Le systema, cet OVNI martial

Qu’est-ce que le systema?

Un art martial d’origine russe, popularisé par Vladimir Vasiliev et Mikhail Ryabko en occident. Dans l’univers des arts martiaux et sur le net, c’est une discipline qui déclenche systématiquement de trèèès longues discussions. Il m’a été fait la remarque que c’est certainement le ratio inverse le plus important entre discussions générées par rapport au nombre de pratiquants…

Pourquoi?

Parce que c’est une discipline difficile à cerner, à fixer dans un cadre, et même lorsque des pratiquants cherchent à le définir et le défendre, ils se retrouvent toujours dans des situations inconfortables parce que rien n’est jamais absolu dans ces définitions. Est-ce un art martial? oui mais… Est-ce une discipline de santé? Ah oui mais pas que… C’est du développement personnel non? c’est possible oui… C’est pas efficace en combat ce truc non? Si, si, ça peut… Bref…

Je ne parlerais ici que du systema Vasiliev/ Ryabko, les autres styles n’étant pas vraiment différents dans la définition des autres arts martiaux que l’on peut voir ailleurs.

Les quatres piliers du systema

Respiration, structure, relâchement et mobilité. Dans cet ordre en ce qui me concerne. Ce sont les quatre piliers du systema Ryabko/ Vasiliev. Les quatre principes qui doivent être appliqués à tout moment et en toutes circonstances lorsque l’on pratique la discipline. Tant que ces principes sont en place, on fait du systema, ce qui laisse au pratiquant une liberté qui peut s’avérer parfois étourdissante dans son apprentissage et rend peu lisible pour un oeil extérieur les aboutissants de la pratique.

C’est ici que se situe le noeud du problème. Beaucoup de pratiques corporelles utilisent ces quatre piliers. Du coup, la pratique du systema peut être la pratique du mouvement en général, le 400 mètres , la danse, le chant, le combat bien sûr et pourquoi pas le basket ball… Si on étend ces quatres piliers à l’esprit, puisque nulle part en systema il n’est précisé que cela ne concerne que le corps (et peut être qu’il y a une raison), on peut étendre ces principes à des pratiques psychologiques ou spirituelles… Comme on peut le voir, ce qui peut être inclus dans le systema est vaste. Alors est-ce que dire que le systema est la pratique de ces piliers appliqués au combat et à la protection personnelle? Parce qu’il est vrai que 80% du temps de pratique est passé à combattre et apprendre à combattre.

Mais ce serait trop simple. Le systema Vasiliev/ Ryabko est appelé poznai sebia, ou connais toi  toi même. Le combat n’est pas au centre de la définition du système. Dans ce cas, est-ce que le combat n’est pas juste un support, ou plutôt un outil pour travailler à l’intégration de ces quatres principes en toutes situations? En effet, la difficulté d’intégrer ces principes aussi bien  physiquement que mentalement est peu aisé. Les intégrer dans l’un ou l’autre est déjà compliqué, et certaines disciplines s’y attellent comme la gymnastique ou la sophrologie. Le soucis, c’est qu’un gymnaste pourrait perdre 90% de ses moyens à cause du stress tandis qu’un sophrologue peut perdre toute sa zen attitude lors d’une situation stressante hors de son temps et cadre de pratique. Pourquoi? Parce que la pratique se fait dans un cadre prévisible, calme et contrôlé. Le travail se fait sur le corps ou l’esprit sur le long terme, doucement. Cela ne veut pas dire que c’est simple mais seulement que l’on développe des qualités et des capacités toujours dans le même cadre. Du coup la transposition de ces capacités hors cadre peut s’avérer difficile quand survient l’imprévu.

Là où le systema est différent, c’est qu’il va cherche à développer ces qualités dans un cadre constamment stressant, imprévisible et en mouvement. Ce contexte de travail permet ainsi d’ancrer les piliers dans le chaos, qui est le propre de la vie en général. Deux outils principaux sont utilisés pour générer le stress dans lequel on travaille en systema: la privation d’air et le travail du combat (qui inclut la douleur, la peur et bien sûr l’opposition). Le côté intéressant de cette approche est le côté auto-régulation du système. En effet, tout le travail du systema se fait sous stress pour apprendre à le gérer. Lorsque ce stress est bien géré, alors il faut augmenter l’intensité d’utilisation de l’outil pour monter le seuil et rendre à nouveau l’exercice intéressant. Or, pour le combat, si l’outil n’est pas performant, on ne peut plus progresser en systema puisqu’on travaillera toujours en zone de confort. Du coup, il faut constamment augmenter ses capacités de combat, pour pouvoir tout le temps travailler sur la gestion de soi et de ses émotions. Sans cela, on va simplement donner l’impression d’avoir un corps et un mental stable dans un contexte de travail confortable, mais cela s’effondrera dès que le stress deviendra trop important, ce qui revient à retomber dans les travers d’autres pratiques.  Ainsi, on peut dire que le combat est l’outil qui va permettre de se développer en améliorant la compréhension et la connaissance de soi, mais aussi des gens autours via l’amélioration constante de ces quatre piliers.

Le combat en tant qu’outil de rapport à soi et à l’autre

Le combat est donc l’outil central. Toutefois, en tant qu’outil, il doit être adaptable à la situation et à la recherche d’effet. Lorsqu’on va parler de combat, on ne va pas nécessairement le définir comme un combat total. On va utiliser toutes les variations possibles du combat pour travailler des aspects bien particuliers. Cela inclut des formes de mains collantes, du combat au sol, de la lutte classique ou en déplacement pur, des formes de boxe, combat au couteau ou au baton, seul ou en groupe et même le tir (arc ou armes à feu). Toutes ces variations amènent leurs propres spécificités pour travailler sur ces piliers. Idem pour le choix de la vitesse. Une vitesse lente sera faite pour travailler l’écoute interne de son corps et de celui du partenaire, moyenne le déplacement et l’inertie, pleine vitesse le stress (par exemple). Là aussi, ceci conduit à des incompréhensions. Typiquement un exercice ou deux personnes tiennent un bâton et d’un coup l’un tombe. Ceci n’est pas un travail de combat au bâton, c’est juste un travail ou un partenaire envoie de façon fine des directions de forces et ou l’autre partenaire cherche à relâcher les tensions causées par ces forces conduisant inexorablement à la chute. Bien évidemment, ce n’est pas un applicatif comme sur cette vidéo par exemple:

Ryabko travail au baton

Néanmoins, cela reste un outil intéressant pour le travail de la posture et du relâchement. Ainsi, l’esprit des exercices proposés en systema s’approche de cela. Konstantin Komarov, au cours d’un séminaire nous a dit que pour lui, quelqu’un qui veut vraiment faire du systema pour se battre dans un cadre « rue » peut s’en sortir avec  seulement une dizaine d’exercices différents pratiqués pendant six mois. on est loin du corpus d’exercices proposés en systema…

 

En conclusion

Finalement, le systema une fois ces principes et cette méthodologie respectée, va devenir ce que chacun veut y chercher. Pour certains, ça va être le combat, pour d’autres, la santé, pour d’autres, la vie dans la nature, d’autres, la gestion du stress… Le systema est une discipline pleinement polyvalente et les pointures du système ne s’y trompent pas, ils commencent à chercher à sortir cette méthode du domaine des arts martiaux pour l’amener vers l’éducation, la préparation physique ou le soin, là où l’image sera peut être moins importante que le fond.

 

Et pour vous, le systema c’est quoi alors?

 

A bientôt

 

Yvan

2 réflexions au sujet de « Le systema, cet OVNI martial »

  1. Article fort utile pour tenter d’expliquer aux amis ce que l’on pratique, sans tomber ou se faire enfermer dans un cliché « spetsnaz ».

  2. Le blème, c’est l’habitude que nous avons en occident de vouloir définir (appréhender) avant de goûter. Il est légitime , vu leur formation, que les gens posent cette question. mais il est tout aussi légitime, pour nous , de leur dire que cette façon de faire ne marche pas toujours et même peut être un obstacle.

    Le « maître » de notre courant (chinoiseries) disait qu’un pratiquant avant d’aborder l’art se devait d’être « centré,axé,orienté,équilibré, mobile, stable et unifié », corporellement parlant.. sinon sa pratique risquait d’être décentrée, désaxée,désorientée….Mais que les gens étant futiles et superficiels il était donc nécessaire de les faire jouer un certain temps de manière formatrice sans leur dire leurs manques trop ouvertement.

    C’est très proche des boxes internes. Wang zemin disait que les boxes externes n’existaient pas. Que seules existaient les boxes internes, mais qu’elles étaient mal enseignées, mal transmises, mal comprises et mal pratiquées. Et portant que ces erreurs avaient leur utilité un certain temps..;le temps que jeunesse se passe.

    le vrai combat c’est l’existence: « s’affirmer un temps, être en relation de manière harmonieuse et savoir vieillir sans trop couiner…pour d’autres parfois donner du sens et savoir en recevoir ». Les jeux martiaux sont certainement très utiles, mais souvent aussi sources d’impasses vitales, comportementales, éthiques, relationnelles et même plus. las! Amicalement.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *