Les bases du systema : trois ans avec Konstantin Komarov

Bonjour à tous,

 

aujourd’hui, je fais ce billet pour renvoyer  à un très long article que je viens de publier sur le site de mon club: l’ADDAM. Dans cet article, je fais un retour de mon expérience de trois ans de travail passés avec Konstantin Komarov, sur sa méthodologie d’apprentissage des bases du systema.

Au cours de ces trois années, j’ai suivi sur la base de son livre, ma méthodologie du systema, l’enseignement de ce nom reconnu du systema. Le deal avec lui était de travailler sa méthode pendant trois ans et de lui faire des retours écrits ou vidéos entre chaque séminaire qu’il venait donner. Cette méthode a porté des fruits très intéressants même si sur le coup, je n’avais pas perçu toute la logique de la chose.

Ayant fini la formation et avec ces trois années de recul, j’ai désormais une vue d’ensemble sur ce qu’il nous a proposé. J’ai donc voulu poser sur papier mon interprétation de la méthode de Konstantin Komarov qui montre pour moi tout l’intérêt d’avoir une approche logique dans l’apprentissage du systema.

Cet apprentissage passe par les phases suivantes: la respiration, le sol, la lutte et le déplacement, les poussées, les frappes et le travail libre.

Vous pouvez donc lire ce long article ICI mais le commenter sur le blog de l’observatoire des arts martiaux!

A bientôt!

Taxam

CR: Seminaire Protegor par Guillaume Morel

Début Avril, j’ai eu le plaisir de recevoir Guillaume Morel pour un séminaire Protegor organisé par l’ADDAM Toulouse (www.addam-31.com).

Guillaume Morel, co-auteur de Protegor

J’avais contacté Guillaume pour un stage il y a de cela au moins quatre ou cinq ans. A l’occasion de la sortie de la version ré-actualisée de Protegor, ce stage a enfin pu avoir lieu. La motivation première à vouloir voir son travail est d’avoir à faire à un civil. Je veux dire par là, pas un ancien videur/policier/gendarme/ militaire ou autre professionnel du combat. Pourquoi cela me paraît intéressant ? Parce que Guillaume a la vision de quelqu’un qui n’a accès qu’à des ressources disponibles au public (enfin ça demande des efforts quand même hein…). Ainsi, son expérience est transposable à tout le monde. De plus, un autre aspect intéressant est qu’il n’a pas cette vision parfois déformée par la vie professionnelle de ceux qui côtoient la violence au quotidien et qui la projettent sur tout avec un discours extrémiste que je trouve parfois dérangeant.

Le programme du séminaire Protegor dans son déroulé suivait la logique du livre Protegor (dont je ferai un compte-rendu prochainement). En effet, dans Protegor, la logique est d’anticiper l’agression, la gérer quand elle est là et s’occuper des conséquences ensuite. Dans le livre, les auteurs ont choisi respectivement les termes : sécurité personnelle, self-défense et survie urbaine. C’est ainsi que Guillaume a choisi de découper son stage. En guise d’introduction, il a bien insisté sur la différence entre être conscient de ce qui peut se passer et être paranoïaque. La bonne ambiance qui a suivi dans ce stage qui regroupait une vingtaine de participants à dessein, est certainement dû à cette approche qui ne distribue pas de la peur mais de l’attention.

I- La sécurité personnelle

 

Première surprise, la partie sécurité personnelle s’est déroulée devant un powerpoint. Guillaume à commencer à présenter les bases de la sécurité personnelle en fonction des lieux, puis en fonction des gens. Cette partie était très intéressante et très vaste à la fois. En effet, chaque item aurait pu être l’objet d’un stage. Néanmoins, cette approche m’a vraiment fait penser à un stage de premiers secours. Les gestes de bases et les réflexes à avoir pour ne pas faire d’erreurs grossières. Simplement faire la prévention la plus évidente afin de ne pas se retrouver dans une situation problématique. Toutefois, certains concepts non connu du grand public ont été abordés tels que le grey man, les zones de confort, les échelles d’attention, les EDCs (sans rentrer dans la collectionite aigue)… Le cours était conçu pour que ce soit très interactif avec des retours d’expériences des participants qui ont pu être très éclairants. Ces retexs, des participants et de Guillaume, ont permis de fixer les concepts importants en les associant à des histoires. Un classique de l’apprentissage mais qui est toujours efficace. De même, il nous a fait réfléchir avec des supports photos ou vidéos à différentes situations pour voir comment on les gèrerait, sachant qu’en situation de stress, notre capacité de raisonnement diminue beaucoup. L’importance d’anticiper pour ne pas être dans cette situation de stress est majeure. Il peut y avoir une forme de frustration à simplement rester assis. Néanmoins, le thème s’y prête bien dans ce cas. Guillaume réfléchit à des situations pédagogiques pour pouvoir aborder de façon plus pratique cette partie.

II- La phase d’agression

 

Tenir la distance avec une garde passive, désescalader, choisir quand rentrer et comment rentrer. Voilà globalement comment cette partie a été découpée. Pour cette partie, Guillaume a déroulé une pédagogie pratique avec une série d’exercices pour couvrir les différentes phases de l’action. La théorie pure portait sur les gardes passives et quelques présentations des classiques de la self pour le combat (crazy mokey, spear, shredder…). Sans entrer dans les détails techniques, il nous a donné où aller voir pour en savoir plus. Dans cette partie, s’adressant à un public pratiquant arts martiaux et sports de combat, il a pris le parti de ne pas nous proposer de techniques. Au contraire, il a voulu que nous mettions en évidence ce qui sort dans le cas d’une attaque simple mais courante, la droite de cow-boy. C’est l’utilisation du verbale qui a dérouté dans un premier temps les participants, peu habituer à parler avant d’amorcer un combat. Clairement un axe de travail important puisque totalement indispensable pour réaliser une désescalade correcte et gérer le stress psychologique et les pertes d’attention liées à l’invective.

III- Survie urbaine

 

Dernière partie, comment gérer l’après-agression. Nous avons, dans cette partie, discuté premiers secours, appel des secours, conséquences juridiques avec un point assez long sur la notion de légitime défense et des conséquences psychologiques possibles. Une partie intéressante a été passée à connaître le matériel de premiers secours et leur utilisation globale. Là encore, pas mal de retours d’expérience des participants et de Guillaume. Cette approche a permis encore une fois de fixer les choses.

Conclusion du retour sur le séminaire Protegor

 

Ce séminaire Protegor était à la fois très original et très utile. Comme je l’ai déjà dit, c’est un équivalent du psc1 de la protection personnelle. De plus, dans le choix des sujets, on était très orienté loi de Paretto où on voyait bien que 20% du boulot permet de couvrir 80%  de nos besoins réels. Pour aller plus loin, Guillaume nous a donné toutes les références pour approfondir pour ceux qui l’auraient voulu. Seul bémol, on sent qu’il manque encore quelques éducatifs pédagogiques pour les phases I et III (hors premiers secours évidemment). Néanmoins, la pédagogie de cette partie est encore balbutiante. Les idées apportées lors de son stage donnent toutefois quelques pistes à creuser. En résumé, super expérience! Certainement une des approches de cette thématique, pas évidente à aborder, les plus saines que j’ai pu voir ! Pour en savoir plus, n’hésitez pas à aller voir son blog : http://www.protegor.net/blog/ et procurer vous la nouvelle version de Protegor !

A bientôt

Taxam

Review: Aux sources du Karaté Fujian et Okinawa par Lionel Bigot

Bonjour à tous, on va parler de karate dans cet article!

J’ai été contacté par les éditions Atlande pour écrire une revue du livre « Aux sources du Karate Fujian et Okinawa », par Lionel Bigot. J’ai accepté avec plaisir au vue du l’érudition de l’auteur sur le sujet. Je connais assez peu le karate (et encore je n’ai pratiqué qu’un peu de shotokan…). Néanmoins, ce livre a permis de combler un certain nombre de lacunes.  Ainsi, « Aux sources du Karate » intéressera les pratiquants de Karate et tous ceux qui veulent agrandir leur culture martiale.

Le Karate est avec le Judo et l’Aikido l’un des trois Budos japonais qui se sont fait une place majeure en France et dans le monde.  En effet, cette discipline est connue de tous et pour le néophyte, c’est l’art martial « où on utilise les pieds et les poings ». Le karate auxquels ont été exposés les premiers pratiquants et qui est largement dominant aujourd’hui est le karate shotokan. Or, ce karate a été japonisé lors de l’arrivée de son fondateur au Japon, s’éloignant de de son origine est l’île d’Okinawa. Cet éloignement a marqué une nette différence entre le shotokan et les pratiques d’Okinawa.

Dans son livre, Lionel Bigot, probablement un des historiens du karate français le plus érudit retrace dans ce très bon livre les origines du karaté. A partir d’un grand nombre de sources, l’auteur présente l’histoire du karate, explique le pourquoi de la pratique et de son évolution. De plus, étant un karateka aguerri qui a réussi à devenir instructeur à Okinawa même, il présente une vision pratique du sujet avec en particulier le suivi du kata sanchin,  une des bases de la formation du corps, du rythme et de la respiration en karate. Ce livre, très pointu, permettra aux pratiquants de karate de connaître l’histoire de leur art et de la transmission des boxes du sud de la Chine à Okinawa.

 

Comment le karate est-il arrivé à Okinawa?

 

Pour répondre à cette question, l’auteur décrit d’abord dans le premier chapitre du livre la situation d’Okinawa. Grâce à la connaissance de la géographie et de l’histoire de cette île, on comprend mieux les liens qui la lie au Japon, mais surtout à la Chine  et la province du Fujian en particulier où se trouve les sources du Karate et du kata Sanchin en particulier. On comprend aussi pourquoi face à l’occupation japonaise, des techniques de combat à mains nues se sont développées.

Du Fujian est arrivé à la fois des techniques de combat et des écrits, dont un central, le bubushi, le manuel de préparation à la guerre contenant les techniques et préceptes de base du combat. Tous les fondateurs des différents styles de karaté revendiquent la transmission du bubushi du Fujian à Okinawa. Or, il est intéressant de savoir que ce document renvoie à la boxe de la grue blanche, lié directement les temples martiaux, dont les légendaires temples shaolin.

C’est dans cette partie également que sont présentés les maîtres chinois qui auraient transmis cet art aux futurs maîtres d’Okinawa et surtout le contenu de cette transmission. L’auteur a fait un travail fouillé et à partir des différentes sources, proposé l’histoire de chacun des protagonistes avec un grand nombre de dates clés.

La pratique du combat à Okinawa

Dans cette partie, l’auteur décrit le corpus technique des styles de combat d’Okinawa. Il parle ensuite des méthodes traditionnelles utilisées pour s’entrainer et construire le corps. Parmi les différentes écoles, un kata est central dans la pédagogie, Sanchin. Il semble que ce soit ce kata qui permette de retracer sans ambiguité la provenance commune des styles d’Okinawa.

L’auteur liste et présente ensuite les initiateurs de cette pratique à Okinawa. Il est intéressant de noter que nombre d’entre eux sont issus de la noblesse d’Okinawa. Ceci tranche avec la légende du combat des paysans locaux contre les soldats japonais. Ces initiateurs sont d’ailleurs allés pour la plupart étudier en Chine avant de ramener leurs connaissances sur l’île.

La fondation des différents styles, les fondateurs et la transmission par les disciples.

 

Dans cette partie,  l’auteur liste les différentes écoles, leur fondateur, leur historique et leur devenir via leurs élèves. Lionel Bigot prend le temps de décrire les spécificités de chacune concernant la pédagogie et le cursus technique. En particulier, il explique les différentes façons d’exécuter différents katas en fonction de l’école et parmi ces katas, toujours Sanchin. On se rend bien compte des variations importantes et de l’impact que cela peut avoir sur les différents styles. Il  présente ensuite une biographie rapide des élèves qui ont ensuite diffuser le style. La plus grosse partie est consacrée à l’école Gojo-ryu et à son fondateur, Miyagi Chojun. Cette école est en effet aujourd’hui très représentée dans le monde. Sa respiration est très particulière, de même que son exécution de Sanchin, comme on peut le voir dans cette vidéo:

Il est intéressant de comparer à une autre école comme l’Uechi-ryu dont l’auteur parle aussi:

Cette partie est réellement très intéressante et on comprend bien la multitude des styles d’Okinawa.

Conclusion

L’auteur conclut et explique comment profiter d’un voyage à Okinawa. Cette partie intéressera les passionnés de Karate qui voudraient remonter à la source de leur art.

Ma conclusion sur ce livre est qu’il est aussi dense qu’intéressant. C’est typiquement le genre de livre sur les arts martiaux dont le nombre manque en langue française. En effet, loin des classiques livres techniques, on a ici un ouvrage historique de grande qualité.

Pour ceux qui voudraient le lire, le livre est en commande sur le site des éditions Atlande.

 

N’hésitez pas à laisser votre avis sur le livre!

 

A bientôt

 

Taxam

L’enseignement dans les arts martiaux : cherche-t-on réellement l’autonomie dans la pratique?

Petite réflexion sur l’enseignement après avoir pratiqué avec quelques pratiquants de longues dates et vu quelques stages récemment. Est-ce que l’enseignement des arts martiaux cherche réellement à rendre le pratiquant autonome ? Par autonome, je ne parle pas de capacités combatives particulières mais d’une capacité à comprendre seul ce que l’on pratique et encore mieux, être capable de s’entraîner tout seul.

Je vais raconter deux anecdotes pour illustrer ce que je raconte. Chacune de ces anecdotes interroge sur la volonté, volontaire ou non, de laisser les élèves dans le flou.

I- Tenir l’évidence cachée lors de l’enseignement pour conserver une supériorité technique

 

Je pratiquais avec un pratiquant suivant l’enseignement d’un art martial traditionnel. Il essayait d’exécuter un mouvement clairement faux. Par faux, je veux dire que mécaniquement, ce mouvement était un non-sens. Dans ce travail, je n’étais pas en opposition mais simplement honnête dans le travail. Evidemment, ce qu’il faisait ne marchait donc pas. En lui corrigeant son mouvement avec une correction mécanique évidente, son mouvement s’est mis à marcher. Il était content. Je l’ai revu quelques temps plus tard. Il m’a dit qu’il avait montré le mouvement à son maître. Ce dernier lui avait dit qu’il ne fallait pas le montrer parce que c’était un secret d’école…

Paye ton suivi pédagogique…

Une telle remarque est pour moi proprement scandaleuse. Soit on est un enseignant et on cherche à rendre ses élèves capables d’être autonomes dans ce sur quoi ils se sont engagés à plusieurs niveaux pour apprendre, soit on est un gourou qui cherche à garder des clients. La rétention volontaire d’information ne me gêne pas si elle est clairement annoncée ou au moins si elle permet de faire correctement ce qui est montré. Là j’avais en face de moi quelqu’un qui perdait du temps et de l’argent à essayer de faire un truc faux. Avec ce type de comportement, on comprend mieux pourquoi il n’y a que quelques représentants corrects des écoles traditionnelles.
On ne peut même pas dire que c’est de la rétention d’information par omission puisque ces écoles ont des éducatifs où le placement de chaque segment de corps au cm près peut-être corrigé par le maître…

II- Manque de méthodologie dans l’enseignement

 

Deuxième anecdote, je regardais un stage d’art martiaux du sud-est asiatique. Sans mentir, pendant 45 minutes, l’instructeur montrait strictement toujours la même chose en rajoutant un ou deux coups de poing dans un enchaînement de plus en plus long. Cet enchaînement était appelé série technique. Un classique dans les arts martiaux philippins et indonésiens. Le terme série technique pourrait signifier qu’il y a une forme de pédagogie. Ben non. C’est juste une série de mouvements techniques au premier degré. Pas réellement de logique, pas de principes communs. Rien. On aurait pu dire que c’était un stage et donc que c’était pour montrer quelques mouvements. En ce qui me concerne je ne vois pas trop l’intérêt mais pourquoi pas…
Mais non. Le but de ces stages était de former des instructeurs capables d’enseigner dans leur groupe de travail. Donc ces futurs instructeurs n’avaient rien d’autre que des mouvements creux à répéter. Pas de logique, ni de liant à part dire que c’est la série technique X…

Autrement dit, ils seront toujours dépendants de leur instructeur pour apporter de la nouveauté.

III- Absence de stratégie pédagogique dans l’enseignement

 

Ce cas-là est à la fois plus problématique mais aussi plus gênant. Ici c’est plus une non-anecdote que j’ai à raconter. C’était il y a quelques années lors d’un stage de self-défense. J’étais allé à ce stage pour trouver des outils et des situations pédagogiques pour travailler l’aspect de la prévention de l’agression. Ceci était au programme du stage et le stage était sensé se diviser en pré-agression et travail de self pur sur l’agression qui ne m’intéressait pas. Au final, la partie pré-agression a duré 15 minutes, la partie agression 3 heures…
La majorité des gens (pas tous !) avec qui j’ai discuté et qui ont participé à des stages de self se sont retrouvés dans la même situation. En creusant un peu, eh bien il semble que ce soit les situations pédagogiques qui manquent pour travailler là-dessus.
Problèmes en self défense, 99% du temps devrait être consacré à ça…

Conclusion

 

Alors que faire ? En sport, il y a des stratégies pédagogiques très pointues et très facilement accessible. Les prévôts de boxe par exemple sont capables de former des boxeurs en quelques mois qui pourront être autonomes dans leur entraînement de base. Ils pourront même devenir des combattants redoutables.
Attention, je ne dis pas que la formation d’animateur sportif est nécessaire pour enseigner (pour en avoir suivie, le contenu est mal délivré et la difficulté est tellement basse qu’un titulaire d’un de ces diplômes n’équivaut absolument pas à un pédagogue…). Néanmoins, les sciences du sport et de l’éducation ont énormément à apporter aux arts martiaux qui se basent sur une transmission largement obsolète (si le but est de transmettre au plus grand nombre évidemment). Savoir construire une logique de progression, des éducatifs, définir les problématiques et comment les résoudre est un minimum lorsqu’on enseigne. Si les instructeurs prenaient le temps de faire cela, le niveau global serait bien plus élevé et surtout, les élèves pourraient bien plus facilement s’améliorer et s’étalonner.
Néanmoins, je serais curieux de connaître votre sentiments sur comment votre transmission se déroule !

A bientôt

Taxam

I Paceri: l’art non-martial corse de Jean-Luc Sauge

I Paceri, l’interview!

Bonjour à tous,

voici une interview de Jean-Luc Sauge, un enseignant à la frontière entre les arts martiaux et les méthodes de développement personnel. Jean-Luc a fondé une école, I Paceri, les chercheurs de Paix. J’ai eu l’occasion de le rencontrer sur la route vers un de ses stages durant laquelle il a fait une escale par mon club. J’ai découvert une personne très intéressante avec une démarche profondément humaniste. La recherche de l’efficacité dans le combat n’est pas son objectif, mais le combat est plutôt une métaphore de la lutte pour s’améliorer soi-même. Bien-sûr on retrouve ce concept dans de nombreux arts martiaux mais chez I Paceri, c’est la principale finalité recherchée. Pour mieux comprendre cette démarche, voici l’interview ci-dessous.

Le fondateur d’I Paceri, Jean-Luc Sauge

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Interview du représentant de Sibirskiy Viun en France sur Montpellier : Thomas Bertin

Bonjour à tous, aujourd’hui une interview du représentant de Sibirskiy Viun en France, Thomas Bertin.

Les arts martiaux russes connaissent un développement en France assez important. Le sambo est présent depuis un moment, mais c’est le systema qui est aujourd’hui un vecteur important de cette diffusion. Bien que ce nom provienne de l’effort de diffusion mené dans les années 90/2000 par Vladimir Vasiliev et Mikhail Ryabkko, il est aujourd’hui communément utilisé par d’autres écoles russes. De plus, grâce à cette popularisation, le nombres de pratiquants connaissant les arts martiaux russes sont allés creuser plus loin et d’autres styles ont ainsi pu être importés en France.

Parmi ces styles, il y a Sibirskiy Viun. Fondé par Dmitriy Skogorev, cette école possède ses propres particularités et sa propre logique. En France, c’est Thomas Bertin qui se charge de la diffusion de cette école. Voici l’interview qu’il a gentiment accepté d’accorder à l’observatoire martial.

Bonne lecture!

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Les stratégies de chute par Yaejin Moon, MSc et Jacob J. Sosnoff, PhD

Bonjour à tous, voici un petit article sur une étude qui a analysé les différentes façons d’exécuter une chute.

Introduction

 

La gestion de la chute est un point commun à quasiment toutes les pratiques martiales voire même la plupart des pratiques sportives.

 

Chaque style martial possède sa propre stratégie pour gérer la chute au mieux. Cette stratégie dépend bien-sûr beaucoup des préoccupations techniques et tactiques du style en question.

Ces différentes stratégies de chute intéressent les professionnels de la santé puisque les chutes sont une cause majeure de morbidité chez les personnes âgées. Bien que de nombreuses stratégies de prévention existent pour limiter la chute, l’enseignement de techniques pour chuter est encore peu développé. Dans l’article dont je vais parler aujourd’hui, les auteurs ont cherché quelles sont les techniques de chutes permettant la réduction la plus significative de l’impact au sol. Pour nous, pratiquants, cette étude est intéressante puisqu’elle compare de façon objective différentes techniques (rares dans les arts martiaux…).

Pour cela, ils ont réalisé une méta-analyse sur les différentes études publiées sur le sujet et les ont comparées pour obtenir une réponse à cette question.

Méthodologie pour la comparaison des différentes stratégies de chutes

 

380 études ont été intégrées à cette meta-analyse. Les différentes chutes ont été comparées ainsi. Les stratégies de brises-chutes depuis la position debout contre les réflexes naturels mis en place lors d’une chute ont été comparées.  Les directions analysées sont les chutes sur l’avant, chutes sur l’arrière, chutes sur le côté. Pour chaque cas, l’énergie subit par la partie du corps qui heurte le sol a été mesurée.

Les différents types de chutes considérées dans cette étude

(Safe landing strategies during a fall: Systemic review and meta-analysis- Yaejin Moon, MSc et Jacob J. Sosnoff, PhD)

Les résultats principaux

 

Les analyses par direction de la chute sont les suivantes. Pour la chute arrière, squatter avant la chute semble être la stratégie la plus intéressante. la réduction de l’énergie à l’impact atteint 44 % . Pour une chute avant, une flexion des bras permet de largement réduire l’impact de la chute (jusqu’à 40 % en fonction de la partie du corps). Lors des chutes latérales, c’est la rotation du buste lors de la chute qui semble être le plus efficace. Les chutes latérales façon arts martiaux sont curieusement moins efficaces.

De façon étonnante, la fameuse chute latérale de judo avec le brise-chute en claquant le bras au sol ne semble pas être réellement intéressante. En effet, aucune réduction de l’impact significatif n’a été enregistré. La relaxation musculaire et la roulade latérale sont bien plus efficace puisqu’elles amortissent jusqu’à 30 % de plus.

Conclusion

 

Dans cette étude, sept stratégies de chutes ont été comparées pour tester leur efficacité dans la prévention de l’impact de la chute. Parmi ces sept, seule le brise-chute latéral semble peu efficace. Toutefois, le brise-chute est plus utilisé lors des projections qui ne sont pas prises en compte ici. Les six autres stratégies améliorent de façon importante la réception à l’impact. La roulade, la relaxation et les stratégies permettant de ralentir la chute sont les plus efficaces. Il est donc intéressant de travailler spécifiquement ces stratégies de chute pour diminuer les traumatismes liés aux chutes lors des entrainements.

L’article est disponible ici

Et vous dans votre école, quelle est le style de chute privilégié?

Interview de Guillaume Morel: Protegor

Aujourd’hui, je suis ravi de vous présenter cet interview de Guillaume Morel, co-auteur du manuel référence de la sécurité personnelle française, Protegor et auteur du blog Protegor.net.
Il fait partie des diffuseurs majeurs de cette thématique mais aussi des arts martiaux en général au grand public en France. J’ai contacté Guillaume pour la première fois quelque temps après la publication de Protegor dont la qualité pour un livre dans le domaine des arts martiaux me semblait bien supérieure à peu près tout ce qui s’est fait jusque là. Depuis, je n’ai eu de cesse d’insister pour qu’il donne un stage Protegor chez moi, à Toulouse. Nous avons enfin pu y arriver à l’occasion de la sortie de la nouvelle version de Protegor qui sort fin Mars.
J’en ai profité pour lui proposer une interview à laquelle il a gentiment accepté de répondre. Je vous la présente ici!

Guillaume Morel, co-auteur de Protegor

Bonjour Guillaume et merci d’avoir accepté cette interview. Tu es depuis longtemps dans les arts martiaux où tu as participé et monté de nombreux projets dont le fameux Protegor. Toutefois, tu es au final assez discret en tant que pratiquant et enseignant. Peux-tu nous décrire un peu ton parcours ?

 

J’ai commencé les arts martiaux quand j’étais adolescent, à 12 ans. C’était du Karaté à l’Ecole Clermontoise de Karaté (Stade Clermontois), avec Pierre & Marie Damoiseau. Ca a été une véritable révélation et passion, je vivais Karaté 24/7, j’ai passé ma ceinture noire à 16 ans et mon 1e dan à 18 ans (âge minimum « légal » à l’époque), et j’étais champion régional en combat et en kata. Mais aux championnats de France, c’était pas ça.

Sans regret, la compétition m’a plu mais c’était un passage pas une finalité. Fin des années 80, début 90, il n’y avait pas internet encore, j’achetais tous les magazines, les livres, j’étais abonné à des magazines US (Black Belt, Inside Karate, Karate International, etc.), je commandais du matos chez AWMA ou Century… totalement accroc, et des parents compréhensifs sur ma passion. J’ai quitté Clermont pour mes études, je suis allé à Bordeaux, et le club de Karaté où je me suis inscrit ne m’allait pas. Je suis passé au Taekwondo, avec Me Han Chun Tec. J’ai essayé une compétition une fois, bon j’ai perdu, trop de réflexes de Karateka. Mais j’ai bien aimé le TKD (j’aime vraiment TOUS les arts martiaux il faut dire) et Me Han.

Internet venait d’arriver, j’avais tissé des relations web avec Steven Heyl, qui tenait Doshin Martial Arts Supplies à Los Angeles. Steven suivait des cours avec Me Kubota (le fameux, celui qui a inventé le Kubotan). J’avais moyen d’accéder à Me Kubota. J’ai écrit à Karate Bushido et je leur ai proposé un article « à distance ». Ils ont trouvé l’approche amusante et m’ont donné le feu vert. Je suis alors diplômé de mon école, et avant de me jeter dans le monde du travail, avec deux potes, on décide de partir en backpack en Chine pendant deux mois. C’était l’été 1998. Super aventure, pendant laquelle j’ai rencontré un professeur de Tai Ji (Me Ma Kaiyi) et fait de belles photos, et puis j’ai lâché mes potes pendant 2 semaines pour aller à Shaolin pour essayer le Kung-Fu. Ce fut une aventure exceptionnelle. Au retour de Chine, je m’installe à Paris pour chercher un boulot, et j’en profite pour débarquer à la rédaction du magazine, avec mes photos de Ma Kaiyi. J’ai immédiatement sympathisé avec Patrick Lombardo, et suis allé m’entraîner dans son club de Pankido. J’ai alors fait le site web du magazine et des articles pendant des années. Je travaillais pour une boîte de conseil, pile en face de la rédaction du magazine, dont j’avais les clés pour venir la nuit y bosser après mon vrai boulot.

Ado, j’adorais m’amuser avec un balisong, et je connaissais les bouquins américains sur le sujet, j’ai donc proposé à Karate Bushido de faire un livre sur le sujet puisque rien n’existait en France. Ils m’ont encore une fois fait confiance et le livre s’est super bien vendu. J’avais 24-25 ans. Puis je suis parti à Los Angeles une semaine avec Johann Vayriot, l’actuel photographe de Karate Bushido… on avait 2 contacts là-bas, aucune idée de ce qu’on arriverait à y faire, on est parti sans le dire au magazine et sur nos deniers personnels. La semaine fut hallucinante, on est revenu avec des articles sur Benny Urquidez, les frère Rhee (Best of the Best), les frères Machado (BJJ), Jimmy Pham (à l’époque la star des kata artistiques), Ernie Reyes Jr. (une référence aussi à l’époque), etc. un vrai American Dream. En 2001, le magazine m’envoie avec Johann à Shaolin pour faire un livre sur le Kung Fu.

Eté 2002, je pars m’installer à Pékin pour suivre une formation sponsorisée par l’Union Européenne pour former des managers au marché chinois. J’y resterai 15 mois. Je vis à Beiwai (Université de Langues Etrangères de Pékin) et la professeur de Wushu de l’Université est alors la petite copine de Jiang Bangjun, le double champion du Monde de Changquan, élève de Wu Bin (le prof de Jet Li). On sympathise très vite, je suis ses cours de Changquan à la fac, et organise la venue de Jiang & WuBin (et une équipe de Wushu) pour les Festival des Arts Martiaux de Bercy 2003. Quand je reviens à Paris, je pratique moins et le sujet de la self-défense qui m’attirait depuis longtemps (je prenais pas mal de notes depuis des années) devient prédominant. J’ai aussi repris contact avec Scott Brennan (instructeur de Kali hoplophile qui avait fait les premières vidéos sur le Balisong aux US) avec qui j’avais échangé pendant la rédaction de Balisong. Scott est désormais policier près de Seattle, je vais plusieurs fois chez lui (et teste grâce à lui le port d’arme légal en société… expérience intéressante que je ne défends pas pour la France, mais qui fait réaliser certaines choses), il vient en France, on échange beaucoup. Je me suis inscrit à un club de tir à Paris, et j’y vais régulièrement. Je sympathise avec un gendarme à qui j’ai acheté un pistolet et il me sort du tir à 20 mètres traditionnel pour des choses plus tactiques.

Je vais à des stages de self. Je découvre le Systema avec Jean-Michel Leprêtre avec qui j’avais un ami commun. Puis c’est à un stage de l’ACDS avec Fred Perrin que je rencontre Fred Bouammache, mon co-auteur sur Protegor. Il vient vers moi et me parle du livre sur le Balisong. Fred adore lire et écrire, il intervient beaucoup sur les forums (Kwoon.info, DavidManise) de manière très pertinente, on s’entend immédiatement et rapidement vient l’idée de se relancer dans une aventure de livre. La rédaction prendra un an. En parallèle, mon boulot a évolué, je bosse comme consultant chez Canal+ et j’ai accès aux équipes de Canalsat. Je leur propose, avec Jean-Paul Maillet, un dossier de chaîne sur les arts martiaux, baptisé komba.tv. Le dossier mettra 4 ans pour voir le jour et c’est Altice qui lancera la chaîne sous le nom Kombat Sport. Voilà les grandes lignes d’un chemin de passions arts martiaux & médias.

Parmi tes multiples projets, tu as co-écrit le livre protegor et tu es également l’auteur du blog protegor.net. La survie urbaine et la sécurité personnelle sont centrales dans ces cas-là. Qu’est-ce qui t’as poussé vers cette branche ?

 

J’adore les livres d’arts martiaux, j’en ai des centaines, un truc de malade. Mais j’étais souvent déçu par les manuels de self-défense qui étaient des recueils de séries techniques. Et rapidement, quand on se penche sur la self, on se rend compte qu’il y a plein de choses à faire dans la phase amont, juste avant que le premier coup ne parte. Quand tu commences à creuser cette partie (la communication avec l’agresseur, la dissuasion, etc.), tu te rends compte que beaucoup de profs l’évoquent mais qu’il n’y a pas autant de technique et de pédagogie sur cet aspect-là que sur la partie self-défense technique pure. La chose est en train de changer, mais beaucoup d’enseignants de self ne se concentraient que sur la partie violente, pas sur tous les autres aspects d’une agression… Du coup il y a des tonnes de méthodes, de principes, de techniques de self-défense pour l’agression elle-même, mais les parties juste-avant et juste-après me semblaient trop souvent absentes des cours, et pas assez élaborées, étudiées, structurées, décortiquées, expliquées, etc.

En structurant le livre Protegor, on s’est dit qu’on voulait être plus exhaustif et plus large que la self technique, d’où une structure avant-pendant-après. Le avant c’est la « sécurité personnelle » qui couvre le « juste-avant » mais aussi plus largement les principes pour être prêt bien avant qu’une agression se profile… Ne pas ressembler à une victime, l’attention à porter à son environnement, les accessoires de défense à avoir sur soi, etc… On a creusé le sujet pour essayer d’apporter une vraie réflexion sur ces très nombreux paramètres qui font que tout simplement l’agression n’aura pas lieu (car on ne sera pas là, ayant pu l’éviter). Et il y a encore plein de choses à creuser là-dessus.
Puis la « survie urbaine » a été le nom retenu pour le « après l’agression », car il est important aussi dans sa préparation d’avoir un entraînement aux 1e secours, d’avoir conscience de ce qu’est un état de choc, à réagir sainement avec les forces de l’ordre, à savoir se protéger juridiquement, etc. C’est aussi dans cette partie que nous touchons aux situations extrêmes qui ne sont pas de l’agression de self-défense traditionnelle… comme les attaques terroristes par exemple, ou les catastrophe naturelles.

La motivation à creuser tous ces aspects c’est de gérer un sujet dans son ensemble et la compréhension de la valeur que peut créer la « cross-fertilisation », c’est-à-dire le mélange des expertises. Je suis contre l’hyper-spécialisation (en tous cas quand elle crée des œillères et empêche de s’ouvrir à d’autres sujets) et pour la recherche de la polyvalence & de l’adaptabilité. J’aime beaucoup Xavier Maniguet (auteur de Survivre) par exemple, car il était pour moi un modèle de cette polyvalence. Pour moi, un pratiquant d’arts martiaux (car c’est de la que je viens, ma pratique d’enfance) doit logiquement s’ouvrir aux autres disciplines martiales, au tir, aux armes blanches, aux premiers secours, à la survie, à l’escalade, au parkour, etc. Bien sûr, on a des préférences et on va passer plus de temps sur certains aspects, et puis on est limité par le temps aussi… mais c’est tellement enrichissant d’aller à la rencontre d’autres activités, d’autres groupes de personnes passionnées.

En quoi l’entrainement et même l’approche de la sécurité personnelle diffèrent de la pratique des arts martiaux et/ou des sports de combat ? Pour toi, peut-on pratiquer la sécurité personnelle sans pratiquer arts martiaux et/ou sports de combat ?

 

Pour moi, idéalement c’est un tout. Quand on commence de 0 sur le sujet « comment je peux me protéger d’une agression », on peut démarrer par de la sécu perso car elle inclut des principes de base efficace (ne pas ressembler à une victime, l’awareness, etc.). Mais ce n’est pas simple à entraîner, c’est tellement proche de la personnalité intime de chacun, de la confiance en soi, de son rapport à la mort, etc. C’est pour ça que c’est un tout et un travail de fond. On peut bien sûr améliorer certaines choses en suivant des stages de sécu perso, mais il faut surtout que ces premières formations soient un déclic pour s’intéresser à la self-défense, aux 1e secours, aux armes, etc. Sinon ça risque de rester superficiel, voire de vite être oublié.
Ca, c’est le modèle idéal. Mais tout le monde ne peut pas devenir passionné comme nous d’arts martiaux et de tous ces sujets connexes. Heureusement d’ailleurs, le monde serait triste si l’on avait tous les mêmes passions. Tout le monde ne peut/veut pas y consacrer le temps que l’on y consacre non plus, c’est compréhensible. Avec Protegor, nous avons voulu essayer de donner un outil d’accélération à la compréhension des principes de base, pour contribuer à l’accélération de la maturation des pédagogies de self-défense. Je suis persuadé que l’on peut progresser en sécurité personnelle et éviter (ou se sortir sans grand dommage) de situations d’agressions sans devoir consacrer un pan de sa vie à la self-défense ! Il faut être ouvert, avoir du bon sens pragmatique, comprendre les principes au moyen de quelques bonnes lectures et de stages, avec des experts différents, et quand même un peu de régularité (plusieurs stages par an).

Quels sont les principaux axes d’entrainement et qualités à travailler pour améliorer sa sécurité personnelle ?

 

« Connais toi toi-même » dirait Socrate 🙂 L’efficacité dans la rue (pas au sens « streetfighter » mais au sens « il m’arrive jamais d’emmerdes ») tient pour moi à deux choses : une compréhension des risques (et de comment fonctionne une agression, ce qui la déclenche), et une connaissance de soi (ce qui comprend à la fois la confiance en soi, connaître ses points forts/faibles, ses réactions en situation de stress). Tu noteras que je ne rajoute pas le 3e pilier du physique (être en forme et connaître quelques techniques efficaces souvent répétées), car ta question est spécifique « sécurité personnelle » et que selon ma définition c’est avant l’agression.
Les axes d’entraînement pour ces deux premiers piliers sont des recherches personnelles et lectures, des conférences et apprentissages de principes… et aussi des stages avec mises en situation et pratique physique. Car même pour les deux premiers piliers qui semblent très « intellectuels », il faut passer par le physique. On est dans une thématique très pragmatique quand même. On commence à mieux se connaître dans ses réactions face au stress quand on arrive à se mettre en stress, à se mettre sous la pression d’une personne qui vous agresse.
A ce sujet, juste une précision, quand je parle de mises en situation pour un débutant, je ne parle pas de scenario training intense. Ce sont deux exercices différents. Une mise en situation, c’est le classique de la self, c’est le premier niveau de re-création d’une situation qui essaie de s’approcher d’une situation réelle, sur l’aspect technique (technique portée par l’agresseur, positionnements, déroulement), et avec une pression / volonté de l’agresseur variable mais toujours en deçà de la réalité (car on est dans le cadre d’un entraînement). Cet exercice permet de tester des choses et de voir comment sa réponse fonctionne face à un faux-agresseur qui, s’il joue bien le jeu, essaiera d’être de moins en moins coopératif (le rôle du partenaire-agresseur est clé dans la progression). Le scenario training quant à lui est beaucoup plus intense, les agresseurs très agressifs et surprotégés car le pratiquant va se déchaîner sur eux. Point de vue stress, ça va beaucoup plus loin, et cela doit être réservé à des pratiquants déjà avancés, car il y a un risque de perte de confiance si ça se passe mal.

Quelles sont tes principales influences sur ces sujets ?

 

J’ai rencontré un nombre incroyable de grands noms de la self-défense, des arts martiaux et des sports de combat… tous m’influencent. Fred Perrin et Philippe Perotti sur la sécu perso & les armes, Michael Illouz, Patrick Lombardo et Daniel Lonero sur la self, Lee Morrison sur la recherche d’entraînements réalistes… et quand j’ai rencontré Rickson Gracie, j’ai senti l’aura que peut dégager un guerrier du MMA. Récemment, j’ai adoré mes discussions avec Tom Duquesnoy (MMA) et Williams Belle (Art du déplacement). Et Protegor m’a donné l’opportunité et la chance de rencontrer aussi beaucoup de policiers, gendarmes, pompiers et militaires, leurs histoires de terrain sont souvent intéressantes et apprenantes.

Penses-tu qu’aujourd’hui il y ait une réelle méthodologie pour l’apprentissage de la sécurité personnelle au même titre par exemple qu’il y a une méthodologie pour apprendre à boxer ? Si non, penses-tu qu’il est possible d’en mettre une en place ou le sujet est trop vaste pour cela ?

 

Non, oui. Non, je ne connais pas de méthodo éprouvée pour enseigner la sécurité personnelle dans son ensemble. Oui, je pense qu’il y a des choses à faire dans ce domaine et nous en sommes au début, et ça s’accélère depuis les attentats et la demande croissante des novices en self à se former à la sécurité. Du coup, ça part un peu dans tous les sens, mais c’est normal… maintenant il faut que les choses se structurent.

De par ton parcours et ton métier, tu as certainement une approche différente de l’enseignement de ces disciplines. Qu’est-ce que tu aimes le plus transmettre comme compétence à ce sujet ?

 

Je ne suis pas enseignant d’arts martiaux ; j’ai donné des cours de Karate pendant quelques années dans mon club de Karate puis dans l’association de mon école, et quelques stages de sécurité personnelle opportunistes, mais ce n’est pas quelque chose que j’ai pris le temps de développer, faute de temps, même si c’est quelque chose que j’aime faire. J’ai donné pas mal de cours en management en France et aux Etats-Unis. Je parle de formations purement business en costume et sans rapport avec la sécurité :). J’y ai compris qu’il était important d’avoir des cours avec une grande rigueur et logique structurelle, mais aussi des moments de respiration pour que ce soit à la fois fun et facile à retenir. Ce qui marchait le mieux dans ces formations, c’était les exemples concrets d’application des principes enseignés et surtout les anecdotes passées, les retours d’expériences. On retient plus facilement la théorie quand elle a été illustrée par une histoire vécue.

Une nouvelle version de protegor sort en avril, peux-tu nous en dire quelques mots ?

 

Oui, Protegor est né en Mars 2008 et il était temps de le mettre à jour. On ne voulait pas faire de Tome 2, mais on avait d’autres choses à dire. L’éditeur nous a laissé carte blanche sur le format, on a décidé de le grossir un peu (la version actuelle est pas toujours facile à lire), on a nettoyé 5% du contenu et rajouté 25%. Du coup, le bouquin fait 20% de contenu net en plus, ça va faire un beau pavé. Il a aussi été totalement remis en page. Mais la base reste, car on ne voulait pas d’un tome 2 réservé aux avancés. Dans les 25% en plus, nous avons des interviews supplémentaires avec des références de la self (ainsi qu’une ouverture sur les arts « internes » chinois, une piste que je souhaite explorer depuis mes années en Chine mais j’en suis qu’au début), avec de nouveaux sujets comme le BOB (sac d’alerte), le Parkour, les communications en milieu dégradé, les garrots, les objets connectés de sécu personnelle, etc. Les parties informatiques et statistiques de criminalité ont bien entendu été entièrement revues. La partie juridique a été entièrement revue par Thibault de Montbrial, un des grands avocat de référence sur la légitime défense. J’en oublie.

Merci beaucoup d’avoir pris le temps de répondre à ces questions et à bientôt en stage sur Toulouse !

 

Avec plaisir.

Vous pourrez retrouver Guillaume en stage à Toulouse les 8 et 9 avril 2017 (inscriptions ici). La nouvelle version de Protegor sera disponible fin mars! Je ne manquerais pas d’en faire une revue! 

D’ici là, n’hésitez pas à aller visiter le blog  Protegor.net!

La main pleine: le secret entre forme et fond

Bonjour à tous, j’ai décidé de faire une série d’articles sur les principes transversaux qui me paraissent intéressant dans la pratique des arts martiaux et sports de combat. Le premier article traitera de la main pleine.

Main pleine

 

La différence entre une technique qui marche et qui ne marche pas : le principe de la main pleine

 

Il y a quelques années, je travaillais sur des déstructurations du partenaire. Bien qu’elles marchaient, je n’arrivais pas à trouver la facilité avec laquelle l’instructeur qui était là démontrait. Quand je lui ai demandé pourquoi, il m’a répondu que je n’avais pas la main pleine. Après avoir travaillé sur cela, tout ce que je faisais était plus propre, avec beaucoup moins de force parasite. Le concept de main pleine est devenu centrale dans ma pratique. En échangeant par la suite avec plusieurs autres professeurs ou pratiquants de bon niveau mais de disciplines différentes,  j’ai pu constater que ce qui faisait une grosse différence entre leur niveau respectif était cette présence dans la main.

Une différence entre forme et fond

Je suppose que vous connaissez tous cette impression quand vous voyez un expert se déplacer ou faire quelque chose et un simple pratiquant qui fait la même chose qu’il y a un problème. Au départ, on a tendance à singer un mouvement plutôt que de le vivre. Autrement dit, l’expert va exécuter une volonté d’action tandis que la volonté d’action du pratiquant sera au départ celle d’imiter la forme que prend l’action de l’expert. D’un point de vue contrôle moteur, ça a une énorme importance. En effet, grossièrement, reproduire un geste demande de s’appuyer sur une image mentale consciente et de retranscrire ça dans le corps. Dans ce cas, la conscience est parasitée par la concentration demandée pour reproduire le mouvement. A l’inverse, avoir la volonté d’exécuter une action laisse la liberté au corps de se placer comme il veut. En effet, la conscience est seulement focalisée sur l’action. La différence en termes de sensations est extrêmement nette.

Qu’est-ce qui fait cette différence de sensation ? Mon analyse est que dans le premier cas, on va solliciter des muscles inutiles à l’action pour permettre la reproduction de l’image mentale du mouvement à effectuer. Dans le second, le corps va s’adapter pour être le plus efficace possible dans la résolution de l’action.  Ceci est la première différence importante.

 

La sensation de la main pleine

Comment sentir la différence entre une saisie normale et une main pleine ?

Prenez un verre par exemple. Attrapez-le. A la fin du mouvement, vous allez sentir que le verre est réparti à priori sur les doigts et la paume. Maintenant reposez le verre. Vous allez évidemment l’attraper mais ce qui m’intéresse c’est que vous focalisiez l’action sur le fait de l’avoir dans la main. Là, si vous faîtes l’exercice correctement, vous devriez sentir que le verre est réparti dans la main et même pèse sur le poignet. La sensation de main pleine est là-dedans.

Lorsque vous saisissez un poignet, un bras, un cou, lorsque vous poussez ou que vous frappez, cherchez à retrouver cette sensation. Vous aurez alors cette sensation que vous êtes plus dense dans vos actions. Votre puissance et votre relâchement seront augmentés. Vous irez également créer des effets beaucoup plus profonds sur la structure de votre partenaire.

L’extension au corps entier

Après cela, vous verrez rapidement l’envie d’étendre cette sensation dans le corps entier, au moindre contact. Vous gagnerez ainsi directement un accès à la structure du partenaire. Vous vous sentirez également beaucoup plus présent dans vos actions.

Pour travailler cela, faites vous saisir par exemple l’avant bras. Cherchez ensuite à maximiser la zone de contact de l’avant-bras avec les mains du partenaire. Lorsque le contact est maximal, vous devriez sentir une grande liberté de mouvement du bras malgré la saisie. Quand la sensation est entrée, reproduisez là sur tous types de saisies puis commencer à la générer en poussant poing fermé ou avec le pied.

Conclusion

 

Cette sensation de main pleine est pour moi un des principes transversaux des arts martiaux qui peux servir autant dans les styles durs que souples, en lutte et en frappe. Egalement dans les déplacements. Il y a évidemment une explication physiologique à cette sensation et aux effets qu’elles permet de générer. Néanmoins, pour atteindre cette sensation, l’absence de perturbation de la conscience étant nécessaire, il ne me paraît pas opportun d’en parler dans ce cadre là.

Voilà donc le premier principe transversal qui m’intéresse. Je parlerai dans l’article suivant de chaînes musculaires.

Et vous, connaissiez-vous et travaillez-vous ce principe?

A bientôt

Taxam