Débutants, anciens, gradés, certifiés et poudre aux yeux dans les arts martiaux

En cette rentrée, je vois fleurir les annonces pour les différents clubs et ce qui me frappe, c’est les CVs, vraiment impressionnants pour un débutant! Un nombre de diplômes, de Dan, de certifications et autres degrés sur le CV à faire palir une ancienne Garde des sceaux. Cet article n’a pas pour objet de faire une critique de ces méthodes commerciales qui m’indiffèrent mais elle m’a fait penser aux problèmes que peuvent causer dans les cours ces « anciens » « surdiplômés » aux nouveaux. Cet article a pour but de décomplexer un peu les débutants pour faire face à ces « experts ».

Master Ken, 11eme dan, votre prochain partenaire d’entraînement

Le monde se divise en deux catégories

 

Dans un cours, il est toujours bon d’avoir des gens expérimentés autour de soi. Les arts martiaux se transmettent autant par l’instructeur que par ses élèves. En effet, la pratique et le toucher sont indispensables à l’apprentissage. L’instructeur ne peut pas être tout le temps avec tout le monde, c’est donc les anciens qui feront passer une partie du message. Et là, il y a deux types d’anciens. Celui qui va travailler, attendre une erreur, une fois, deux fois pour être sûr que c’est bien soit une incompréhension soit un vrai blocage. Alors, dans ce cas, il va donner un conseil rapide au débutant et le laisser retravailler. Puis il y a l’autre… Celui qui va parler et réexpliquer avant même que le débutant ait commencé son travail. Evidemment, il va finir par légitimer son action en expliquant ô combien il est expérimenté et donc qu’il faut écouter ses conseils. Il finira par déballer son CV martial. Le débutant trop poli peut ainsi se retrouver sans pouvoir travailler et ne rien pouvoir dire au vue de l’impressionnante expérience de son partenaire. Voici donc ce à quoi il faut faire attention.

« J’ai plus de trente ans de pratique de cet art martial »

 

Quand j’entends ça, j’ai toujours en tête un gentil monsieur avec qui je faisais du Judo. Il avait juste repris après 25 ans d’arrêt à la quarantaine, ce qui est très respectable. Il avait réussi à négocier de garder sa ceinture marron de quand il s’est arrêté lors de ses études supérieures. Dès qu’il y avait un nouveau, il venait le voir pour le conseiller et commençait en rigolant en disant « attends, je peux t’aider je pratique le judo depuis que j’ai 15 ans ». Les nouveaux toujours impressionnés devaient faire le calcul : quasiment 30 ans de pratique ! Ben non. 4. Et le fait qu’il leur faisait systématiquement mal aurait dû leur mettre la puce à l’oreille qu’il était pas si expérimenté que ça. L’expérience, ça se voit, notamment à la capacité à bien gérer un débutant pour le faire travailler (tout court déjà) en sécurité.

« Attend cette technique elle est bien mais j’ai fait du X-do-jitsu-maga-chun et on peut faire comme ça »

 

Et oui autre cas fréquents à la rentrée, l’ancien qui a changé de discipline mais quand même pas vraiment. En général, 20 ans de pratique des arts martiaux, combatives, sports de combat, tir tactique et conducteur de tank. De septembre à fin novembre. Le chercheur. Celui qui trouve jamais ce qu’il veut dans une discipline, cherche la vrai efficacité. Comme Bruce Lee l’a dit « rejète ce qui est inutile » et va à la chasse  à la technique. Il n’en garde que le meilleur. Comme c’est un chercheur, il aime partager (mea culpa), et du coup partage sans compter son savoir avec le débutant qui galère à reproduire le mouvement du prof. Peu importe cela dit, puisque l’ancien à une technique meilleure ! Voilà comment le débutant peut passer un moment à en fait ne pas du tout faire le style qu’il a choisi de pratiquer parce que l’ancien en fait a choisi de ne pas pratiquer le style qu’il a choisi de pratiquer parce que son ancien style qu’il a quitté parce qu’il était pas assez ultime était pas assez efficace. C’est pas clair ? Normal… Dernier en date que j’ai vu à un cours d’essai pour un cours d’aikido en extérieur. Ce spécimen et courant et le débutant ne doit pas hésiter à lui dire qu’il préfèrerait travailler la technique du prof.

« Tu peux aussi faire ça je l’ai vu en stage avec X, il est super connu ! »

Le débutant peut aussi tomber sur le chasseur de photos professionnel. Il est à tous les stages des experts les plus connus, tous styles confondus. Il pourra là aussi suggérer au débutant la dernière technique qu’il a vu en stage avec la star du moment. La technique n’est pas cohérente avec la fomre de corps ou la stratégie de l’école ? Peu importe, il l’a vu en stage donc c’est bien ! Il va donc faire profiter de son retex au débutant qui là encore pourra rater le fond du cours pour être remplacer par la forme de l’ancien. Ce qui est génial, c’est aussi qu’il va justifier à priori que sa technique marche puisqu’il l’a vu avec X. Le débutant sera donc plus enclin à laisser passer. Et le fait qu’il ait eu un certificat ou un diplôme signé donne une aura incroyable. En ayant vu le messi en vrai, l’ancien devient un apôtre, il a la parole, plus qu’à écouter. Si en plus il est parti en stage à l’étranger dans le club de la star en question c’est encore mieux (et qu’il revient avec un certificat…). Il a bu la parole à la source, il devient donc incontestable…

L’ancien doit se comporter en tant que partenaire…

Et non pas en tant que supérieur. Si il a vu quelque chose en stage, pourquoi pas le dire, à posteriori si on lui demande. S’il a 30 ans d’expérience, ça doit se voir et se sentir, pas se dire. S’il a fait autre chose, si il a changé de discipline c’est pour une raison, donc dans le cours, il applique ce qu’on demande dans ce cours. Ainsi le débutant sera bien encadré.

Petit Bonus instructeur: l’éparpillement dans le cursus et représenter plusieurs styles ou écoles très différentes me laissent également dubitatif. Comment donner une cohérence à un cours proposant tout ça?… Et vous, vous pensez que c’est faisable ?

Une réflexion au sujet de « Débutants, anciens, gradés, certifiés et poudre aux yeux dans les arts martiaux »

  1. Il me semble en effet qu’un bon professeur qui aurait eu plusieurs pratiques doit avoir un minimum de lignes conductrices entre elles. Exemple : un professeur de ju jitsu, qui aurait fait du karaté pour améliorer ses frappes, de l’aïkido pour les mouvements, esquives et clés, du judo pour les projections et pourquoi pas un style de boxe pour la dimension contact et mettre les gants. Il alimenterait ainsi son ju jitsu de différents éléments intégrables, sous réserve qu’il conserve les principes d’applications de son style.
    Mélanger du kung-fu, du krav maga, du MMA et du judo, juste pour piocher telle ou telle technique, c’est nettement plus discutable si la structure du corps en souffre par exemple.

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