Review : Protegor par Guillaume Morel et Frederic Bouammache

Bonjour à tous, dans ce billet je vous propose une revue que je voulais faire depuis longtemps du livre Protegor: Guide pragmatique de sécurité personnelle, self-défense et survie urbaine par Guillaume Morel (dont vous pouvez lire l’interview ici) et Frederic Bouammache.

Introduction

 

Je vais le dire tout de suite, Protegor est un livre référence en ce qui me concerne. Pas parce qu’il invente quoi que ce soit dans l’univers de la protection personnelle mais plutôt parce qu’il est l’équivalent d’un manuel de premiers secours. Conçis, pratique et opérationnel. Il n’est bien évidemment pas exhaustif mais il est très représentatif du bon usage de la Loi de Paretto dans un enseignement donné.

De plus, en termes de construction, de mise en page et de soin à la finition, Protegor se rapproche enfin de la qualité à laquelle on s’attend lorsqu’on lit un manuel de présentation d’autres disciplines, sportive ou non. Evidemment il y a des choix qui sont faits qui peuvent ne pas plaire à tout le monde, des parties dont je ne suis pas spécialement convaincu, mais l’ensemble est cohérent et nettement supérieur qualitativement à ce qui se fait habituellement. De plus, son orientation étant clairement de familiariser le grand public avec ces notions, il fallait un support qui puisse le toucher et de ce point de vue c’est une réussite totale. Protegor a eu deux éditions. Je vais parler aujourd’hui de la dernière qui a été réactualisée. Je ne comparerai pas spécialement les deux éditions, Guillaume Morel l’ayant déjà fait sur son blog.

Un livre grand public

 

Comme je le disais, la force de ce livre est de s’adresser au grand public. Vous pouvez l’offrir à votre petite sœur qui ne s’est jamais posé la question de savoir comment réagir en situation conflictuelle, un ami cadre, vos grands-parents, un pratiquant d’arts martiaux ou un pratiquants de self-défense, tous y trouveront quelque chose pour eux.

De mon point de vue, c’est un des points forts de ce livre puisqu’au même titre que la formation aux premiers secours, les bonnes pratiques de la protection personnelle devraient être largement diffusées pour que la communauté dans son ensemble puisse en recevoir les bénéfices. Etant adressé à tous, l’introduction du livre fait réellement l’effort de mettre en place le jargon, de définir une sorte de mindset du livre et de principes directeurs. On pourrait le résumer par alerte et prévoyant mais ni paranoïaque ni heroïque. Ca à l’air de rien dit comme ça, mais pour avoir une pratique saine de ce type de discipline, c’est indispensable. En effet, l’objet de l’apprentissage n’est pas de faire des associaux mais des gens alertes mais intégrés à la communauté…

Le livre propose ensuite trois parties. La sécurité personnelle, la self-défense et la survie urbaine. On peut aimer ou pas ces termes mais définir ces trois domaines de travail est important. En effet, si on parle de protection personnelle, on intègre obligatoirement les trois aspects, respectivement prévention, agression, gestion des conséquences. Or, pour beaucoup, la protection personnelle à l’entrainement c’est 95% de de gestion de l’agression, 5 % du reste. Or si on ramène Paretto, il semblerait que la sécurité personnelle couvre 80% besoins et donc que c’est là-dessus qu’il convient de passer beaucoup de temps. Le livre a donc l’intelligence de montrer que ce sont trois parties en soi et qu’elles ont leurs propres particularités qu’il faut donc connaître et travailler. Le choix des auteurs a été de faire trois parties équilibrées, ce qui éditorialement se tient mais qui m’a un peu frustré, je reviendrai dessus.

La sécurité personnelle

 

Globalement, la sécurité personnelle peut se définir comme le moyen de prévenir accident et agression. Ce sujet est vaste et pourrait faire l’objet de plusieurs livres en soi (pas dit qu’ils se vendent cela dit…). Néanmoins, dans Protegor, ce chapitre a été divisé en protection de notre environnement, protection des informations, préparation individuelle, mentale et matérielle et travail des interactions sociales pour désescalader un conflit.

La première partie couvre les lieux où l’on se trouve (habitation et voiture) et les lieux où l’on doit se rendre qui peuvent nous rendre vulnérable (DAB, Bus, métro, parkings…). Dans cette partie, on est vraiment dans l’hygiène de défense. Ce sont des petits trucs simples à intégrer comme routine, au même titre qu’on regarde à droite et à gauche avant de traverser la route. Cela demande peut d’effort, si ce n’est de se dire que les problèmes n’arrivent qu’aux autres et justement, ça peut faire en sorte que ce soit le cas…

La deuxième traite de l’équipement. Alors cette partie-là fait un peu manuel de collectionneur, on sent que les auteurs aiment le matériel. Les selfeux aiment leurs jouets :P, l’influence des USA…  Néanmoins, il est vrai que le matériel présenté est bien pratique et bien évidemment, il dépend grandement d’une évaluation de ses besoins. Je retiendrais par contre le matériel de premiers soins qui devrait tout de même être possédé par le plus grand nombre. Je reste toujours stupéfait que par exemple des pratiquants d’arts martiaux n’aient pas leur propre trousse de secours avec du sérum physiologique et quelques bandages quand ils sont au club (même si le club a l’obligation d’en avoir…).

Pour le reste on traite armes, là c’est chacun ses choix, mais rappelez-vous que l’image sociale est importante aussi en protection personnelle. Peut-être que votre voisine a qui vous dites que vous vous baladez avec votre demi douzaines de couteaux sur vous ne sera peut-être pas si encline que ça à vous prêter du sucre la prochaine fois que vous taperez à sa porte… Il y a une juste mesure à avoir.

Personnellement, des objets tels que le kubotan, le porte-monnaie sap et un couteau généraliste pour des situations quotidiennes me suffisent. Le concept d’EDC est traité. Là aussi, il est intéressant de faire l’effort d’en concevoir un. Enfin un dernier point sur les vêtements. Les caractéristiques conseillées pour la sécurité personnelle sont décrites. Problème, qui pour certains peuvent être majeur, c’est globalement assez moche et c’est encore pire pour les femmes je pense. Là encore, c’est un choix à faire entre l’image sociale qu’on renvoie et la sécurité (ou alors il faut que Vogue fasse un numéro spécial élégance et sécurité personnelle).

La troisième partie qui traite de l’information et protection des données est très intéressante. En effet, c’est un domaine qui globalement est traité chez les geeks mais quasi inconnu du grand public et même des entreprises (PME surtout). Cette partie est donc une mine d’informations pour ceux qui ne sont pas fanas d’informatique mais qui veulent avoir un œil sur la protection des données. Juste un dernier mot sur cette partie qui se termine par le Fact-checking qui est le fait de vérifier ses infos. La désinformation est une vraie plaie notamment sur les réseaux sociaux où pullulent les articles faux qui ont pour seuls buts de créer un climat anxiogène et de division. Bien qu’aborder succintement, les informations de cette partie sont à lire, retenir et mettre en pratique (mon mur facebook vous remercie d’avance).

La quatrième partie concerne les voyages. Elle est aussi pleine d’astuces pratiques.

La cinquième partie nous rapproche des sujets généralement traités dans les cours de self, la communication dissuasive. Dans cette partie, on s’intéresse au mental, au connais toi toi-même parce que dans ces cas-là au final, ça va dépendre de soi, de la capacité à gérer le stress, de rester lucide et d’avoir les comportements corrects (observation, gestion de l’espace, gestion de la psychée, posture..). Cette partie va jusqu’à la désescalade verbale qui est la dernière chance d’éviter l’agression. Il y a toute la théorie pratique dans cette partie pour avoir les bons comportements (le fameux grey man en fait).

Je note en plus un encart très pertinent sur la gestion du public dans l’agression). Le problème majeur, je cite : « toute cette théorie est plus facile à réfléchir qu’à exécuter dans le feu de l’action… ». J’aurais aimé (là c’est le pédagogue qui parle) pour rendre l’ensemble encore plus utilisable, des propositions d’exercices pratiques pour pouvoir intégrer tous ces concepts. Néanmoins, cette partie conclut bien le chapitre sur la sécurité personnelle qui est vraiment un point fort de Protegor.

La self-défense

 

Cette partie traite donc de l’agression physique à proprement parlé qui est clairement distingué du combat rituel qui n’est pas l’objet de ce livre.

Dans cette partie, Protegor ne fait pas la promotion d’une école particulière. Le livre se contente d’établir une sorte de cahier des charges pour être adapté à la self-défense. S’en suit une partie sur les techniques et les concepts de base (comment taper et ou taper), quelques défenses sur attaques imposées. Je ne m’étendrai pas trop sur cette partie assez longue pour cause de photos ne me paraissant pas vraiment être une plu-value dans le livre.

Malheureusement, ce genre de partie est un exercice obligé pour pouvoir éditer un livre sur les arts martiaux, sports de combat… S’en suit une partie sur les armes de défenses et les armes improvisées. Toujours intéressant pour ceux qui n’y ont jamais pensé (et je ne parle pas que des gens qui ne pratiquent rien).

Enfin, la partie se termine sur des études de cas. Là aussi, des exemples photos à l’appui de solution pour sortir d’une agression dans différents contextes.

La Survie Urbaine

 

La survie urbaine est la troisième partie du livre. Elle couvre là aussi un grand nombre de problématique. Catastrophes climatiques, troubles sociaux, agression physique ou psychologique et défense juridique.

Là encore, on constate l’important champ d’action à traiter. Toutefois, les principes énoncés  jusqu’ici restent valables, rendant ces informations éparses finalement assez cohérentes.

L’aspect juridique est un point fort de cette partie et son application dans le contexte social du harcèlement (personnel ou professionnel) est une ouverture parfaite sur le fait que les pratiques de survie urbaines doivent inclure les interactions sociales du quotidien dans le contexte de notre société.

Le livre se termine sur une grosse bibliographie et un tas de ressources utiles pour celui qui a envie de creuser un sujet en particulier, un livre ne pouvant pas être exhaustif sur l’ensemble de la protection personnelle.

Conclusion

 

Protegor est un must have. Que l’on soit pratiquant ou pas, à l’instar des premiers secours, les bases de la protection personnelle devraient être connues par tous. Protegor est parfait pour les diffuser. Evidemment, le livre n’est pas exhaustif mais vu le sujet un tel livre serait impossible à produire, et il donne plus de théorie que de pistes pratiques pour mettre en place un apprentissage de ces principes. Toutefois, ce n’est je pense pas là son ambition et il donne une bonne base pour développer une pédagogie d’apprentissage sur le sujet. Juste un mot sur la nouvelle édition, beaucoup de nouvelles infos et surtout une lecture beaucoup plus aérée et agréable que le premier. En conclusion, je le conseille chaudement et il est à mettre dans les mains du plus grand nombre.

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