Les pop-up instructeurs

Le milieu des arts martiaux est un milieu particulier.

Depuis environ 30 ans, le nombre de disciplines disponibles a littéralement explosé du fait de passionnés qui se sont déplacés aux quatres coins du monde pour ramener de nouvelles méthodes. En effet, alors que dans les années 70 on ne voyait globalement que des disciplines d’origines japonaises, on a maintenant des dicipines provenant de toute l’Asie, d’europe, d’Afrique, des Etats-Unis, d’Amérique du sud… Tout cela dans quasiment toutes les grandes villes de France.

Les pionniers ont globalement été chargé, plus ou moins officiellement ou avec plus ou moins de soutien des instructeurs des différentes disciplines, de développer ces disciplines en France. Etant les seules à savoir, ils étaient légitimement les instructeurs, parfois sans même avoir à présenter un diplome ou une affiliation quelconque.

Evidemment, ces pionniers ont souvent poursuivi leur apprentissage et les têtes de file aujourd’hui sont ces personnes qui ont une reconnaissance totalement officielle de la part des représentants des différentes disciplines ( à la pelle on peut citer la boxe thai, le krav maga, le jiujitsu brésilien, les kali/ Escrima, les wushus ou plus récemment Aunkai ou systema).

Pour la plupart de ces disciplines, la législation française fait qu’il n’y a pas de reconnaissance étatique d’emblée pour ces instructeurs. La seule solution est d’intégrer une fédération d’arts martiaux déjà existante qui va structurer des passages de grades officielle donnant droit au pratiquant d’avoir une reconnaissance officielle. Ceci avec les problèmes connus d’experts de karate par exemple qui vont évaluer des profs de kali ou de krav maga. A partir de là, il y a eu donc deux choix, accepter cela et intégrer ce système ou alors, rester en marge et accepter l’absence de reconnaissance officielle.

Et c’est là que sont apparus les pop-ups instructeurs

La reconnaissance officielle d’un instructeur, même si elle n’est pas parfaite, à au moins un mérite, à un moment donné, la personne en question doit pratiquer et travailler pour être valider. Encore plus dans le cadre du BJEPS qui va au-delà d’une simple reconnaissance martiale. Il y a une sorte de filtre en quelques sortes.

L’absence de reconnaissance officielle entraine le problème suivant, n’importe qui peut prétendre faire n’importe quoi. Aujourd’hui, je peux prétendre être représentant officiel d’un obscur style de combat d’une tribue cachée en amazonie, personne ne me dira rien. J’accrocherais sur mon mur une écorce d’arbre de la forêt amazonienne avec l’empreinte de la main de mon maître faite en terre boueuse pigmentée pour légitimer tout ça et je m’installerais dans un coin pas trop proche d’une grande ville histoire que ça passe bien. Une petite com’ sur le fait que c’est un style mortel utilisé depuis des siècles qui a permis aux indiens d’Amazonie de survivre contre des anacondas de 8m de long et les tribus rivales et je fais un carton. Alors certes, je me ferais basher sur internet, mais comme mon style de combat est trop dangereux, je peux pas prouver qu’il est efficace du fait des lois de ce pays. Et le tour est joué.

Sans aller jusque là, je vais prendre le cas du systema (parce que je suis dedans mais la même chose pourrait être appliquée dans les disciplines sans opposition). En systema, le terreau est parfait pour ce genre de pratique. Une com’ de type spetnaz, pas de sparring, une absence totale de reconnaissance officielle et des diplômes d’instructeurs distribués comme des petits pains. Ce qui assure une badassattitude pour ceux qui ont les diplomes avec l’assurance de ne jamais avoir à prouver quoique ce soit. Et au cas où ça commencerait à puer niveau réputation, on va chercher un diplome dans un autre style russe, on appelle ça aussi systema et on est tranquille.

Le problème vient principalement de la vision du diplome. Un diplome d’instructeur veut dire que la personne peut enseigner le style qui lui a délivré le diplome. Point. A aucun moment ce n’est une reconnaissance du niveau de la personne. De même pour les représentants. ça veut dire qu’ils représentent une personne en France. Qu’ils organisent les stages, qu’ils structurent un courant. Jamais qu’ils sont bons. Il faut bien comprendre que l’idée première de délivrer des diplômes est de développer un style et donc d’augmenter le nombre de pratiquants pour gagner de l’argent lors de stages. Parce que la reconnaissance du niveau ne nécessite pas de diplômes. Anecdote amusante, en systema, Arend Dubbelboer est instructeur in training… Konstantin Komarov n’est pas reconnu comme instructeur. De quoi prendre du recul sur le niveau supposé des instructeurs qui eux ont le papier…

Or, les pop-ups jouent sur cette ambiguité. Dans le grand public non initiés, un diplome veut dire que la personne est bonne puisqu’en France en particulier, le diplome est important et reconnait toujours une compétence. Donc le diplôme est indispensable et le diplome le plus original possible est recommandé. En particulier quand on voit que son niveau est trop faible pour se faire une place dans un secteur ou un courant martial trop plein. Ainsi, tout le monde s’y retrouve, le fondateur du courant parce qu’il multiplie ses instructeurs et donc le nombre de personnes qui viendront à ses stages et le pop-up parce qu’avec un effort minimum (genre deux/ trois stage de quelques jours sur un an) et une compétence quelconque prend une place d’instructeur qui socialement lui donne une position et qui lui rapporte de l’argent. Tout le monde s’y retrouve, sauf l’étudiant qui se retrouve dans un cours que parfois il aurait pu lui même donner après un ou deux stages…

Donc comment s’y retrouver? En se renseignant, en comprenant comment on devient instructeur, en demandant le temps effectif de pratique (1 an de pratique 18 ans d’arrêt et 6 mois de pratique ça fait pas 20 ans d’ancienneté…) et en testant le prof (pas besoin d’être un abruti mais voyez si il bouge comme il demande de le faire, quelle énergie il met dans les exercices d’opposition, quel ego il met dans ce qu’il fait…), est-ce qu’il pratique lui-même pendant les cours ou est-ce qu’il donne les ordres puis ensuite reste sur le côté à rien faire?. Voyez aussi si l’instructeur incite les élèves à aller en stage avec des gens reconnus ou pratiquer lors d’interclubs. Si un club est fermé, c’est en général mauvais signe…

Veillez aussi à différencier ceux qui créent un groupe de travail pour pouvoir s’entrainer, dans ce cas, il n’y a pas nécessairement de diplôme et l’instructeur travaille avec ses partenaires puisque le but ici est de s’améliorer avant tout pour pouvoir seulement plus tard ouvrir une école.

Bref, pour la rentrée, bon courage 😉 !

Une réflexion au sujet de « Les pop-up instructeurs »

  1. En France le terme Diplôme (et peut être certificat) semble être réservé aux formations d’état. Beaucoup de formations associatives et privées utilisent le terme d’attestation.
    Tu as raison, il est difficile de ne pas se faire enfler par des imposteurs pro ou bénévoles. Le fait de présenter un diplôme validé par des ministères n’est pas non plus une panacée. pour beaucoup de pratiques exotiques, l’ état, n’y connaissant rien, délègue à des potes (réseaux politiques, familiaux , amicaux, pseudo initiatiques ou mafieux) qui se taille une féodalité juteuse et prévaricatrice. Effectivement, le prix accessible, l’humanité respectueuse, l’ambiance ouverte et sympathique, la disponibilité corporelle sont , par contre, des repères forts.

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