L’enseignement dans les arts martiaux : cherche-t-on réellement l’autonomie dans la pratique?

Petite réflexion sur l’enseignement après avoir pratiqué avec quelques pratiquants de longues dates et vu quelques stages récemment. Est-ce que l’enseignement des arts martiaux cherche réellement à rendre le pratiquant autonome ? Par autonome, je ne parle pas de capacités combatives particulières mais d’une capacité à comprendre seul ce que l’on pratique et encore mieux, être capable de s’entraîner tout seul.

Je vais raconter deux anecdotes pour illustrer ce que je raconte. Chacune de ces anecdotes interroge sur la volonté, volontaire ou non, de laisser les élèves dans le flou.

I- Tenir l’évidence cachée lors de l’enseignement pour conserver une supériorité technique

 

Je pratiquais avec un pratiquant suivant l’enseignement d’un art martial traditionnel. Il essayait d’exécuter un mouvement clairement faux. Par faux, je veux dire que mécaniquement, ce mouvement était un non-sens. Dans ce travail, je n’étais pas en opposition mais simplement honnête dans le travail. Evidemment, ce qu’il faisait ne marchait donc pas. En lui corrigeant son mouvement avec une correction mécanique évidente, son mouvement s’est mis à marcher. Il était content. Je l’ai revu quelques temps plus tard. Il m’a dit qu’il avait montré le mouvement à son maître. Ce dernier lui avait dit qu’il ne fallait pas le montrer parce que c’était un secret d’école…

Paye ton suivi pédagogique…

Une telle remarque est pour moi proprement scandaleuse. Soit on est un enseignant et on cherche à rendre ses élèves capables d’être autonomes dans ce sur quoi ils se sont engagés à plusieurs niveaux pour apprendre, soit on est un gourou qui cherche à garder des clients. La rétention volontaire d’information ne me gêne pas si elle est clairement annoncée ou au moins si elle permet de faire correctement ce qui est montré. Là j’avais en face de moi quelqu’un qui perdait du temps et de l’argent à essayer de faire un truc faux. Avec ce type de comportement, on comprend mieux pourquoi il n’y a que quelques représentants corrects des écoles traditionnelles.
On ne peut même pas dire que c’est de la rétention d’information par omission puisque ces écoles ont des éducatifs où le placement de chaque segment de corps au cm près peut-être corrigé par le maître…

II- Manque de méthodologie dans l’enseignement

 

Deuxième anecdote, je regardais un stage d’art martiaux du sud-est asiatique. Sans mentir, pendant 45 minutes, l’instructeur montrait strictement toujours la même chose en rajoutant un ou deux coups de poing dans un enchaînement de plus en plus long. Cet enchaînement était appelé série technique. Un classique dans les arts martiaux philippins et indonésiens. Le terme série technique pourrait signifier qu’il y a une forme de pédagogie. Ben non. C’est juste une série de mouvements techniques au premier degré. Pas réellement de logique, pas de principes communs. Rien. On aurait pu dire que c’était un stage et donc que c’était pour montrer quelques mouvements. En ce qui me concerne je ne vois pas trop l’intérêt mais pourquoi pas…
Mais non. Le but de ces stages était de former des instructeurs capables d’enseigner dans leur groupe de travail. Donc ces futurs instructeurs n’avaient rien d’autre que des mouvements creux à répéter. Pas de logique, ni de liant à part dire que c’est la série technique X…

Autrement dit, ils seront toujours dépendants de leur instructeur pour apporter de la nouveauté.

III- Absence de stratégie pédagogique dans l’enseignement

 

Ce cas-là est à la fois plus problématique mais aussi plus gênant. Ici c’est plus une non-anecdote que j’ai à raconter. C’était il y a quelques années lors d’un stage de self-défense. J’étais allé à ce stage pour trouver des outils et des situations pédagogiques pour travailler l’aspect de la prévention de l’agression. Ceci était au programme du stage et le stage était sensé se diviser en pré-agression et travail de self pur sur l’agression qui ne m’intéressait pas. Au final, la partie pré-agression a duré 15 minutes, la partie agression 3 heures…
La majorité des gens (pas tous !) avec qui j’ai discuté et qui ont participé à des stages de self se sont retrouvés dans la même situation. En creusant un peu, eh bien il semble que ce soit les situations pédagogiques qui manquent pour travailler là-dessus.
Problèmes en self défense, 99% du temps devrait être consacré à ça…

Conclusion

 

Alors que faire ? En sport, il y a des stratégies pédagogiques très pointues et très facilement accessible. Les prévôts de boxe par exemple sont capables de former des boxeurs en quelques mois qui pourront être autonomes dans leur entraînement de base. Ils pourront même devenir des combattants redoutables.
Attention, je ne dis pas que la formation d’animateur sportif est nécessaire pour enseigner (pour en avoir suivie, le contenu est mal délivré et la difficulté est tellement basse qu’un titulaire d’un de ces diplômes n’équivaut absolument pas à un pédagogue…). Néanmoins, les sciences du sport et de l’éducation ont énormément à apporter aux arts martiaux qui se basent sur une transmission largement obsolète (si le but est de transmettre au plus grand nombre évidemment). Savoir construire une logique de progression, des éducatifs, définir les problématiques et comment les résoudre est un minimum lorsqu’on enseigne. Si les instructeurs prenaient le temps de faire cela, le niveau global serait bien plus élevé et surtout, les élèves pourraient bien plus facilement s’améliorer et s’étalonner.
Néanmoins, je serais curieux de connaître votre sentiments sur comment votre transmission se déroule !

A bientôt

Taxam