Revue de Proposition d’une méthode de formation à la self-défense et à la protection personnelle

Aujourd’hui, je vais donner mon retour sur un manuel pédagogique:

Proposition d’une méthode de formation à la self-défense et à la protection personnelle

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par Eric Henrion

J’ai commandé ce livre un peu par curiosité et parce que la littérature francophone sur la protection personnelle est rare. Je ne connais absolument par Eric Henrion, n’étant pas réellement impliqué dans le milieu de la protection personnelle en France, je ne savais donc absolument pas à quoi m’attendre en lisant ce livre.

Dans ce livre, l’auteur nous propose une méthodologie avec plan de cours intégrée pour enseigner la protection personnelle. Pour être plus précis, ce livre n’est « qu’un plan de cours » pour travailler la protection personnelle. En effet, au travers de 8 thèmes de protection personnelle concernant le pré, pendant et post-agression, l’auteur donne 8 plan de cours pour travailler chacune des huit thématiques.

Chaque plan de cours (comme un plan de cours bien fait quoi) contient des phases d’exercices ainsi que les débriefings avec les participants associés qui sont très bien détaillées et des objectifs recherchés clairement définis. De plus, quelques informations en annexe sont disponibles pour mieux expliquer les concepts travaillés dans chaque cours.

Clairement, la pédagogie ici est très « Do it yourself » orientée. Les participants ne sont pas assommés pendant le cours d’information et sont appelés à trouver eux mêmes des solutions face aux problèmes. Cette approche est séduisante et est connue en pédagogie pour donner d’excellents résultats. C’est donc un ouvrage précieux pour des groupes de travail ou des instructeurs d’arts martiaux ou sports de combats qui souhaiteraient donner une initiation à la protection personnelle.

Néanmoins, puisque c’est clairement un ouvrage pour pédagogue plutôt qu’un ouvrage informatif, mon opinion est que l’utilisation de ce livre sera potentialisée par les connaissances antérieures de l’instructeur. A l’inverse, ce livre montre également à quel point instruire un art martial et un sport de combat est loin d’instruire la protection personnelle…

Et justement, c’est cette pédagogie de la protection personnelle (en tous cas telle que présentée dans ce livre) qu’il est intéressant de discuter. Deux points me paraissent problématique dans ce type de pédagogie, bien que je ne vois pas de solutions simples à mettre en oeuvre. Tout d’abord, le groupe. Pour que ce type d’exercices soit profitable, il est nécessaire d’avoir une certaine capacité à jouer la comédie. Typiquement, un exercice où l’on se fait insulter, la personne qui insulte doit être suffisamment convaincant. Or, à moins d’avoir des acteurs, il est probable que les gens ne deviennent convaincant qu’avec le temps. D’où le premier problème, les gens risquent d’être habitués à cette situation théatrale et à leurs partenaires quand ils auront enfin quelqu’un de convaincant en face d’eux. Du coup, est-ce que le drill est toujours utile? Deuxième problème, même si le drill est bien pratiqué, combien de fois peut-il être utilisé pour que ça reste un drill utile et plus une pièce de théâtre? En effet, l’émotionnel et la gestion de l’émotionnel semblent primordiaux dans ce type d’entrainement. Moins la charge émotionnelle est là, moins la réponse sous stress sera intéressante. Du coup, comment inculquer cette réponse sous stress?

Des questions qu’il serait intéressant de traiter, et des avis de selfeux seraient très certainement intéressant. Néanmoins, ce livre, encore une fois, offre une très belle pédagogie, bien construite et mérite donc d’être lu par les instructeurs ou les pratiquants s’intéressant à la self-défense. D’autant que c’est le seul manuel détaillé en français.

Il reste donc selon moi à sortir un ouvrage entre Protegor et le livre de l’ACDS et ce livre d’Eric Henrion, qui proposerait à la fois une méthode d’enseignement et un contenu théorique suffisament riche et adapté à la méthode pour pouvoir guider les néophytes.

Avez-vous lu ce livre? Que pensez vous de la pédagogie mise en application dans des cours de protection personnelle?

3 réflexions au sujet de « Revue de Proposition d’une méthode de formation à la self-défense et à la protection personnelle »

  1. Bonjour,
    les questions qui sont posées en fin d’article sont à mon sens primordiales. Les qualités d’acteurs et de plastrons (certains diront aussi marqueurs) sont capitales. Si on n’y croit pas, ça ne tombe pas forcément à l’eau mais ce sera au moins plus difficile à débriefer pour exploitation. Il est certainement plus simple d’en discuter que de disserter sur le sujet. Mais on peut ajouter, qu’il est plus profitable que le groupe soit restreint, et que les participants se connaissent juste ce qu’il faut ou à l’inverse très bien pour s’autoriser à « jouer ». On entre ici dans la gestion de groupe, surtout si on ajoute le côté émotionnel: le faire ressortir, le faire ressentir, « l’exploiter » au profit du participant et dans une certaine mesure l’évacuer (voire orienter la personne). Quelques éléments sont fournis en fin de livre, mais sans doute pas suffisamment.
    Merci pour cette revue 🙂

    1. Bonjour Eric et merci pour ce commentaire. Félicitation pour cet ouvrage 🙂

      Je suis totalement d’accord avec votre analyse.

      Et à mon sens, sans être versé dans la pédagogie de la protection personnelle, la gestion du groupe me parait être l’un des points les plus compliqué à appréhender surtout si on suit un groupe sur une longue période régulièrement… Je me pose toujours la question de savoir si une fois qu’on a confiance en un partenaire qu’on connait, s’il n’est pas plus difficile de retrouver des sensations et des réactions proches du « réel ». En fait je me demande si le format stage pour la protection personnelle n’est au final pas le format le plus adapté…

  2. Bonjour 🙂
    Il est vrai aussi que le but n’est absolument pas de fidéliser une clientèle. Le format « maxi » c’est en gros une semaine. Après, ce qui peut-être intéressant ce sont des piqures de rappel lors de stage sur une journée. Effectivement, trop se connaitre peut être « préjudiciable » à l’effet recherché et en même temps, certains apprécient de travailler ensemble parce qu’ils se connaissent bien et savent qu’ils peuvent « donner » et « recevoir » tant les mots, que les émotions que les… »coups » :-))

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