La respiration et le travail postural pour le traitement des lombalgies chroniques

Introduction

Les lombalgies sont des douleurs localisées dans le bas du dos qu’expérimenteront les trois quarts de la population entre 20 et 90 ans, selon des chiffres publiés en 2010 par l’INSEE. Bien qu’on estime que la plupart des lombalgies guérissent d’elle-même en moins d’un mois, il y a 10 à 23 % des malades qui  le resteront plus de trois mois (http://www.lombalgie.fr/comprendre/quelques-chiffres/) affectant très sensiblement leur qualité de vie. En effet, les douleurs sont parfois telles qu’elles conduisent le malade à renoncer à certains mouvement, ce qui aggrave la maladie et modifie son schéma corporel. Les causes des lombalgies peuvent être multiples. Liées au vieillissement, à certains mouvements répétitifs notamment au travail, à des faux mouvements pendant la pratique sportive… Une autre cause est la sédentarité qui affecte le tonus postural et favorise l’apparition des lombalgies.

Aujourd’hui, le traitement dépend du type de lombalgie. Une lombalgie aigue, lorsqu’elle n’est pas le symptôme d’une maladie sous-jacente, ne demande pas spécialement de traitement, il est recommandé de mobiliser la zone et elle passera rapidement. Nous nous intéresserons ici plus spécifiquement aux lombalgies chroniques aspécifiques qui sont principalement traitées par thérapie manuelle et anti-inflammatoires. Le problème de ces approches en cas de lombalgies chroniques est que le soulagement n’est que provisoire. Nous allons explorer dans cet article la possibilité que le problème puisse être d’ordre postural et voir l’effet que la respiration peut avoir sur ces problèmes.

Les lombalgies chroniques sont liées à un contrôle postural défaillant

La tenue de la posture debout est dépendante de trois systèmes sensitifs (vestibulaire, visuel, proprioceptif) qui interagissent au niveau central1. Parmi ces trois systèmes, le système proprioceptif, comprenant la conscience de la position des articulations, des forces agissant sur le corps ou encore du tonus musculaire, a été montré comme étant défaillant chez les lombalgiques2.

Lorsque le corps est déséquilibré, il est nécessaire d’avoir une stratégie pour restaurer la position debout. Or, chez les patients souffrant de lombalgies, il a été montré que le système proprioceptif, responsable de la restauration de la posture, est modifié. Ce qui conduit à une stabilité générale plus faible par rapport à des gens sains. En effet, le système proprioceptif permet de s’appuyer normalement sur plusieurs entrées sensorielles pour avoir un contrôle multi-segmentaire sur la posture3. A l’inverse, les lombalgiques ont tendance à ne pas pouvoir utiliser ce système et n’ont qu’une seule stratégie impliquant la cheville4 et se passant en particulier des signaux provenant des hanches et du tronc. Néanmoins, les raisons de cette perte du contrôle multi-segmentaires sont encore obscures bien que la douleur, des problèmes de coordination ou de fatigue musculaire semblent être impliqués.

Une mauvaise respiration peut conduire à des lombalgies

 

La fatigue musculaire est connue pour avoir un effet négatif sur le contrôle postural via la proprioception. Cela a été montré en particulier par l’étude de l’effet de la fatigue musculaire des membres et des muscles lombaires sur le contrôle postural5-7. Or, il semble que le diaphragme soit impliqué dans la stabilité du rachis ainsi que dans la préparation aux mouvements 8,9, ce qui peut conduire en cas de fatigue musculaire à une instabilité posturale .

De plus, une étude a montré qu’il y avait un lien entre lombalgie chronique et mauvaise respiration 10. Par conséquent, une mauvaise respiration pourrait entraîner des désordres posturaux chez les personnes atteintes de lombalgies chroniques. Cette mauvaise respiration pourrait être due à une plus grande fatigabilité du diaphragme. Pour montrer cela, il a été montré qu’en fatigant le diaphragme, des sujets sains cessent d’utiliser pour le contrôle proprioceptif les signaux provenant de la zone lombaire pour s’appuyer sur les signaux provenant de la cheville. Ainsi, la fatigue du diaphragme simule la stratégie posturale des gens atteints de lombalgie chronique. Cette étude montre donc que le diaphragme est un muscle essentiel au contrôle de la posture. Par conséquent, la respiration pourrait agir sur ce contrôle.

L’impact sur les approches classiques pour la résolution des lombalgies chroniques

 

La résolution actuelle des lombalgies se basent principalement sur les postulats suivant. La douleur provient d’une charge trop importante sur les lombaires provoquant une douleur, création d’une arthrose des apophyses ou sur-sollicitation musculaire. Les traitements sont donc à base d’anti-inflammatoires, stretching et renforcement musculaire de la zone voir soudure des vertèbres pour bloquer la mobilité. On a même utilisé des corsets pour immobiliser la zone… Ces traitements ont ainsi des effets sur les douleurs, mais le problème étant que les traitements sont limités dans le temps, si le problème provient d’un mauvais contrôle postural, les douleurs reviendront. Pire, si le problème provient de la respiration, sachant que nous respirons tout le temps, le problème reviendra très rapidement. De nombreuses études ont été faites sur l’effet du pilates sur les lombalgies. Une étude relativement récente de 2014 montre sur 6 sujets qu’il y a une légère amélioration sur les lombalgies chroniques12. Néanmoins, l’échantillonage était vraiment bas 6 sujets…), les résultats peu différents (bien que significatifs) par rapport au groupe contrôle et le protocole pilate n’inclut quasiment pas de respiration et était très lourd puisqu’il consistait en environ 1 heure d’étirements deux fois par semaine sur une longue durée. Ce type de travail est peu tenable pour la plupart des gens qui se rééduquent seuls. Ainsi, une rééducation efficace passerait par une automatisation du geste correcte et une reprogrammation de la posture.

Il semble donc qu’il faille une approche globale au problème et quoi de plus global que la respiration ? En effet, la respiration agit à la fois sur le système conscient et inconscient, la respiration est musculairement le croisement de toutes les chaînes musculaires corporelles et enfin, nous avons vu qu’elle est impliquée dans le contrôle postural.

La respiration pour soulager la lombalgie

 

Se focaliser sur la respiration semble donc être une stratégie intéressante dans le traitement des lombalgies chroniques. Une étude très récente s’est focalisée sur le travail de l’expiration et l’influence sur les lombalgies chroniques. Dans cette étude, les auteurs ont postulé qu’en renforçant le diaphragme, l’expiration est plus puissante ce qui permet d’augmenter la pression intra-abdominale et ce qui fait travailler les muscles abdominaux. L’activation de ces muscles permet ensuite de renforcer les muscles profonds de posture améliorant la stabilité du tronc, ce qui permet de diminuer les erreurs de rétablissement postural d’un système proprioceptif défaillant. Avec cette approche, les sujets ont montré une amélioration sur les lombalgies13. Il est intéressant de noter que cette amélioration a été vue en travaillant seulement une partie de la chaîne respiratoire.  De plus, Urquhart et al., 200514 et  Marshall et al. 201116 ont montré que combiner un travail respiratoire et un travail de gainage des muscles profonds améliorent grandement la condition des lombalgiques. Ces études vont donc dans le sens d’une reprogrammation corporelle (respiration et muscles profonds) efficace pour soulager la lombalgie.

Par conséquent, on peut suggérer que pour des lombalgies chroniques, combiner une approche de soulagement immédiat avec les techniques actuelles permet en parallèle d’efffectuer dans de bonnes conditions un travail de reprogrammation par la respiration. Le travail de la respiration complète (décrite dans http://www.addam-31.com/la-respiration-pour-un-corps-et-un-psychisme-libre.html) permet d’optimiser cette reprogrammation. Il semble aussi intéressant de travailler sur les chaînes musculaires dans l’ensemble pour faciliter le développement d’une respiration complète.

Quelles méthodes pratiquées pour travailler cela ?

Il est globalement pas évident d’apprendre à respirer correctement. Ici sont proposées quelques disciplines que nous connaissons qui travaillent cela. Le yoga a fait ses preuves et les postures de yoga permettent dans une certaines mesures de faire en plus le travail musculaire nécessaire. Néanmoins, le manque de mobilité est une faiblesse pour l’intégration de la posture dans la vie de tous les jours. Le systema, un art martial russe ( http://www.systematoulousecentre.com/ ), est un bon outil pour reprogrammer la respiration dans un cadre réaliste, à savoir en mouvement avec des variations de stress. Néanmoins, attention, tous les instructeurs de systema ne sont pas capables de donner cet enseignement. Enfin, la méthode HOP est un outil parfaitement adapté puisque le travail se fait sur la respiration, la posture, la posture en mouvement et la gestion du stress ( http://www.addam-31.com/meacutethode-hop.html ) En pratiquant ces disciplines, la respiration s’ancrera dans le corps et permettra de soulager durablement ces douleurs.

Pour conclure et aller plus loin…

La respiration est centrale comme nous avons essayé de le montrer ici pour soulager les lombalgies. Néanmoins, ceci ouvre également à une autre réflexion. Les lombalgies ont été montrées parfois comme étant dues à des facteurs psychogènes. Or, la respiration est un outil qui permet également de travailler sur l’aspect psychique. Ainsi le contrôle du volontaire du stress par la respiration permettra également de limiter le retour de la lombalgie psycho-générée. Pour conclure, passez toujours par un médecin pour diagnostiquer la lombalgie, faites vous traiter pour soulager rapidement la douleur, mais intéressez vous à la correction posturale du problème en pratiquant les disciplines citées et en allant voir un médecin posturologue qui pourra identifier l’origine du problème.

Références

 

1.LacknerJR,DiZioP.Vestibular,proprioceptive,andhapticcontributionsto spatial orientation. Annu Rev Pshychol 2005;56:115–47.

  1. RadeboldA,CholewickiJ,PolzhoferGK,etal.Impairedposturalcontrolof thelumbarspineisassociatedwithdelayedmuscleresponsetimesinpatients with chronic idiopathic low back pain. Spine 2001;26:724–30.

3.Allum JH, Bloem BR, Carpenter MG, et al. Proprioceptive control of posture: a review of new concepts. Gait Posture 1998;8:214–42

  1. Brumagne S, Janssens L, Knapen S, et al. Persons with recurrent low back painexhibitarigidposturalcontrolstrategy.EurSpineJ2008;17:1177–84
  2. Yaggie JA, McGregor SJ. Effects of isokinetic ankle fatigue on the maintenance of balance and postural limits. Arch Phys Med Rehabil 2002;83: 224–8.
  3. Gribble PA, Hertel J. Effect of lower-extremity muscle fatigue on postural control. Arch Phys Med Rehabil 2004;85:589–92.
  4. WilsonEL,MadiganML,DavidsonBS,etal.Posturalstrategychangeswith fatigue of the lumbar extensor muscles. Gait Posture 2006;23:348–54.
  5. Hodges PW, Gandevia SC. Activation of the human diaphragm during a repetitive postural task. J Physiol 2000;522:165–75.
  6. Hodges PW, Butler JE, McKenzie DK, et al. Contraction of the human diaphragm during rapid postural adjustments. J Physiol 1997;505:539–48.
  7. Smith MD, Russell A, Hodges PW. Disorders of breathing and continence haveastrongerassociationwithbackpainthanobesityandphysicalactivity. Aust J Physiother 2006;52:11–6.
  8. Lotte Janssens, PT,* Simon Brumagne, PhD, PT,* Kathelijn Polspoel, PT,* Thierry Troosters, PhD, PT,† and Alison McConnell, PhD‡. The Effect of Inspiratory Muscles Fatigue on Postural Control in People With and Without Recurrent Low Back Pain
  9. Thalita dos Santos Rodrigues1, Jefferson Quaresma de Oliveira2, Ludmilla Karen Brandão Lima Matos3 Effects of pilates method in low back pain rehabmedjournal 2014
  10. Jeong-Il Kang, PT, PhD1), Dae-Keun Jeong, PT, PhD1)*, Hyun CHoI, PT, PhD2) Effect of exhalation exercise on trunk muscle activity and oswestry disability index of patients with chronic low back pain. J. Phys. Ther. Sci. Vol. 28, No. 6, 20161740
  11. Urquhart DM, Barker PJ, Hodges PW, et al.: Regional morphology of the transversus abdominis and obliquus internus and externus abdominis muscles. Clin Biomech (Bristol, Avon), 2005, 20: 233–241.

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