Principe transversal : le relâchement

Dans les pratiques corporelles, le relâchement est une recherche constante pour améliorer le geste. Les arts martiaux ne font bien sûr pas exception. Néanmoins, dans les arts martiaux, cette recherche peut devenir un véritable écueil. C’est ce dont j’ai décidé de parler ici aujourd’hui.

Le relâchement

 

De base, définir le relâchement n’est pas nécessairement une chose aisée. En effet, le relâchement dans le mouvement est une notion dynamique complexe à appréhender puisqu’il repose sur un équilibre de tension entre muscles agonistes et antagonistes pour chaque mouvement. En effet, il n’y a jamais de relâchement total à moins d’être couché et de ne strictement rien faire. Le simple fait de se tenir debout est une source de tension. Le relâchement dont on parle ici est donc une simplification servant à dire d’utiliser le moins possible de tension musculaire inutile dans l’exécution d’une action. Un athlète que j’appréciais beaucoup pour le mélange puissance et relâchement et le joueur de foot Thierry Henry. On peut voir sur cette frappe de balle une grosse tension de l’ensemble de sa chaîne croisée antérieure droite (avec un étirement jusqu’aux doigts!) et un gros relâchement du reste du corps. C’est ainsi que l’on génère puissance et précision.

Pourquoi se relâcher ?

La problématique du relâchement réside dans le fait que moins les muscles antagonistes sont tendus, moins les agonistes trouvent une résistance à l’exécution d’un mouvement. Ainsi, le maximum de force généré par les agonistes est retrouvée dans le mouvement et non pas perdu dans la résistance des antagonistes. Néanmoins ça n’est pas tout. Il y a aussi une problématique de la direction de la transmission des forces. En effet, sans forcément avoir une contraction de muscles antagonistes, il peut y avoir des muscles superficiels ou profonds qui se contractent dans la même direction que ceux impliqués dans le mouvement mais qui de part les différentes épaisseurs de couche feront diffuser la force générer sur 5 cm au lieu de 1. Il est donc important pour avoir une pression sur la surface la plus petite possible pour concentrer la force générée de diriger cette force le long d’un canal le plus petit possible. Ainsi, en appliquant beaucoup de force sur une petite surface, de préférence sur un endroit structurellement faible d’un partenaire, on génère beaucoup d’effet en donnant l’impression de ne rien faire. J’illustre ce principe dans cette vidéo ou sur quelqu’un qui s’appuie via une saisie du bras, j’applique une force avec certaine chaînes musculaires et je relâche les autres pour ne pas diffuser cette force appliquée (il y a aussi d’autres principes travaillés dans cet éducatif de compréhension des mouvements de force comme la notion d’appuis mais on y reviendra dans un autre post)

Néanmoins, ce principe se retrouve pour taper dans une balle, grimper à un arbre ou n’importe quoi d’autre d’ailleurs à partir du moment où on veut maximiser le résultat d’un mouvement.

L’écueil de la recherche du relâchement dans les arts martiaux

Le relâchement en soi n’a donc rien d’extraordinaire puisqu’on le retrouve partout. Le souci est de savoir comment le travailler. C’est là qu’à mon avis le bât blesse dans les arts martiaux. Je m’explique. Lorsqu’il y a un enjeu sportif, artistique ou autre, on va d’abord chercher à performer et ensuite affiner. Pour revenir au football, des milliers de joueurs marqueront un but sans avoir jamais cherché le moins du monde à tirer de façon relâché. C’est seulement ceux qui atteindront un haut niveau qui devront chercher à optimiser ce qu’ils font pour améliorer le geste et leur donner de moins en moins de visibilité pour être surprenant et de plus en plus de puissance pour rivaliser avec les autres athlètes.

Or aujourd’hui, dans les arts martiaux, en particulier ceux où le travail en opposition n’est que peu présent, la recherche du relâchement est presque une finalité en soi. Mon analyse est qu’on souhaite reproduire les capacités des grands maîtres, grands pratiquants directement… puisqu’il n’y a pas réellement d’enjeux d’opposition derrière. C’est ainsi que dès les premiers cours d’un art martial traditionnel on dira au pratiquant de se relâcher, l’empêchant parfois même systématiquement d’aller au bout de son action. Oui mais quoi? Et comment? Et où?

Je pense cela pour plusieurs raisons. Première raison, le relâchement est quelque chose de relatif. Quelqu’un capable de soulever 42 kilos à une main sera beaucoup plus relâché pour soulever un poids de 5 kilos d’une main, qu’un pratiquant lambda d’arts martiaux. Pourquoi ? Parce que parmi les différents types de relâchement, le relâchement le plus évident est celui qui est due à la capacité du muscle à générer de la force. Plus le muscle est puissant, moins il aura besoin de forcer pour soulever une faible charge donnant une impression de grand relâchement. Ceci amène à la deuxième raison, pour relâcher quelque chose, il faut avoir quelque chose à relâcher. En d’autres termes, la construction d’une structure forte et sa conscientisation est indispensable pour pouvoir utiliser correctement le relâchement. Enfin, dernière raison, il faut déjà être capable de faire un mouvement grossier où on aura tous les éléments moteurs présents (ainsi que les parasites) pour pouvoir l’affiner ensuite.

Sans ces trois éléments, développement de la puissance, structure et conscience et compréhension motrice, le relâchement sera illusoire. On tombera alors dans la complaisance où chacun se laissera faire pour arriver à faire un  mouvement « relâché », qui ne sera en fait qu’un mouvement mou et vide. Même parfois, certains arrivent à la performance de faire du mou et vide et tendu à la fois si l’action ne passe pas…

Comment travailler le relâchement ? En contrainte !

 

Prenons l’exemple des autres disciplines corporelles. On s’intéresse d’abord au résultat qu’on veut obtenir. Par exemple, jouer un morceau de piano, atteindre la cible sur un tir au pistolet ou déstructurer quelqu’un. Quand l’objectif est atteint, normalement, c’est qu’on a mis en place les composantes nécessaires pour y arriver. Donc qu’on utilise les bons moyens. Même si le résultat n’est pas parfait, on met les ingrédients nécessaires pour y arriver. Ensuite on cherchera à affiner en enlevant le superflu.

Un mouvement aussi simple qu’une pompe peut très facilement illustrer cela. On peut faire une pompe de plein de façons différentes dans une même position de bras. Faîtes une pompe en une minute. Trente secondes pour descendre, trente secondes pour monter. Il est probable que le premier essai ne sera pas fructueux. Persévérer jusqu’à y arriver une fois. Ensuite, maintenant que votre corps à fait l’effort une fois, recommencez en essayant d’enlever certaines contractions. Détendez-vous malgré la contrainte. Jouez avec les endroits d’où vous allez générer votre force (chaînes musculaires notamment, on peut en utiliser au moins 5 différentes). Arrivera un moment, rapidement si vous faîtes ce travail, où le mouvement vous paraîtra vraiment facile et où de l’extérieur on aura l’impression qu’il n’y a pas d’effort fourni. Vous n’aurez pas spécialement gagné en force. Par contre, vous aurez appris à vous relâcher et à utiliser seulement ce qui est nécessaire.

Chercher le relâchement sous contrainte, voilà pour moi le moyen le plus sûr d’atteindre un relâchement réel. Mais je serais intéressé de savoir si vous avez d’autres méthodes !

A bientôt

Taxam

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *