risquer d’être décrédibilisé pendant un procès.

Là encore, une liste classique plutôt exhaustive. Le point soulevé sur le fait que ce livre parle à un public américain se refait sentir puisque l’interaction avec les représentants de la Loi est encore une fois décrite et diffère selon les pays.

Impressions générales

 

Mon avis général: sans être une révolution dans le monde de la protection personnelle, ce livre a le mérite de récapituler tous les points importants à respecter quand on s’intéresse à ce domaine. Les auteurs ainsi que les différents intervenants qui ont préfacé et post-facé ce livre veulent faire rentrer en force le message que la violence doit être évitée à tout prix. Ce livre se base beaucoup sur des anecdotes très parlantes sur les différentes phases de la protection personnelle. Le style, pour moi, est un peu trop anxiogène et à l’américaine mais bon c’est adapté au message et sert à calmer d’éventuels cerveaux trop testeronés…

Le seul point négatif que l’on retrouve beaucoup dans ce style de livre est de savoir comment s’entrainer à ça. Quelques bons exercices sont proposés mais peut-être pas assez. Toutefois, ce problème sera en partie résolu dans le prochain livre de Rory Miller, que je reviewrai ici aussi.

Concernant le style, il est relativement accessible sans grosses notions d’anglais. Les auteurs se sont également amusés à citer à chaque chapitre de ce livre une phrase tiré de l’art de la guerre et du livre des cinq roues pour montrer que même il y a des siècles, les principes pour se tirer d’une agression étaient les mêmes.

En conclusion

 

En bref, je recommande chaudement ce livre pour son caractère généraliste et parce qu’il reprend tout ce qui est important dans la gestion d’une agression en protection personnelle.

Vous pouvez vous le procurez sur Amazon en suivant les liens suivants:

Version Kindle:

The Little Black Book of Violence: What Every Young Man Needs to Know About Fighting

Version papier:

The Little Black Book of Violence: What Every Young Man Needs to Know about Fighting by Lawrence A. Kane, Kris Wilder Published by YMAA Publication Center (2009)

 

Laissez moi votre avis si vous l’avez lu et à bientôt pour la revue du livre de Rory Miller: Drills: training for sudden violence.

Le Gracie combative

Premiere revue du blog, on attaque avec une de mes series d’instructional favorite, le Gracie combative.

 

                                                          Gracieuniversity.com

  • Concept du Gracie combative

                Le Gracie combative a été développé à la Gracie Academy de Torrance en Californie sous la  tutelle de Rorion Gracie.Il est dit que c’est le programme de Gracie Jiu jitsu designé pour l’US Army et dans l’esprit du jiujitsu tel qu’il était enseigné à l’époque par Helio Gracie, fondateur du Gracie jiujitsu. Ce programme est décrit comme étant un ensemble complet, dont les techniques sont applicables en combat de rue. En effet, les deux instructeurs, Ryron et Rener fils de Rorion, expliquent en intro que le Gracie jiujitsu (GJJ) est un art martial crée à la base pour le combat réel. Ils poursuivent en disant que la partie self-défense (SD) du Jiu-jitsu brésilien (JJB) a été progressivement oubliée au profit des techniques de compétition. Le Gracie combative (GC), lui, a pour objectif d’enseigner à se défendre dans la rue en premier lieu. Dans cette logique, la ceinture bleue est donnée à ceux ayant intégré le GC. Seulement ensuite seront données des techniques de compétition au milieu de techniques plus martiales.

                D’abord mon avis sur cette partie: au delà de l’aspect marketing basé sur la self défense, je trouve l’argumentation défendable. Privilégier l’aspect self-défense sur l’aspect compétition est un point de vue aussi vrai qu’un autre d’autant qu’un bon nombre de personnes allant aux arts martiaux y vont à pour apprendre à se défendre. Seul petit bemol, la definition de self-defense qui selon moi, dans le cadre du GJJ ne s’applique pas. On a simplement a faire a une methode technique de combat. En effet, mis a part la philosophie du GJJ qui aborde certains aspects de la protection personnelle de loin, cette methode se concentre sur le combat a proprement parler.

  • Un contenu de qualite et des videos de bonne facture

                Le GC contient pas loin d’une centaine de techniques divisées en 38 leçons. Chaque leçon se focalise sur une technique et ses variations suivant l’action du bad guy (ou Uke pour les fans des arts martiaux japonais). A la fin de chaque leçon, un réflexe development drill permet d’enchainer de manière dynamique chacune de ces variations. Enfin, un Fighting development drill ponctue la plupart des leçons pour simuler un combat dans lequel plusieurs techniques des différentes leçons seront réutilisées.

                A mon sens, ce découpage et ces drills sont les points forts de la méthode. La progression logique et la répétition dynamique permet une excellente intégration des techniques. Au-delà de cet aspect purement technique, il faut également noter le développement sensitif important obtenu grâce aux drills. En effet, les drills dynamiques permettent au corps de réagir en fonction de ce qu’il ressent de manière réflexe sans à avoir à analyser la position de l’autre. Concernant le choix des techniques, la plupart, au cas où on se retrouverait au sol, permettent de réagir sans trop prendre de risque. Pas de garde ou de mouvements spectaculaires. Par contre, à mon avis, certaines m’ont paru dangereuses en cas de frappes ou pire de présence d’un couteau. Cependant, globalement, j’ai trouvé la sélection pertinente.

                Les cours sont donnés par Rener et Ryron Gracie. Qu’on aime ou pas, il faut admettre que les deux ont une tres bonne aisance orale et un bon sens pédagogique. Ils possèdent aussi cette capacité à motiver rien qu’en expliquant grâce à leur bonne humeur. Pour les anglophobes, l’anglais employé est tres basique. Suffisament pour être compris. Heureusement, car les explications techniques sont très très riches et du coup un peu longue. Bref, ce sont deux très bon instructeurs. Ils sont également aidés par l’excellente qualité des vidéos en multi-angles.

                Le GC est disponible en deux versions: une DVD classique et une version net. LA version DVD coute 119$. A cela il faut ajouter les frais de port et de douane (environ 45 euros de plus). La version net coûte 144$. La version net possède l’avantage d’avoir en plus un forum interactif où on peut poser des questions aux instructeurs. La réponse est en général rapide. A cela s’ajoute aussi sur le net des fiches résumés avec les points clés de chaque mouvement. Le GC combative est egalement disponible avec sa suite et d’autres programme comme le gracie kids ou le women empowered pour un abonnement mensuel allant de 25 a 90 euros/mois environ.

  • Points de (fausses?) polemiques

                Ce programme permet aussi de passer la ceinture bleu en vidéo. C’est le point le plus contreversé et honnetement, j’adhère pas trop. Mais finalement, pourquoi pas. Certains arts martiaux basent leur passage de grade uniquement sur des katas/tao/ poomse… Donc que ce soit en direct ou en video…

                Une autre critique, plus générale, est qu’il est impossible d’apprendre sans professeur. Oui et non… Des videos d’enchainement de techniques ne permet pas d’apprendre. Mais ici on a vraiment une pédagogie bien pensée. Ensuite, il est impossible d’apprendre seul. Or ici, le programme s’adresse clairement à des training groups. En effet, un compte peut être utilisé par plusieurs personnes. Enfin, ceux qui pensent qu’un professeur est nécessaire pour corriger: je dis oui. Mais dans ce cas, beaucoup de cours réels ne le font pas. En effet, comment un prof encadrant 60 élèves peut corriger chaque élève sur 1h30? Donc avoir un prof qui corrige c’est mieux mais le travail en training group permet une correction par la pratique. De plus, les Gracie propose un calendrier d’entrainement tres precis permettant de cycler sur les differentes lecons. C’est en prenant en compte cette pratique en cycle que l’on realise la richesse et l’utilite du long discours d’explication pour chaque mouvement. En effet, ce discours n’est pas la pour etre integrer en un coup mais pour etre reintegrer au fur et a mesure des boucles.

                Dernière question épineuse: une bleu de GJJ= une bleu de JJB. En fait, la question n’a pas vraiment de sens. Une bleu de JJB est bien meilleure qu’une bleu de GJJ en compétition ou en combat dans les règles du BJJ. Le GJJ est avant tout un système de combat. Le but est de neutraliser au sol un adversaire qui ne sait pas en faire et dans ce cas, le but est efficacement atteint.

                Bref, pour moi, c’est un instructional de très bonne qualité autant technique que pédagogique. Sorti de l’aspect buisness, c’est probablement un des meilleurs instructionals que j’ai vu toutes disciplines confondues.

  • Et ensuite?

                Apres le Gracie combative qui est la base et la priorite a assimiler pour les Gracie branche Rorion, vient le Gracie masterclass ou on approfondie les concepts du gracie combative et ou les Gracie s’interessent aux techniques de competition en plus de techniques pour le combat sans regles. Ils prennent neanmoins le temps de bien preciser ce qui est utilisable dans quel contexte. Les masterclass feront l’objet d’un prochain article.

                Juste pour illustrer le travail des Gracie, un combat qui a fait polemique dans le monde du jjb entre Ryron Gracie, l’un des deux insrtucteurs et Galvao, champion du monde de jjb au Metamoris pro. Sans entrer dans la polemique, je voulais simplement souligner que Ryron passe un trap and roll, la premiere sortie de monte du GC sur Galvao… Comme quoi, les basiques ;).

http://www.youtube.com/watch?v=_x5ycQ1mOyI