Interview du représentant de Sibirskiy Viun en France sur Montpellier : Thomas Bertin

Bonjour à tous, aujourd’hui une interview du représentant de Sibirskiy Viun en France, Thomas Bertin.

Les arts martiaux russes connaissent un développement en France assez important. Le sambo est présent depuis un moment, mais c’est le systema qui est aujourd’hui un vecteur important de cette diffusion. Bien que ce nom provienne de l’effort de diffusion mené dans les années 90/2000 par Vladimir Vasiliev et Mikhail Ryabkko, il est aujourd’hui communément utilisé par d’autres écoles russes. De plus, grâce à cette popularisation, le nombres de pratiquants connaissant les arts martiaux russes sont allés creuser plus loin et d’autres styles ont ainsi pu être importés en France.

Parmi ces styles, il y a Sibirskiy Viun. Fondé par Dmitriy Skogorev, cette école possède ses propres particularités et sa propre logique. En France, c’est Thomas Bertin qui se charge de la diffusion de cette école. Voici l’interview qu’il a gentiment accepté d’accorder à l’observatoire martial.

Bonne lecture!

 

Thomas Bertin, représentant français de Sibirskiy Viun

Bonjour Thomas et merci d’avoir accepté cette interview. Pour commencer peux-tu te présenter et nous raconter ton parcours martial ?

Bonjour Yvan, merci d’avoir penser à la discipline et à moi par la même occasion.

 Pour faire simple, Thomas Bertin 36 ans, je passe ma vie à me questionner et chercher des choses qui semblent importantes à mes yeux et qui me font avancer, savoir se remettre en question,  ne pas être certain, chercher, écouter les autres, aller à l’essentiel.  Beaucoup de questions pour peu qu’elles naissent dans le cœur des gens peuvent nous aider à grandir ou nous freiner, au final, le choix nous appartient.

J’ai réellement démarré les arts martiaux en 1998 par le Kenpô mis sur pieds par Patrick Lombardo.  Mon vrai premier professeur se nomme Mohammed Temmar et  est actuellement vice-président à la Fédération de Pankration et des Arts Martiaux Mixtes. Les entraînements étaient intensifs et j’ai rapidement commencé la compétition, je remporte plusieurs tournois dont un titre de champion du monde amateur  en 2005 à Genève sous l’égide de l IKF.

Après un court passage en Penchak-Silat, je rentre dans le kudo daido Juku quelques temps suite à ma rencontre avec un ami de longue date : Sery qui est un des pionniers de la discipline en France.

C’est un style très proche du MMA et pour moi c’est un des meilleurs niveaux amateur que je connaisse avec un bel esprit.

Puis autour de 2010, grosse remise en question, je n’ai plus de but précis et cherche désespérément  autre chose dans l’art martial mais quoi ? Et là, je tombe sur le Systema, je fais quelques mois chez Jean Michel Leprêtre et  je suis obligé d’arrêter pour cause de déménagement, donc je continu mes recherches et je tombe sur L’Aunkai Bujutsu d’Akuzawa Minoru qui est aussi une révélation, en très peu de temps ma recherche passe de 0 à 300%.

Comment as-tu découvert le Sibirskiy Viun et pourquoi t’es-tu attaché à ce style ?

Je tombe ensuite dans l’école grâce à ma rencontre avec mon professeur et ami, Walid Aloui. Il venait pour remplacer le professeur de Systema à Genève et là ce fût une autre révélation.

L’explication des principes, le timing, les gestes, la tactique, la fluidité, les combinaisons logiques de mouvements, tout m’a séduit et  m’a ouvert les yeux, l’approche de Walid y est bien évidemment pour quelque chose.

Je me suis attaché au style de l’école clairement pour sa méthodologie et bien entendu pour ma rencontre avec son fondateur, l’aspect humain est aussi une des caractéristique proéminente de l’école, le Sibirskiy Viun est avant tout une grande famille, chacun apporte sa pierre à l’édifice.

Peux-tu nous en dire plus sur ce style et quels sont les principes sur lesquels Sibirskiy Viun s’appuie ? La stratégie d’école ?

Les concepts de bases sont :

  • L’absence de techniques spécifiques contre des attaques spécifiques (il n’y a que des mouvements basés sur les lois naturelles).
  • L’absence d’utilisation de la force physique mais plutôt savoir détecter la force de l’adversaire et la manipuler.
  • S’adapter à la situation dans le temps et l’espace.

S’adapter est pour moi une des choses les plus importantes qui soit et concerne bien évidemment notre vie au quotidien.

Dmitriy à décomposer ensuite son travail selon 3 niveaux, physique, mental et spirituel.

Les différentes disciplines étudiées dans l’école sont :

  • Les acrobaties (mouvements au sol, roulades, parcours militaire).
  • La biomécanique (étude de la mécanique appliquée du corps humain).
  • La Psychophysique et bioénergétique (étude de la relation entre l’aspect psychologique, physique, physiologique et énergétique).
  • Le combat à mains nues (coups de poings, de pieds, coudes, genoux, clefs articulaires, projections, travail au sol).
  • Le travail contre armes (couteaux, bâtons, armes de poings).
  • Le sparring (travail spécifiques en assauts libres des différentes distances de combats avec des protections, gants, protèges tibias, etc.).

Au niveau de la stratégie, il y a un cadre technique de base et on ne laisse pas l’élève dans le flou, par exemple on explique comment éviter les coups à l’aide du triangle de protection, appeler Ramka, la biomécanique, des techniques de boxes…

Ensuite tout est une question de rapport à la distance et au timing.

Au niveau de la stratégie, je dirai juste qu’il faut savoir se protéger et savoir comment et quand rentrer, ne pas heurter directement sous peine de donner des informations, donc être comme un courant d’air pour s’approcher, pouvoir frapper et travailler.

As-tu une vidéo qui démontre un principe spécifique de ton style ?

Cette vidéo démontre comment utiliser les frappes en combat à mains nues, comment casser la distance et les notions de timing, pour moi c’est de l’orfèvrerie.

Que t’apporte cette pratique ?

Question difficile, car elle aborde différentes choses, je dirai avant tout qu’elle alimente mon quotidien, il ne se passe pas un jour sans que je pense à produire un mouvement en gardant les principes de l’école.

Elle m’apporte une manière de concevoir, penser et me donne du plaisir, au même titre que la musique, la peinture, la danse, toutes les différentes manières de s’exprimer à leur façon se doivent de vous transporter ne serait-ce qu’un cours instant dans votre journée sinon à quoi bon passer son temps à s’agiter ?

A quoi ressemble une séance classique chez Sibirskiy Viun ?

Un cours de l’école comporte un échauffement qui varie en intensité, où le travail foncier et les bases comme les acrobaties ont toute leur importance.

Sur 1h30 de cours, l’échauffement dure 30 min minimum.

Viens ensuite la thématique du cours,  et le nombre d’exercices peut varier, mais je laisse toujours le temps de travailler, il est important de pouvoir s’approprier un exercice pour ne pas rester en surface.

Mon échauffement est ensuite caler sur le rythme de la thématique, si le thème de travail s’effectue à  vitesse rapide, mon échauffement  le sera aussi et inversement.

Comment décrirais-tu ton style d’enseignement ?

Mes élèves seront plus à même d’en parler,  mais je dois dire qu’à mon sens et je remercie énormément les maîtres que j’ai pu côtoyer, je fais travailler les principes en mettant forcément le doigt dessus et  en y intégrant des exercices, pas le contraire.

J’enseigne, si je peux me permettre, avec un certain penchant pour le pragmatisme, j’essaie de ne pas rentrer dans l’improbable et dans les choses délirantes, il y a mille et une façon de pratiquer et je respecte tout un chacun mais quand même parfois il faut savoir dire stop aux abus.

Sinon je suis actuellement sur la recherche du mouvement  dans le but d’optimiser la prise de contact, donc je dirai qu’en ce moment j’essaie de faire travailler mes élèves sur ce principe.

Sans oublier bien sûr le travail des bases que je privilégie énormément et le travail des différentes distances.

Pour le moment mes élèves sont débutants et je leur fait travailler les entrées, pour ma part le reste est moins important car si vous prenez le premier coup, le 2 et 3 n’existent tout simplement pas.

Pour toi, combien d’heures devraient être consacrées à la pratique pour voir une progression significative ?

Cela dépend bien entendu de l’élève et de sa compréhension, le mieux serait tous les jours bien entendu.

Si cela n’est pas possible essayez de réfléchir à certains moment de votre journée à étudier votre mouvement, posture… vous êtes finalement votre meilleur professeur.

Essayez même de consacrer 15 min par jour à votre pratique, cela sera plus bénéfique qu’une séance par semaine.

Quelle est l’importance du travail du partenaire dans ton style ?

Le travail du partenaire est omniprésent et est finalement très physique selon ce qui est travaillé, puisque  vous subissez et devez suivre la technique pour ne pas vous blesser, ce travail vous donne beaucoup d’information sur le mouvement, le ressenti.

De plus  vous vous devez d’être juste dans votre attaque sous peine de sanctionner votre partenaire.

Cela vous sert aussi à affiner votre descente et remontée sans mettre de force excessive, donc sert aussi à checker vos tensions, c’est un travail à part entière.

Tu as passé un moment à étudier en Russie, comment sont les entrainements là-bas ?

Les entraînements là-bas sont assez conséquents par rapport à  ce qu’on peut voir et penser d’un cours de Systema en règle générale et s’effectuent en moyenne à une bonne vitesse de croisière, parfois à vitesse lente pour le travail à thème, mais rarement à l’échauffement.

Dmitriy Skogorev, le fondateur de Sibirskiy Viun, donne 2X3 cours par semaine et les autres sont assurés par ses assistants.

Dmitriy respecte cette règle en général :

– Un cours sur le travail à mains nues.

– Un cours sur les armes (bâtons, couteaux, sticks)

– un cours sparring.

On retrouve les 2 premiers topics dans la plupart des écoles se nommant Systema et moins le troisième, à savoir l’étude de la boxe Russe que Dmitriy  a sûrement reprise en partie dans la boxe traditionnelle mais y à apporter sa touche personnelle, en tous cas ce travail est très intéressant car c’est une boxe très sophistiquée qui prends en compte la gestion de l’espace, du timing, de la 3D.

Pour ce qui est du reste je vous conseille vivement de regarder les vidéos de Dmitriy si vous êtes désireux et curieux de comprendre son travail.

Qui sont les grands pratiquants de ce style ?

Après Dmitriy, il y a Andrej Furhmann avec qui il a fondé l’école et qui vit en Allemagne, il y a pas mal de vidéos sur son école si vous cherchez.

Il y a Ensuite les instructeurs Sibirskiy Viun à Novossibirsk, Ivan Venediktov et Denis Gushchin avec qui j’ai eu le plaisir de travailler, vous trouverez aussi quelques vidéos sur eux si vous cherchez.

Viennent ensuite Artyom Gan et Vitaly, il y en a bien évidemment que je ne connais pas non plus.

En Europe il y a Luigi Soprano qui est le représentant pour l’Italie et Walid Aloui qui est le représentant pour la Suisse.

Comment vois-tu le développement de Sibirskiy Viun en France et dans le monde ?

L’école Sibirskiy Viun est pour le moment moins connu ce qui a ses avantages et ses inconvénients, mais je crois fermement à son développement en France, je suis d’ailleurs en train de composer une petite équipe qui verra le jour prochainement.

D’ailleurs les personnes sérieuses et désireuses de s’investir dans l’école sont les bienvenues.

Pour ce qui est du monde, j’y crois aussi bien évidemment, Dmitriy est une personne discrète donc l’école est finalement à son image, ensuite il ne tient qu’aux différents instructeurs de diffuser son enseignement mais je sais qu’il préfère avoir moins de monde et privilégier la qualité, plutôt que le contraire.

Le cursus pour devenir instructeur comporte 6 différents niveaux et requiert bien évidement un minimum d’heures de formation à chaque étape. Cela empêche déjà les excès et débordements.

Existe-t-il des pratiquants que tu admires particulièrement tout style confondu ?

J’apprécie bien entendu le travail de beaucoup de maîtres et d’experts, mais je dois dire que si je devais parler au sens large, et pour ce que je connais, les Russes sont très bien placés pour la globalité et la fonctionnalité  de leur travail.

Sinon chez les Japonais, bien entendu je citerai Akuzawa Minoru pour son côté sans compromis, je peux vous dire, pour l’avoir côtoyé qu’il sort vraiment de l’ordinaire. Kuroda Tetzusan pour son travail aux armes est un pur génie, tout en finesse. Ushiro Kenji pour son Karaté, sa manière de prendre le centre/Kuzushi. Kyuzo Mifune était un vrai félin, toujours à retomber sur ses pieds. Viennent ensuite Ueshiba, Sagawa, Takeda pour ce qu’on en connaît, il y en a encore pleins d’autres.

J’apprécie aussi les arts chinois dont le bagua et le maître Luo De Xiu,  le wing chun, les arts philippins, le silat, pleins de différentes boxes, il n’y a pas assez de place pour tout le monde dans cet article de toute façon au risque de fatiguer les lecteurs.

Le M.M.A pour certains côtés, j’aimais beaucoup l’état d’esprit du départ où tout le monde représentait sa discipline, Rickson était un bel exemple.

Sans oublier et pour conclure, Christophe Martin avec qui j’ai le plaisir de m’entraîner et d’échanger en permanence, il fait partie des plus anciens de l’Aunkai, il a fait partie du cercle très fermé du Shinbukan de Kuroda et est ancien champion de Taekwondo entre autre, c’est aussi un superbe pédagogue avec un travail tout en finesse.

Quelle est ton actualité proche ?

Mon prochain stage sera le 11 Mars 2017 sur Montpellier et portera sur le triangle de protection.

 Vient ensuite le début du programme de formation pour les instructeurs qui se déroulera sur 8 à 10 jours espacés sur l’année et qui commencera le 18 Mars sur Orléans, je mets un point d’honneur là-dessus car l’école comporte un programme et chaque futur enseignant se doit d’être formé un nombre d’heures adéquates et par niveau.

Puis viens surtout le premier stage de Dmitriy Skogorev en France qui se tiendra sur Montpellier du 29  juin au 2 juillet et qui se décomposera en 2 parties, à savoir 2 jours pour les instructeurs et 2 jours ouvert au public.

Le thème du stage pour tous sera axé sur les bases de l’école Sibirskiy Viun

Merci pour ton temps Thomas et à bientôt pour un peu de pratique !

Et merci encore à toi de me donner l’opportunité de diffuser cet article, à bientôt !

Vous pouvez suivre l’actualité de Thomas sur Facebook sur sa page Sibirskiy Viun France. N’hésitez pas à nous faire des retours des stages si vous vous y rendez!

A bientôt

Taxam

 

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