Le rapport à la douleur dans les arts martiaux

Bonjour à tous! Dans ce billet, je vais parler du rapport à la douleur dans la pratique des arts martiaux et sports de combat. En effet, ce rapport est normalement central à nos pratiques puisque par nature, elles nous imposent de faire face à un moment ou à un autre à cette douleur. La définition officielle de la douleur donnée par l’association internationale d’études de la douleur est la suivante : « la douleur est une expérience sensorielle et émotionnelle désagréable, associée à une lésion tissulaire réelle ou potentielle, ou décrite dans ces termes ». Je préciserais juste que dans ce billet, nous parlerons uniquement du cas de la douleur aïgue, définit comme « La douleur aiguë est liée à une atteinte tissulaire brutale. Elle est souvent associée à des manifestations neurovégétatives (tachycardie, sueurs, élévation de la pression artérielle) et à une anxiété. C’est un signal d’alarme dont la ‘finalité’ est d’informer l’organisme d’un danger pour son intégrité. »

Vous la sentez la piqûre?

I- La douleur présente deux faces distinctes et relativement indépendantes l’une de l’autre

La douleur comme vue plus haut est un signal. Ce qui signifie qu’elle est déclenchée après un traumatisme ou en anticipation à un potentiel traumatisme. Si la douleur n’était que physique, on ne souffrirait pas par anticipation. Par conséquent, deux aspects sont présents dans la douleur, le signal purement physiologique et le signal psychologique lié à la peur. Dans nos pratiques, pouvoir faire la différence entre les deux est cruciale. En effet, le signal physiologique est globalement indicateur de blessure présente ou largement en approche. A l’inverse, le signal psychologique peut être largement surestimé. Pour illustrer cela, je vais parler d’une expérience que j’ai été amené à vivre lors d’un cours sur la douleur. Dans cette expérience, on fait plonger à des gens leur index dans une eau à 52°C. A cette température, le corps déclenche la sensation de brûlure bien qu’il n’y ait aucun danger réel. Immédiatement, toutes les personnes testées ont enlevé leur doigt pensant qu’ils étaient brûlés. Après leur avoir dit qu’il n’y avait aucun risque, on a demandé à un groupe de replonger le doigt et de l’enlever quand la sensation devenait désagréable. Au second groupe, on leur a donné un anesthésiant local et demandé la même chose. La différence entre les deux groupes se comptait en minute. C’est seulement à la fin de l’expérience qu’on nous a expliqué que l’anesthésiant était un placebo, de l’eau froide toute simple… Cette expérience (facilement reproductible pour le coup) illustre parfaitement la notion de douleur psychologique indépendante de toute douleur physique.

II- Différencier la douleur psychologique de la douleur physique

 

Apprendre à différencier les deux est capital dans nos disciplines. En effet, être capable de prioriser le danger fait partie des aptitudes nécessaires pour le combat et la survie en général. Hors, cette douleur psychologique peut totalement fausser la donne, dans un sens comme dans l’autre. En effet, autant une douleur psychologique trop grande peut inhiber toute activité, autant confondre la douleur psychologique avec la douleur physique peut entraîner à des conséquences fâcheuses. Ainsi, je discutais avec un kinésithérapeute ravi grâce à une pratique sportive répandue en ce moment qui me disait que dans cette pratique, sous prétexte de se pousser en considérant la douleur comme un concept psychologique, les pratiquants finissaient par confondre les deux. Il a reçu un patient qui a subi… une rupture du tendon du quadriceps. Le patient lui avait expliqué qu’il avait eu très mal bien avant la rupture alors qu’il soulevait un poids mais qu’il voulait tenir parce que la douleur c’est dans la tête… Alors comment différencier les deux ? La douleur physique reste quand la psychée est calme. Ce qui implique d’être dans une situation où on peut calmer la psychée ou alors ou la psychée ne s’excite pas parce que la situation est familière.

III- Dompter la peur de la douleur

La différenciation entre les deux passe donc par une élimination de la douleur psychologique. Cette élimination favorisera donc la gestion des priorités. Comment faire cela ? Par l’habituation du corps et de la psychée à des situations différentes. Attention par habituation, on ne parle pas de renforcement ou de négation de la situation. En effet, le renforcement permet uniquement d’augmenter le seuil d’acceptation de la douleur (psychologique principalement) et la négation conduit à une mauvaise évaluation de la situation ce qui n’est générablement pas souhaitable. Pour travailler cela, il faut expérimenter différents types de douleur. Néanmoins, il n’est pas question de se mutiler. Généralement, une douleur inconnue génèrera une douleur psychologique très grande bien avant de causer une lésion. On comprend donc que cette douleur est intimement liée à la peur de l’inconnu. Ainsi, une clé de poignet fera hurler de douleur quelqu’un qui n’en a jamais subi, craignant pour son articulation, tandis qu’un pratiquant d’aikido ou de jiujitsu n’aura globalement que le signal physique loin d’être suffisant pour lui faire perdre son sang froid tant qu’il sent que l’articulation ne dépassera pas la limite. L’approche du systema est complètement dans cette optique. Subir différents types de douleurs permet de se familiariser avec la douleur psychologique à différencier de la physique. On génère de la douleur par l’écrasement respiratoire et musculaire, par des frappes à différents niveaux de profondeur dans le corps, avec des batons, des fouets, du métal… Le massage est également un excellent moyen d’expérimenter cette douleur psychologique. En effet certaines zones peuvent donner l’impression de faire souffrir malgré une pression quasi inexistante (la région abdominale souvent). Plus les situations seront variées, plus on se rendra compte que la douleur physiologique est constante en terme de sensation tandis que la psychologique varient énormément d’une situation à l’autre. Une fois la différence faîtes, on sera apte à gérer les nouvelles douleurs psychologiques puisque bien que l’impression soit différente, les mécanismes pour calmer la psychée eux restent identiques. Ceci devient donc un outil puissant pour favoriser une bonne évaluation de la situation.

Conclusion

 

La douleur est intimement liée à la pratique des arts martiaux et sports de combat. Sa bonne évaluation permet d’éviter la blessure et de bien évaluer la situation. Se familiariser avec et bien différencier la douleur physique de la douleur psychologique est la clé pour utiliser la douleur à bon escient, c’est-à-dire en tant que signal d’un danger imminent.

Et vous alors quelle est le type de douleur que vous ne pouvez pas supporter ?

A bientôt

Taxam

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