Galvao vs Gracie au Metamoris: la rencontre de différentes visions de l’art martial

Le 14 octobre 2012 se tenait le premier Metamoris, un évènement de jiujitsu brésilien consistant en une série de superfight de 20 minutes sans comptage de point, la victoire ne s’obtenant que par la finalisation.

Le contexte

Le gros évènement de la soirée était le combat entre André Galvao champion du monde de jjb, de grappling à l’ADCC, Jeux pan américains et combattant de MMA et Ryron Gracie, petit-fils du légendaire Helio Gracie, co-créateur de la controversée Gracie university (un des premiers cursus en ligne de jjb vertement critiqué à l’époque parce que descernant des grades online) et champion de rien du tout.

Pour donner un peu le contexte de l’époque, sur les forums, tout le monde était déterminé que Galvao allait écraser Ryron et le finaliser en quelques secondes.

Un exemple ici avec le topic sur le forum Sherdog, un des sites américains références :

http://forums.sherdog.com/threads/ryron-gracie-vs-andre-galvao-superfight.2188493/

ou l’équivalent français ikusa :

http://www.ikusa.fr/forums/topic/20001-superfights-bjj-avec-roger-gracie-vs-marcus-buchecha-andre-galvao-vs-ryron-gracie/

Le combat

Et… Voici le combat :

Galvao a outrageusement dominé le contrôle positionnel…Mais, Ryron Gracie a finalement totalement contrôlé le combat. Il n’était clairement pas venu pour gagner, combattant un adversaire plus fort, plus affûté et habitué au contexte de la compétition. Ou peut être simplement qu’il avait envie de montrer cette stratégie, celle prônée par son grand-père, au monde du jjb. Il a donc eu le match nul qu’il voulait.

Le résultat était donc considéré par beaucoup comme une surprise. Alors qu’on prédisait une victoire écrasante de Galvao, Ryron obtient le match nul sans jamais avoir été proche de la soumission. S’en est déchaîné tout un tas d’excuse expliquant en quoi c’était scandaleux que Ryron obtienne le nul parce qu’il avait fermé le jeu, que dans une vraie compétition de JJB, il aurait été massacré (aux points…), que sa stratégie n’est pas valable en MMA etc…

Les faits sont, les deux combattants connaissaient les règles au moment de signer et le top compétiteur n’a pas réussi à finaliser un soi-disant amateur, finissant presque plus fatigué au final… Il y a donc un nul logique.

Quel enseignement en tirer?

Bref, arrêtons là sur le match et regardons ce qu’il a montré : deux visions de l’art martial totalement différentes. D’un côté, la vision du compétiteur qui considère que la quintescence de l’expression de l’art martial est dans la victoire en compétition, l’aspect self défense est une prolongation naturelle de l’efficacité en compétition et le mental du compétiteur est la vraie philosophie de l’art martial. De l’autre, l’art martial est une discipline de survie dont l’objectif est avant tout la sécurité et la philosophie est un mode de vie qui est aussi appliqué pendant la compétition.

Quand on regarde le combat, on assiste à la mise en place de la part de chacun des combattants de leur stratégie habituelle. Galvao a marqué ses points et Ryron a fermé le jeu en attendant une erreur de l’adversaire à exploiter. Néanmoins, aucune de ces stratégies n’étaient adaptées pour une victoire.

C’est d’autant plus intéressant que si on va plus loin et qu’on demande aux spécialistes de la protection personnelle ce qu’ils en pensent, ils répondront que de toute façon rester longtemps au sol est une erreur.

Pourquoi ? Parce que là aussi deux visions s’opposent. La self-défense pour les Gracies, c’est le combat de bar, le défi du combat de coq. Dans un pays où les armes circulent facilement, il semble logique que la self défense à mains nues telle que l’entendent les experts européens n’a pas vraiment de sens. La self défense se fait armée quand on peut avoir une arme, comme c’est le cas dans les arts philippins par exemple, le combat à mains nues est donc uniquement pertinent dans le combat rituel.

En conclusion

En fait, ce que cela montre : chercher à convaincre quelqu’un sur la pertinence de sa pratique est à mon avis une perte de temps. La pratique est une vision très personnelle et contexte dépendant. Chacun développera le pan de la discipline qui l’intéresse le plus et utilisera les outils proposés dans l’école pour développer ce pan. De même, les gens suivront l’enseignant qui suit une direction qui leur parlera. Partager sa visoin en y mettant tout son enthousiasme, c’est excellent. Porter un jugement sur la pratique d’un autre n’est pas pertinent. Du moins tant que la pratique est en adéquation avec les prétentions…

Et au final, en cas d’une attaque dans la rue, peut-on tirer un enseignement sur le fait que l’un ou l’autre est mieux préparé pour y survivre ? Moi non… Mais la question est ouverte !

PS: Voici le debrief des Gracie et leur ligne de conduite: keep it playfull!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *