Des origines à la pratique PARKOUR: la revue

Bonjour à tous,

Pour une fois, on s’éloigne un peu, mais pas trop quand même, des arts martiaux pour se tourner vers une discipline de plus en plus pratiquée, le Parkour ( avec un K pour le marKeting). Le ParKour est défini comme l’art du déplacement, ou encore l’art de partir d’un point A pour arriver à un point B de la manière la plus rapide possible.

David Belle, le fondateur du ParKour et Charles Perrière, un membres des Yamakasis, ont co-publié un joli livre sur cette discipline chez Amphora:

Des origines à la pratique PARKOUR

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Tout d’abord, c’est un très joli livre. Très bien illustré, dans un format original (tout en long), bien que peu pratique pour ranger dans une bibliothèque. Les photos sont sympas, suffisamment explicites pour comprendre ce qu’il se passe. Curieusement, les auteurs ont décidé de faire une version à la fois en français et en anglais. En effet, tout le texte est traduit dans les deux langues.

 

Mais passons au contenu.

 

Ce livre peut se diviser en quatre parties:

– une partie historique/ auto-biographique racontant l’histoire du parkour et celle de ses créateurs, du père de David Belle, un pompier de Paris ayant donné la passion de l’art du déplacement à son fils David Belle aux Yamakasis, entrainés au départ par David Belle et qui ont connu la notoriété après leur passage remarqué dans l’émission stade 2 en 1997.

Le reportage en question:

 

– la seconde partie, relativement courte, décrit le parkour et l’esprit qui le sous-tend

-la troisième partie présentent tous les mouvements de base du parkour

– la quatrième partie présentant le renforcement musculaire spécifique nécessaire à la pratique de cette discipline et un programme d’entrainement type.

 

Les deux premières parties sont intéressantes mais un peu courtes à mon goût, notamment sur l’essor mondial de la discipline. Néanmoins, cela reste agréable à lire.

Evidemment la partie la plus intéressante est la partie « technique », les mouvements de base sont listés (saut, réception, roulade, mains croisées, les différents passage d’obstacles) bien décrits.  Le seul petit point que j’aurais trouvé intéressant aurait été la mise en place de petits éducatifs qui permettent d’arriver au mouvement final. En effet, il semble que la seule progressivité soit la hauteur ou la longueur des sauts.

La partie physique est plus anecdotique puisqu’à part quelques exercices très spécifiques, on reste dan les classiques des exercices de préparation en gymnastique ou athlétisme.

 

Les plans de cours par contre sont très intenses avec une pratique de 2h à 3h 2 à 3 fois par semaine dont 30 minutes de footing et jusqu’à 1h de renforcement musculaire. Très clairement, il faut un corps très très bien préparé pour pratiquer pleinement cette discipline. Ou à l’inverse, cette discipline développe un corps très très fort…

 

Ce livre est donc sympathique, mais peut être un peu court. C’est toutefois une excellente introduction à l’art du ParKour et donne envie de découvrir la pratique avec un instructeur.

 

 

 

Revue de Proposition d’une méthode de formation à la self-défense et à la protection personnelle

Aujourd’hui, je vais donner mon retour sur un manuel pédagogique:

Proposition d’une méthode de formation à la self-défense et à la protection personnelle

téléchargement

par Eric Henrion

J’ai commandé ce livre un peu par curiosité et parce que la littérature francophone sur la protection personnelle est rare. Je ne connais absolument par Eric Henrion, n’étant pas réellement impliqué dans le milieu de la protection personnelle en France, je ne savais donc absolument pas à quoi m’attendre en lisant ce livre.

Dans ce livre, l’auteur nous propose une méthodologie avec plan de cours intégrée pour enseigner la protection personnelle. Pour être plus précis, ce livre n’est « qu’un plan de cours » pour travailler la protection personnelle. En effet, au travers de 8 thèmes de protection personnelle concernant le pré, pendant et post-agression, l’auteur donne 8 plan de cours pour travailler chacune des huit thématiques.

Chaque plan de cours (comme un plan de cours bien fait quoi) contient des phases d’exercices ainsi que les débriefings avec les participants associés qui sont très bien détaillées et des objectifs recherchés clairement définis. De plus, quelques informations en annexe sont disponibles pour mieux expliquer les concepts travaillés dans chaque cours.

Clairement, la pédagogie ici est très « Do it yourself » orientée. Les participants ne sont pas assommés pendant le cours d’information et sont appelés à trouver eux mêmes des solutions face aux problèmes. Cette approche est séduisante et est connue en pédagogie pour donner d’excellents résultats. C’est donc un ouvrage précieux pour des groupes de travail ou des instructeurs d’arts martiaux ou sports de combats qui souhaiteraient donner une initiation à la protection personnelle.

Néanmoins, puisque c’est clairement un ouvrage pour pédagogue plutôt qu’un ouvrage informatif, mon opinion est que l’utilisation de ce livre sera potentialisée par les connaissances antérieures de l’instructeur. A l’inverse, ce livre montre également à quel point instruire un art martial et un sport de combat est loin d’instruire la protection personnelle…

Et justement, c’est cette pédagogie de la protection personnelle (en tous cas telle que présentée dans ce livre) qu’il est intéressant de discuter. Deux points me paraissent problématique dans ce type de pédagogie, bien que je ne vois pas de solutions simples à mettre en oeuvre. Tout d’abord, le groupe. Pour que ce type d’exercices soit profitable, il est nécessaire d’avoir une certaine capacité à jouer la comédie. Typiquement, un exercice où l’on se fait insulter, la personne qui insulte doit être suffisamment convaincant. Or, à moins d’avoir des acteurs, il est probable que les gens ne deviennent convaincant qu’avec le temps. D’où le premier problème, les gens risquent d’être habitués à cette situation théatrale et à leurs partenaires quand ils auront enfin quelqu’un de convaincant en face d’eux. Du coup, est-ce que le drill est toujours utile? Deuxième problème, même si le drill est bien pratiqué, combien de fois peut-il être utilisé pour que ça reste un drill utile et plus une pièce de théâtre? En effet, l’émotionnel et la gestion de l’émotionnel semblent primordiaux dans ce type d’entrainement. Moins la charge émotionnelle est là, moins la réponse sous stress sera intéressante. Du coup, comment inculquer cette réponse sous stress?

Des questions qu’il serait intéressant de traiter, et des avis de selfeux seraient très certainement intéressant. Néanmoins, ce livre, encore une fois, offre une très belle pédagogie, bien construite et mérite donc d’être lu par les instructeurs ou les pratiquants s’intéressant à la self-défense. D’autant que c’est le seul manuel détaillé en français.

Il reste donc selon moi à sortir un ouvrage entre Protegor et le livre de l’ACDS et ce livre d’Eric Henrion, qui proposerait à la fois une méthode d’enseignement et un contenu théorique suffisament riche et adapté à la méthode pour pouvoir guider les néophytes.

Avez-vous lu ce livre? Que pensez vous de la pédagogie mise en application dans des cours de protection personnelle?

Suis-je trop vieux pour commencer les arts martiaux?

Suis-je trop vieux pour commencer les arts martiaux.

Voilà LA question qui revient trèèèès souvent quand on m’appelle pour venir essayer un cours, ou ,d’après une étude très poussée réalisée par moi-même auprès de mes collègues instructeurs, dans un paquet de clubs ou sur les forums d’arts martiaux …

(la question qui arrive juste derrière c’est « suis-je assez sportif » )

Dans ce billet, je vais essayer de donner des éléments de réponses à cette question.

L’origine du doute

D’après ce que j’ai pu comprendre des discussions, les craintes à l’origine de cette question sont les suivantes:

– crainte de ne pas atteindre un niveau suffisant sur le temps de pratique restant

– crainte d’un différentiel de niveau trop important

– crainte d’un entrainement trop physique

– crainte des blessures

D’après moi, la source du problème se trouve dans l’imaginaire collectif entourant les arts martiaux et sport de combat. En effet, les arts martiaux sont présentés au public via les medias suivant: les films ou démonstrations et leur chorégraphies de l’espace, le sport télévisé et les athlètes de haut niveau (boxe et MMA plus récemment) et le judo qui est ou a été pratiqué par plus d’un tiers de la population pendant l’enfance(pas sûr des stats mais c’est un chiffre impressionnant) laissant penser que dans les arts martiaux on commence naturellement à 4 ans.

Pourquoi ces craintes ne sont pas fondées:

Le risque de blessure lié à l’âge ou la pratique trop physique

Tout d’abord, il faut bien comprendre que n’importe quel art martial qui tient la route présente un cursus. ce cursus, bien que laissé à l’appréciation du professeur est globalement toujours le même:

on reconditionne le corps du pratiquant pour qu’il s’adapte à la pratique, on donne les clés techniques et tactiques de l’école, on applique ces techniques au cours de combats d’entrainement ou d’exercices, on se libère de tout ça pour trouver sa propre forme.

Ces étapes peuvent plus ou moins se superposer, peuvent plus ou moins être importantes et longues mais ça se fait TOUJOURS dans cet ordre pour pouvoir progresser (même dans les arts martiaux dit sans forme comme le systema… oui oui, vous aussi vous suivez rigoureusement ces étapes).

Quand vous arrivez dans un cours, vous allez donc systématiquement être travaillé pour que le corps s’adapte à la pratique. Vous apprendrez à chuter, bouger au sol, gérer votre respiration, encaisser des frappes en fonction du cursus de l’école. Bien sûr, votre potentiel physique va également se développer avec le temps. Tout cela permettra sans aucun soucis de travailler la partie technique et tactique de l’école. Soit dit en pensant, d’expérience, 90% des pratiquants resteront dans cette partie là ad vitam eternam et en sont très satisfaits.

Mais même ensuite, quand viendra l’heure du sparring, à partir du moment ou votre médecin vous a fait un certificat médical, vous n’avez pas plus de chance de vous blesser que n’importe qui d’autre puisque votre corps aura été préparé. Personne ne vous enverra à votre premier cours faire un sparring pleine intensité avec un champion de l’ufc, de boxe ou de lutte… Les partenaires ont normalement l’habitude d’avoir des nouveaux et l’instructeur doit s’assurer qu’ils soient bienveillants et qu’ils vous conseillent, pas qu’ils vous cassent en deux. Ou sinon changez de cours…D’ailleurs, j’ai rarement vu une blessure due à l’âge du corps mais plutôt à l’attitude du pratiquant et de ses partenaires… La peur et la betise sont les raisons principales des blessures dans nos pratiques.

Le seul bémol, évidement certaines pratiques sont plus adaptées à certains âges qu’à d’autres. Par exemple un monsieur de 80 ans je ne lui recommanderais pas des disciplines comme le judo, la lutte, la capoeira ou la boxe (mais son médecin non plus à priori). Par contre, le tai chi, certains arts martiaux japonais, pourquoi pas le kali escrima aucun problème! En gros, quand le corps ne peux plus prendre de choc, il faut éviter les arts martiaux orientés sport… Voilà tout… Pour les autres, pas d’excuses!

Je commence trop tard, je n’atteindrai jamais un bon niveau…

Voilà l’autre grosse crainte des gens… Déjà, quelques exemples. Les pionniers des arts martiaux en France, ils ont pas commencé à 4 ans hein… Jigoro Kano, fondateur du judo, a commencé à 17 ans je pense. Henry Plée, sur sa trentaine, Jean-Luc Jazarin, à la quarantaine… A l’inverse, plein de gamins ont commencé le judo à 4 ans et ont arreté à l’adolescence ou à la ceinture noire pour les plus courageux (la ffjda en a la larme à l’oeil). La vérité, c’est que ce qui importe, c’est le temps de pratique, pas l’âge auquel on commence. la ceinture noire semble être un rêve inaccessible pour beaucoup de pratiquants ou pour les non pratiquants. En pratique, sauf cas exceptionnel (karate kyokushin, jiujitsu brésilien), la ceinture noire indique juste un niveau correct dans l’acquisition des bases de l’école. Or la grande grande majorité des pratiquants n’ira jamais plus loin. Pire, si on ramène au nombre d’heures passées à s’entrainer, on se retrouve à un temps de pratique vraiment ridicule. Prenons le judo ou le karate pour un adulte. En étant pas trop manche, en 3/4 ans d’une pratique régulière, je reviens là dessus, on a une ceinture marron. Toujours avec le même rythme, ça fait un an pour faire 2/3 compèts et préparer quelques katas pour avoir une ceinture noire. Regardez la grande majorité des clubs, ils proposent entre 3 et 4h de cours par semaine (2*1h30/2h). En général, les clubs sont fermés pendant les vacances. Les clubs sont donc ouverts 36 semaines par an. Avec une pratique que beaucoup considèrent comme exceptionnelle pour quelqu’un qui ne rate jamais un cours, on obtient 144 heures. Si on multiplie par 5, ça fait 720 heures, soit 90 jours de travail à raison de 8 heures par jour, ce qui fait un résultat famélique de 3 mois pour obtenir une ceinture noire… Donc non, même si vous commencez à l’âge de la retraite, il y a de forte chance qu’avec un investissement en temps correct, vous atteigniez rapidement un niveau supérieur à la ceinture noire…

En conclusion

Les arts martiaux sont une pratique harmonieuse pour tous les âges. Le niveau que vous atteindrez ne dépendra que de deux facteurs, vos instructeurs et la qualité de votre investissement en temps et sérieux.

La méthode de systema de Konstantin Komarov

Début septembre, j’ai eu l’honneur de recevoir à l’association pour le développement et la diffusion des arts martiaux (ADDAM) le major Konstantin Komarov, ancien membre du GRU mais aussi docteur en psychologie pour un stage de systema à Toulouse.  Nous avions décidé avec nos partenaires du cercle de systema de faire venir Konstantin pour nous suivre sur une longue période afin de nous transmettre sa propre méthode d’enseignement du systema.

Un petit peu par hasard, cela coïncidait avec la parution en anglais de son livre « Systema Manual ». Je vais donc m’atteler aujourd’hui à faire un compte rendu de ce stage que je mettrai en parallèle avec son livre qui sera reviewé plus tard.

La thématique du stage était donc méthodologie du systema. Il s’est découpé en deux parties, la première sur la première journée consistait en la présentation des premiers pas de sa méthode, la seconde sur la deuxième journée, nous a donné les exercices nécessaires et suffisants selon lui pour gérer le gros des combats à mains nues (type combat de coqs notamment).

Mais avant le stage à proprement parler,  il nous a fait un petit cours privé avant le stage de 2h où il nous a repris sur tous les exercices de base à savoir pompes, squats, relevés de bustes et de jambes. Il nous a donné de très nombreuses corrections sur l’exécution de ces exercices pourtant simples de prime abord. En particulier, ses corrections m’ont permis une mise en évidence lumineuse sur la mise en place de chaines musculaires profondes lors de l’exécution de ces mouvements. S’en est suivi ensuite une séance de lutte souple façon systema où Konstantin nous a expliqué ce qu’il faut rechercher sur ces exercices. En effet, contrairement au côté jeu d’opposition associé à la lutte en règle générale, dans notre cas, il s’agit de focaliser l’attention sur notre propre corps pour contourner chaque tension musculaire qu’engendre le partenaire. Ainsi, tomber n’est pas ici synonyme de défaite, mais la descente au sol est simplement une direction de plus où aller pour contourner la pression du partenaire.

Par rapport au contenu de son livre, ces simples exercices couvrent la partie conditionnement du corps au mouvement et la respiration. La lutte debout étant finalement un test pour voir l’évolution de la manière de bouger mais aussi de maintenir une respiration  constante après le conditionnement nécessaire sur lequel je reviendrai.

J’attaque donc le compte rendu du premier jour. La logique de progression de Konstantin au niveau du conditionnement physique est la suivante. On doit repasser TOUTES les étapes d’apprentissage de la marche. En effet, dès le fait de ramper au sol on conditionne un certain nombre d’erreurs ou du moins de mouvements non optimisés. Puis plus on se redresse, plus ces défauts s’accumulent et affectent la structure dans son ensemble, créant au passage des tensions musculaires inutiles. De plus, avec le temps, une peur du sol et donc de la chute se développe et bien sûr, toute peur génère aussi des tensions. En paralèlle , et certainement à cause des conséquences d’une mauvaise posture, la respiration doit également être retravaillée pour être juste, contrôlée et surtout permanente. C’est donc selon ces axes que Konstantin nous a fait travailler. Nous avons donc travaillé la mobilité au sol couplée à l’inspiration et l’expiration. Puis nous avons travaillé avec un partenaire pour chercher à le renverser au sol en utilisant le placement et le déplacement. Enfin nous sommes passés debout pour un travail sur les chutes les yeux fermés. Là aussi, il était important de garder une respiration continue. Nous avons terminé sur de la lutte au sol en utilisant un baton pour deux…

 

Le second jour, Konstantin nous as fait faire un petit écart à sa méthodologie. En effet, il s’est penché sur l’aspect combat pur du systema. La raison invoquée était la suivante: sur l’ensemble des séminaires, nous allons travailler au reconditionnement du corps pour acquérir les bases du systema. Or, une des raisons premières pour laquelle les gens viennent aux arts martiaux est le combat (au sens large). Konstantin nous a donc fait travailler un set d’exercices qui selon lui englobe le gros de ce qui se passe durant un combat et développe les aptitudes pour y faire face. Néanmoins, on s’aperçoit vite que tout ces exercices sont bien plus pertinents lorsqu’on a le corps conditionné correctement.

Le travail a commencé par un exercice pour évaluer les distances correctement. Une fois que la distance était prise, le deuxième exercice permettait de travailler la génération de force via la structure en utilisant les poussées sur quelqu’un arrivant vers soi pour nous saisir. Puis, avant la saisie, bloquer le bras d’une main pour pousser simultanément avec l’autre. Pour accélérer le rythme et augmenter la pression, plusieurs attaquants arrivaient ensuite en courant en ligne et en frappant. La réponse était la même, bouger, et pousser. Ensuite, les différents types de frappes possible avec les bras ont été travaillées puis le travail de frappes avec les jambes. La session s’est terminée en enchainement un coup d’arret avec la jambe en avançant suivie d’un enchainement de frappes.

Travail de frappe par Konstantin lors du stage

Bref ce séminaire, excellent au demeurant, reprenait le tout début de son livre. Il nous donnera ensuite le reste de l’apprentissage lors des prochains stages durant ces trois ans.

 

Introduction à la protection personnelle

Voici le lien vers une  présentation que j’ai réalisée il y a un petit moment pour faire une présentation de ce que peut être la protection personnelle.

Evidemment il s’agit là de ma propre vision de la chose qui replace la partie combat que j’appelle self-défense comme une partie mineure de la démarche globale de protection personnelle.

Cette présentation a été inspirée par différentes sources telles que Guillaume Morel avec son fameux Protegor, David Manise et sa notion de survie urbaine ou encore Marc Mc Young.

N’hésitez pas à commenter!

Et voici la présentation!

Khosrow Helly, un des premiers instructeurs français de systema

Aujourd’hui je vais proposer une retranscription la plus fidèle possible d’une conversation/interview que j’ai fait avec l’un des deux plus anciens pratiquants et full instructeurs de systema français, Khosrow Helly. Bien moins mis en avant que d’autres, Khosrow a pourtant également participé à ce que le systema en France est aujourd’hui.

Cet article est donc une retranscription puisque comme le savent ceux qui connaissent un peu le personnage, il aurait fallu une encyclopédie en 10 tomes si il avait fallu tout retranscrire…

La première fois que Khosrow a entendu parlé de systema, c’était dans un Black belt magazine de la fin des années 90 où un article était consacré à Vladimir Vasiliev, alors peu connu. Cet article lui rappelait une méthode russe dont il avait entendu parlée plus jeune,  pratiquée par les partisans russes, un mélange de boxe et de lutte, d’utilisation d’objets tels que des chaises ou des ceintures pour le combat.

A la fin des années 90, Khosrow s’entrainait au Kali, chez Jeff Espinous en compagnie entre autres de Stéphane Fernandez et Jerôme Kadian. Il avait pour habitude de faire des photocopies des articles qu’il appréciait et les distribuait à tout le monde dans son club.  Un peu plus tard, il tombe sur une publicité pour une des premieres videos de Vasiliev publiée chez Paladin Press sur le couteau. le dvd étant indisponible à ce moment là, il contacte de fil en aiguille directement l’école de Vasiliev à Toronto et tombe sur Valérie Vasiliev. Surprise par le fait qu’un français ait entendu parler d’eux et Khosrow étant quelqu’un de sociable, ils finissent par sympathiser et elle lui vend 3 VHS et un livre sur le systema. C’est à partir de ce matériel qu’il commence à s’entrainer avec ses partenaires du kali. Il lui faut seulement 15 jours pour recontacter Valérie afin de lui demander de lui envoyer tout ce qui sort en systema et il en profite pour demander des précisions et des corrections sur sa compréhension du système qui à l’époque n’était que balbutiante. Le concept de relachement musculaire posant notament beaucoup de problème. En effet, bien que capable de reproduire ce qui était visible en vidéo, il leur manquait la compréhension par le toucher et la sensation pour réellement comprendre ce qu’il se passe ( C’est d’ailleurs toujours le même problème aujourd’hui avec les vidéos trouvables sur le net)C’est ainsi qu’il reçoit très régulièrement de nouvelles vidéos, des conseils de Valérie et plus tard de Vladimir lui même.

C’est après la vidéo de fighting on the ground de Vladimir Vasiliev que Khosrow décide de partir directement à Toronto en compagnie de Jerome Kadian. Malheureusement, un empechement, l’oblige à annuler laissant Jerome Kadian y aller seul pour cette fois.  De retour, Jerome Kadian ramène du nouveau matériel au groupe. le problème étant qu’à ce moment là, la pédagogie de Vasiliev était surtout basée sur du sensitif, freinant la progression à distance.

Khosrow garde le contact régulièrement et apprend la tenue d’un stage de Vasiliev dans les midlands.  Khosrow y va donc accompagné à l’époque de Stéphane fernandez,  Jean Michel Le prêtre et Jerôme Kadian. Ce sera la première rencontre entre Vasiliev et Khosrow après plusieurs années au téléphone. Ce stage regroupa environ 120 pratiquants dont certains sont aujourd’hui bien connu dans le milieu tel que Paul Genge. Vasiliev à l’occasion de prendre Khosrow en tant que partenaire et là, la puissance des frappes subies est un choc. Le concept de la frappe « nice and soft » est une découverte. de même, durant ce stage, Vasiliev pratiqua le massage systema sur Khosrow qui effraya les autres participants par ses hurlements de douleur. Oui, le massage systema n’est jamais agréable la première fois (mieux après je me pose toujours la question…). C’est durant ce stage que Khosrow demande au cours de la soirée avec Vladimir si il peut venir à Toronto en 2000 sentant qu’il faudrait qu’il s’entraine directement là bas pour comprendre ce concept de détente.

C’est donc en 2000 que Khosrow se rend à Toronto où Vladimir va directement le chercher à son hôtel pour l’amener à sa salle. Durant le trajet, il conseille à Khosrow d’oublier tout ce qu’il a fait, le systema ne permet pas de prendre de repères en comparant avec les autres disciplines, donc autant oublier…

Et pendant 3 semaines, il se fait taper dessus. Il lie d’amitié avec Alex Kostic, Emmanuel Manolakakis, Vitalli et d’autres qui l’aideront pendant et après les entrainements à comprendre ce qu’est le systema.

L’entrainement de l’époque était dur, une petite anecdote que je retranscris ici. La scène se passe après un entrainement particulièrement éprouvant pour Khosrow.

V.Vasiliev: « Pourquoi es tu venu? Si tu prends une balle dans la jambe, les secours arrivent.  Tu préfères ramper jusqu’à la porte pour atteindre les secours ou rester ici?

Khosrow: ramper »

Et Vladimir sourit…

Voilà la sympathique ambiance de l’époque.

Après 3 semaines, il rentre en France, mais repart 5 mois plus tard. de 2000 à 2010, il s’est rendu à Toronto entre 2 et 3 fois par an.

Néanmoins, Khosrow ne s’est pas cantonné à Vasiliev. En 2002, il s’est déplacé également à Moscou, chez Mikhail Ryabko. Là bas, il était avec 4 autres élèves, entourés par 10 instructeurs durant la journée et avec Ryabko 1h30 tous les jours. Ayant des problèmes de dos depuis longtemps, il apprendra là bas à se rééduquer pour récupérer sa mobilité…

Khosrow obtient son certificat de Full instructeur en 2003 chez Vladimir Vasiliev à une époque où ils étaient encore peu nombreux. Il est également certifié en 2007 chez Ryabko. Il a ouvert sa propre école dans une salle d’armes à Paris. Etant l’un des plus anciens, il a pratiqué, formé et parrainé un grand nombre d’instructeurs français et de pratiquants français dont la qualité estunanimement reconnue. Je citerai Sinicha, très connu dans le milieu et initiateur d’une grosse partie des stages français avec des instructeurs internationaux, du cercle de systema à Malakoff, Jean-Michel Leprêtre pratiquant toujours à la même salle de kali où tout a commencé, Yann Christodoulou de l’ADAD à Nantes, Richard Mugica de Poznai Sebia33 à Bordeaux.  J’ai moi même eu l’honneur d’être présenté par lui et Sinicha pour l’ADDAM à Toulouse.

La vision et l’approche qu’à Khosrow du systema est la suivante: « le systema est un art lié à la compréhension de l’humain et à l’utilisation de cette compréhension pour augmenter ses capacités physiques et émotionnelles. Le systema a pour vocation de développer la résilience de l’individu, raison pour laquelle il devrait être pratiqué régulièrement en pleine nature. Ces qualités permettent de rendre l’humain meilleur et c’est pourquoi le systema doit être diffusé et partagé sans la moindre rétention d’information (sauf éventuellement dans le cas de thématiques pour professionnels). Est-ce qu’on peut parler de développement personnel? Oui, peut être en fonction de la définition de développement personnel. Prendre des coups avec une compréhension correcte par exemple permet de s’améliorer en comprenant ce que cela induit chez nous. Le systema rend ainsi non violent en nous faisant prendre conscience de notre propre violence!  Le pratiquer en tant que méthode de destruction de l’autre signifie passer à côté d’un gigantesque pan de son enseignement. Puisqu’il permet de s’améliorer, il est adapté à n’importe qui, des enfants aux personnes agées. »

Il est d’ailleurs intéressant lorsqu’on écoute Khosrow donner un cours, de voir ce discours de non violence présent constamment.

En exclusivité, une petite vidéo de Khosrow prise à l’occasion du stage donné pour l’ADDAM à Toulouse début mai à propos du travail du contrôle émotionnel en générant un stress par privation d’oxygène. Son partenaire est JD, le chauve le plus connu du systema français (ou pas loin):

Khosrow ayant contribué avec Sinicha à développer le systema dans le sud ouest, les différents clubs adhérant à sa manière de pratiquer se sont regroupés sous le nom du cercle de systema sud ouest.

Interview d’Alvin Guinanao, fondateur du Silat Buka Lingkaran (première partie)

Aujourd’hui j’ai le plaisir de présenter cette première interview en français d’Alvin Guinanao, fondateur du Silat Buka Lingkaran, basé à Londres, en Angleterre. J’ai realisé cette interview en anglais et je vous la diffuse ici en français traduite par mes soins. Néanmoins, pour les puristes, l’interview sera également disponible en anglais 😉 .

Alvin Guinanao, fondateur du Silat Buka Lingkaran

Bonjour Alvin et merci de m’accorder un peu de ton temps pour cette interview. Pour commencer, peux tu te presenter et nous parler un peu de ton parcours martial.

Bien sur,  je m’appelle Alvin Guinanao et j’étudie les arts martiaux depuis mes 15 ans. J’ai débuté par le taekwondo et ensuite je suis passé au Penchak Silat, discipline que je pratique encore aujourd’hui. Je tiens à noter que je n’ai rien contre le taekwondo et certaines personnes sont capables de le rendre applicable pour la rue mais pour des raisons de goûts personnels, cette discipline ne me convenait pas.
J’ai donné pour nom à ma propre expression du penchak silat le Silat Buka Lingkaran ou le Silat Open circle. Ce systeme contient 7 phases démarrant au le sol, phases très difficile physiquement et se terminant debout ou le système devient plus souple mais aussi où tout devient plus rapide.

Quand as tu decidé de créer ton propre style de Silat, le SBL?

On m’a appris que l’histoire du Silat a été enseignée oralement de Guru à élève. Le Guru enseigne tout ce qu’il sait à son étudiant. Lorsque l’étudiant est prêt à devenir indépendant et en fonction d’où il vit géographiquement, le style de silat influera sur le style de mouvement et d’expression. Par consequent, le style change d’appellation. Il se peut aussi que certains élèves s’appuyant sur leur propre compréhension de l’art change le nom ou lui donne leur nom de famille.
C‘est pourquoi il existe tant de systèmes a ce jour. Néanmoins, bien qu’en surface les techniques diffèrent en fonction des gens, les principes de bases demeurent.
En ce qui me concerne, je souhaitais un nom me rappelant les grands principes de la discipline, non seulement dans les mouvements ou dans le combat mais aussi dans la vie en général, et ce principe général est Gelek.

En fonction des différents dialectes, ce nom se prononce ou s’écrit différemment. Gelek décrit un mouvement circulaire, il signifie vriller ou tourner. Pour moi, c’est un cercle, le cercle qui permet de tout connecter. Et lorsque je parle de la vie en général, je veux dire que nous sommes tous connectés. Par conséquent, mon état influencera donc mon prochain, et encore plus en tant qu’instructeur.
Rapporté au combat, pour ceux qui ont participé à mes cours ou à mes séminaires, vous pouvez constater combien j’apprécie de connecter toutes mes frappes et l’utilisation des variations de niveaux dans un mouvement fluide et circulaire.

Quelles sont les particularités du SBL, et notamment tes principes pédagogiques

Je ne pense pas avoir de réelles particularités si ce n’est de bouger correctement lors de n’importe quelle situation. Je n’enseigne pas spécialement de techniques que l’on peut utiliser en réponse à une attaque donnée. Simplement parce que dans une situation réelle, on ne sait ce qui peut arriver. J’enseigne toujours aux gens qu’ils ne sauront jamais à l’avance quand, où, à combien, la présence d’armes lors d’une agression. Tout comme on ne peut prévoir le niveau ou l’état d’esprit de l’agresseur… Toutes ces variables sont inconnues.
Par conséquent, j’enseigne des exercices pour développer la sensibilité, ce qui aide à comprendre comment être dans le temps des frappes, comment répondre a la réaction de l’adversaire, être conscient de la position du corps pour pouvoir s’enfuir ou au contraire poursuivre le flow de frappes… Lorsque ces principes sont acquis, je crée des scénariis variés depuis lesquels travailler.
Ainsi, l’élève sait comment passer de manière fluide d’un angle à l’autre, à quel niveau attaquer lors du mouvement suivant ou à quel moment changer d’attaque lorsque l’adversaire change son mouvement.

Pratiques tu le sparring?

Oui je le pratique mais là encore, je veux être sûr que tous les principes sont acquis. Au moins pour aider à diminuer le risque de blessures.
Mais effectivement, le sparring est extrêmement important puisque la génération de stress par le sparring est nécessaire pour s’habituer aux situations stressantes. De même, il est nécessaire de savoir que tout est différent lorsqu’en face le partenaire n’est plus complaisant… Et bien qu’apprendre des attaques, savoir comment faire des dégâts soit intéressant, il est obligatoire que l’élève apprenne à être frappé et à le gérer.
D’ailleurs, à ce propos, ceux qui s’entraînent avec moi comprendront facilement pourquoi le début du cursus est physiquement difficile et se focalise sur le conditionnement. En effet, le corps doit être prêt non seulement à bouger d’une certaine façon mais également à être frapper tout en réduisant le point d’impact.

Mais pour répondre à la question, oui je pratique le sparring et c’est une étape importante. C’est une manière de commencer à faire fonctionner l’art pour l’élève.

Dans ta progression technique, tu as 7 phases distinctes. Tu nous as expliqué que tu commences par le conditionnement physique. Peux tu nous décrire ces 7 phases, pourquoi ces phases sont organisées dans cet ordre et quand passe-t-on d’une phase a l’autre?

Le cursus pédagogique est effectivement divisé en 7 phases.

La premiere phase est la phase de combat au sol et de défense depuis le sol. C’est de cette phase que le travail de conditionnement provient mais cette phase permet aussi aux élèves d’etre a l’aise au sol si jamais ils s’y retrouvent. Je veux que les élèves soient confortables sur toutes les distances.
Je veux créer chez eux un corps connecté mais si mentalement ils sont mal a l’aise, cela cassera cette connection corporelle et la fluidité dans leur technique.

Je parle beaucoup de flow, de fluidité, de connection parce qu’étant moi même de petite taille, c’est de là que provient ma force: la fluidité permet de créer de l’élan et plus cet élan est important, plus la force des frappes est grande.
De même, cela aide à éteindre le pensée et à prévenir l’indécision ou l’apparition de peurs potentielles ainsi que de tensions. Par conséquent le sol est la première étape pour extraire toutes potentielles mauvaises habitudes. Il sert également à développer l’agilité et la mobilité mais par dessus tout a connaitre son propre corps. Néanmoins, bien que le sol soit la première étape, ce n’est tactiquement pas une position de départ en cas de combat.

Une fois que quelqu’un peut bouger de manière fluide et comprend comment se défendre depuis le sol, alors la phase suivante est debout. Pas totalement redressé mais plutot à mi-hauteur pour développer la puissance dans les jambes.

Cette phase, la deuxième, est dédiée aux enchainements de frappes et aux rythmes avec l’usage du jeu de jambe. Comment casser la distance, créer des ouvertures ou évaluer rapidement la situation autour de soi.

La phase suivante est la phase d’apprentissage du grappling mais pas au sens du lutteur. C’est un principe appele gerak gerik ou deux élèves s’entrainent à l’action/ réaction en devant garder le contact en permanence.
Ceci permet de développer sa sensibilité, l’éveil corporel et de comprendre comment déséquilibrer un adversaire. A ce moment là, l’élève commence à construire sa propre façon de bouger.

Si un élève intègre cette phase et retourne aux phase précédentes, il aura une meilleure compréhension des différentes phases. C’est ce que j’aime avec cette methode parce que malgré le niveau du systeme dans lequel je pense me trouver, lorsque je retourne au sol, je le vois differement ce qui m’ouvre de nombreuses perspectives.

C’est donc pour cela que j’ai appelé ce systeme open circle parce qu’après un moment, c’est à l’élève de voir jusqu’où il veut aller avec ce système. Mais en réalite, c’est justement le principe de Gelek. C’est important et ce principe s’exprime durant les differentes phases. Cette phase ne devrait donc pas vraiment être vu comme un niveau parce qu’une fois acquis, en fonction de la situation dans laquelle on se trouve, ca peut se terminer au sol, contre de multiples opposants…

Après cette phase de grappling, les élèves sont amenés à la phase des attaquants multiples. Durant cette phase est enseigné le principe de la toile d’araignée. Ce principe permet une meilleure compréhension du jeu de jambe, à créer des espaces et à ne jamais casser son rythme. C’est a cette phase, que le sparring est principalement pratiqué parce qu’à ce moment là, l’élève a acquis la condition physique, la compréhension de la mécanique corporelle et l’utilisation des distances et des angles. C’est également le point culminant de l’entrainement physique et du travail cardio.

Les dernières phases sont plus calmes et entrainent plus l’aspect mental du silat.

La phase suivante enseigne le kembangan qui est le côté forme codifiée du silat.

C’est à ce moment là que tous les mouvements sont utilisés dans une sorte de danse continue. Le contenu en mouvement du kembangan dependra de ce que l’élève connait comme mouvement.
Encore une fois, cette aspect développe une connection plus profonde entre mouvement et fluidité pour atteindre un haut niveau de concentration.

La phase suivante est spécifiquement consacrée aux armes (courtes, longues…). Ce n’est pas à partir de ce moment là seulement que les armes sont abordées mais c’est durant cette phase que l’on se focalise vraiment sur leur utilisation. En effet, après le kembangan, les réflexes et la concentration etant ameliorés, le travail des armes est optimisé.

Enfin la derniere phase est encore un kembangan avancé où toutes les phases précédentes sont mises ensemble.

Après cette phase, c’est ensuite à l’élève d’aller plus loin et de développer sa propre expression de l’art. Il pourra aller si loin qu’il pourra abandonner le nom SBL.

Et ce point est important, le SBL est ma propre expression de l’art, ma propre interpretation de comment les choses devraient être, basée sur ma propre expérience, compréhension et mes influences. cependant, quelqu’un avec sa propre expérience exprimera l’art différement.

Comment enseignes tu ces phases à un groupe hétérogène?

Je préfère que tout le monde commence par le sol, mais en réalité, parfois ce n’est pas possible à cause de blessures ou autre. Alors je commence à une autre étape et une fois que cela redevient possible, je retourne au sol. J’explique toujours aux gens que le sol n’est pas seulement un moyen de conditionnement mais que c’est également une sorte de cours de rattrapage sur les mouvement du sud est asiatique.
La plupart des asiatiques du sud est ne font pas les conditionnements que je montre en classe ou en stage parce que la plupart d’entre eux utilisent ces mouvements dans la vie de tous les jour. Certains de ces mouvements au sol sont par exemple utilisés quand ils se lèvent le matin, sortent de leur maison pour fumer une cigarette, ou en parlant avec un voisin. Certaines postures sont utilisées lors de prière ou pendant les repas. Mais ces postures sont aussi utilisées pour travailler dans les champs pendant qu’ils sont dans la boue jusqu’aux genoux, qu’ils coupent du bois, grimpent ou construisent.
Ce que je veux dire c’est que ces mouvements là bas sont communs dans la vie de tous les jours mais ici en occident, les arts martiaux sont plus un hobby par conséquent notre éventail de mouvements est différent. De plus nous ne pratiquons de tels mouvements que quelques heures par semaine surtout qu’un grand nombre d’entre nous travaillons dans un bureau comme maintenant… C’est d’ailleurs pour cela que j’observe autant de blessures dans les arts martiaux. A cause du manque de compréhension des mouvements évidents pour ces populations. C’est la raison pour laquelle j’insiste lourdement sur le développement du corps. J’espère que ça semble logique.

Donc dans une classe hétérogene, même s’il y a des avancés, en présence de débutants, tu travailles au sol?

Oui. Néanmoins les exercices varieront en fonction du niveau. Tout dépend de ce que je veux enseigner ce jour la. Mais j’aime que les gens se sentent bien accueillis alors je demande aux avancés de s’occuper des débutants. De toute facon, c’est toujours bien pour eux de pratiquer les bases…

Du coup as-tu des cours pour avancés?

Oui.

Quel style d’enseignement utilises tu ici? Un style plutot traditionnel ou un style adapte aux occidentaux?

Je n’enseigne pas de façon traditionnelle. Chez la plupart des gurus, on ne pose pas de questions. Peut être parce qu’il est consideré que la façon de bouger là bas est de toute façon acquise. Mais en ce qui me concerne, je veux toujours expliquer pourquoi quelque chose marche d’une certaine manière et pas d’une autre. Je fais cela pour qu’ils puissent s’entrainer seuls sans probleme parce que comme je l’ai expliqué, ces mouvements ne sont pas naturels pour les occidentaux.
une autre explication aussi sur le fait que les gurus n’expliquent pas serait parce qu’ils testent la motivation des élèves et donc qu’ils enseignent que des basiques pendant longtemps jusqu’à ce qu’ils fassent confiance à l’élève…
Pour être honnête, qui sait pourquoi l’enseignement traditionnel est comme cela…

Stage d’Alvin à Toulouse

 

Interview de Stephane Pourre Expert francais du Kali Inosanto Lacoste

Stephanr Pourre en stage à Toulouse
Stephanr Pourre en stage à Toulouse
Bonjour a tous,
aujourd’hui, j’ai le plaisir de publier l’interview de Stéphane Pourre, une des références françaises du kali, que l’on entend a mon avis beaucoup trop peu par rapport à ce qu’il a à apporter. Voila l’interview:

Bonjour Stephane et merci beaucoup pour cette interview. Tout d’abord, peux-tu te présenter et nous parler de ton parcours ?

Permet-moi de commencer par te remercier d’avoir pensé à moi pour cet entretien sur notre passion commune des arts martiaux.
Je me présente donc, je m’appelle Stéphane Pourre, j’ai 39 ans et pratique les arts martiaux depuis l’âge de 16ans.
Instructeur en Filipino Martial Arts, que j’ai débuté en septembre 2002, je suis l’un des représentants français de mon professeur Daniel Lonéro et de son organisation : le « Cross Training Martial Arts » ou XTMA.
Pour ce qui est du système fédéral français, je suis ceinture noire 4ème Dan. J’ai été nommé expert fédéral AMSEA et référent de ligues pour l’Ile de France au sein de la Fédération Française de Karaté et Disciplines Associées. Bien sûr ce « titre d’expert »ne fait pas de moi, ni des autres instructeurs nommés à ce titre, un meilleur pratiquant ou instructeur qu’un autre ; mais cela nous permet de développer les AMSEA au sein de la FFKDA, et de faire connaître et reconnaître les AMP par des stages fédéraux ou interventions auprès des disciplines affiliées et désireuses de découvrir les richesses de nos arts du sud-est asiatique. Et plus simplement d’installer durablement dans le panorama des arts martiaux présents en France les AMP.
Pour ce qui est de mon parcours martial, j’ai débuté par le ju jutsu (durant 11ans) et l’Aïkido (durant 5ans) auprès de Sensei Jacques de Peretti sur Paris ; mais également un peu de Yoseikan Budo et diverses boxes poings – pieds.
Je suis formateur en techniques d’interventions professionnelles au sein du service de sûreté de la SNCF ; ce qui me permet d’allier les techniques martiales issues du Kali avec celles dites de « self pro », à mains nues, au tonfa ou au bâton télescopique, en prenant bien sûr les spécificités de mon métier comme le cadre légal, le travail en milieu confiné, en équipe, etc.

Tu pratiques les arts martiaux philippins, qu’est ce qui t’a attiré dans cette discipline et quels sont tes styles favoris?

Je me suis mis aux AMP après avoir vu une démonstration de monsieur Oliver Bersabal lors d’un festival sur Bercy. A cette époque, je pratiquais encore le ju-jutsu. Je voulais trouver une discipline qui enseignait le maniement des armes contondantes et tranchantes. Après avoir assité à quelques cours sur divers clubs,j’ai pu avoir un aperçu de la richesse technique de ces arts, et par la même occasion certains manques dans ma pratique du ju jutsu. En effet les AMP, du moins dans l’école que je pratique, vous enseignent d’abord à maitriser les attaques avant de travailler les défenses. Je m’explique. Comment peut on espérer faire face à une attaque de poing lorsqu’on a jamais boxer un minimum et déjà pris des coups. Comment peut on peut espérer se défaire d’une saisie au corps à corps si on n’a pas de rudiments de lutte. Et comment peut on penser se défense face à une attaque avec arme contondante si on ne connaît pas les possibilités d’utilisation d’un simple bâton. Et je ne vous parle même pas des couteaux ou autres objets tranchants ou piquants.

Puis j’ai découvert les notions de flows et de drills, et donc l’apprentissage par le jeu et dans le mouvement. En kali, on dit que la fin d’un mouvement correspond au début d’un autre. Cette notion de mouvements permanents nous imposent de penser notre pratique plus sous forme de concepts et d’attributs que sous celle de collections de techniques , et ce afin de développer la capacité d’adaptation.

Pour ce qui est de la notion de styles, on peut comprendre la question sous deux angles.

En Kali Inosanto Lacoste, on parle de 12 secteurs ; les armes simples , doubles, moyennes et courtes combinées, doubles couteaux, etc. Donc si la question est sur cet aspect, je dirai que mes secteurs de prédilection seraient le panantukan et le bâton simple ; sans négliger le reste bien sûr.
Si la notion de styles est synonyme d’école, évidemment je répondrai le Kali Inosanto Lacoste, que j’ai choisi de suivre. Premièrement parce que j’ai eu la chance de rencontrer les personnes qui ont su me donner envie de découvrir cette école.Et aussi parce que notre école est un système hybride qui s’est enrichi de l’expérience et de l’ouverture d’esprit de notre principal professeur , guro Inosanto. Légende Vivante des Arts Martiaux en Général, et des Arts du Sud Est Asiatique notamment, il a su développer divers aspects pédagogiques et surtout mettre en lumière ces AMP, jusqu’à alors quasi inconnus des pratiquants d’Arts Martiaux. Je tiens d’ailleurs à rappeler que la plupart des enseignants français de kali ont débuté par le kali Inosanto ; malheureusement lorsque je discute avec eux ou lis leurs interventions lors d’interview, je me rends compte que la plupart d’entre eux n’ont fait que gratter la surface de notre école et pensent que la richesse du kali Inosanto se limite à du « Sumbrada 6 ou 10 », et « puno sumbrada » pour le bâton , du « palasut » pour le couteau, et d’une collection de techniques . Ce serait un art dépourvu de concepts et d’attribus , ce qui est totalement l’inverse.
Ensuite j’ai envie de te dire qu’il n’y a pour moi aucunes disciplines meilleures qu’une autre. Certaines conviendront plus à certaines personnes qu’à d’autres. Certaines se spécialiseront plus dans certains secteurs, d’autres seront plus généralistes ; mais ce qui fera l’efficacité d’une discipline restera toujours le pratiquant, parfois l’instructeur.
Donc par rapport à mes sensibilités, en dehors du Kali Inosanto Lacoste, j’aime beaucoup le Lameco Eskrima de feu Punong guro Edgard Sulite qui met l’accent sur l’application en combat, et qui fait partie des influences présentes dans notre école.
Je citerai également le kali Sikaran de Jeff Espinouss, très technique et varié, avec de très bons exercices de manipulations de la structure sur le partenaire.
Le Doce Pares de Franz Stroeven, avec un style assez agressif et riche. Le FCS Kali de Ray Dionaldo, qui met l’accent sur le flow et le travail de la lame. Le Pekiti Tirsia de G.M Leo Gaje , style resté très martial et encore utilisé par l’armée Philippine. Et bien d’autres styles, car tous les AMP sont riches et d’un intérêt pour tout pratiquant, je citerai également le Balintawak et le Modern Arnis qui sont présents en France.

Quels sont tes pratiquants et instructeurs réfèrences dans ces disciplines?

J’ai plusieurs personnes qui m’ont influencé ou m’influencent encore dans ma pratique et mon enseignement.
J’en profite au passage pour remercier mes deux premiers professeurs de Kali, Jean-Yves Pernod et Christophe Soulié qui m’ont fait découvrir et aimer les AMP, et Christophe pour tout ce qu’il fait depuis quelques années pour la promotion des AMP, sans mettre en avant plus un style qu’un autre, notamment lorsqu’il était encore responsable des AMSEA au sein de la FFKDA.
Mon troisième professeur de Kali, monsieur Richard Mugica, est l’un des instructeurs qui a marqué, et marque encore aujourd’hui de son empreinte ma pratique et ma vision des AMP. Il m’a enseigné les notions de concepts et d’attributs, le travail d’adaptation, l’aspect combat et bien d’autres choses.
Mon autre réfèrence est bien sûr guro Daniel Lonéro. J’ai eu la chance de commencer à suivre son enseignement, alors qu’il vivait encore en Europe, et que je venais de débuter le Kali depuis deux ou trois mois seulement. Mon professeur Christophe Soulié le faisait venir plusieurs fois par an au sein de notre association. J’ai pu ainsi découvrir la richesse technique de ces AMP, enseignés par un « extra-terrestre » et un surdoué des Arts Martiaux et sports de combats qui devint par la suite « full intructor » dans diverses disciplines comme les Filipino Martial Arts, le Jeet Kune Do, le Maphilindo Silat, le Shootwrestling, le CSW, le Muay Thai et d’autres. Doté d’une humilité devenue trop rare dans ce milieu, ancien compétiteur et un super professeur très pédagogue.

Vient ensuite une légende vivante, sous le nom de guro/sifu Daniel Inosanto, le professeur de guro Lonéro. Pour beaucoup il est d’abord l’élève de Bruce Lee. Pour moi, il est avant tout un grand Monsieur des Arts Martiaux, que j’ai eu la chance de rencontrer lors d’une de ses venues en Allemagne. Mon professeur, Daniel Lonéro, vivant au quotidien aux côtés de guro/sifu Inosanto, j’ai pu en apprendre un peu plus que ce que l’on peut lire dans les magazines, tant sur l’Homme que sur l’Artiste Martial. Et j’en profite pour rappeler que si le Kali est présent sur notre sol, on le doit en partie à guro/sifu Inosanto. Il a d’abord fait connaître les AMP aux personnes qui venaient participer aux stages de Jeet Kune Do en incorporant peu à peu les AMP à ces évènements et donc les faire découvrir au grand public. Il a également permi à pas mal d’instructeurs d’AMP de se faire connaître, en les accueillant au sein de son académie, en les présentant lors de grands stages, les faisant intervenir et vantant leurs aptitudes. Ce que beaucoups ignorent. J’en profite pour citer quelques noms qui ont influencé la pratique et l’enseignement de Guro Inosanto : John Lacoste, Angel Cabales, Regino Ilustrisimo, Leon Giron, Ben Largusa, Lucky Lucay Lucay, Floro Villabrille et Edgard Sulite pour les plus connus.
Au niveau international, je citerai également Ron Balicki, Rick Faye qui restent très influents sur mon parcours martial. Mais aussi Bob Breen, Jeff Espinouss, Peter Weckauef, Franz Stroeven, Rick Young, Flavio Ruiz Van Hoof, et bien d’autres.
Au niveau français, pas mal d’instructeurs commencent à émerger et le niveau monte de plus en plus. Pour ne vexer personne je ne ferai pas de liste. Je me permets juste de citer messieurs Jean-Pierre Défosse et David Delannoy qui sont mes ainés. Et je rajouterai tout de même un nom, celui de Laurent « Hit » du Modern Arnis qui, pour moi « a le meilleur bâton » en France, et un super mec sur le plan humain.

Les AMP enseignent aussi bien la boxe, la lutte et l’utilisation des armes. Dans ton enseignement donnes tu une priorité à l’un ou l’autre? Par quoi commences tu et pourquoi?

Un des atouts des AMP, c’est la diversité des styles ou écoles, et leurs richesses techniques ; donc j’ai envie de dire que chacun peut y trouver son compte.
Lorsque l’on dit pratiquer les AMP, on est sensé abordé au moins au minimum les trois secteurs de travail présents dans ta question. Sinon c’est un peu comme si je prétends partiquer les Arts Martiaux Japonais en pratiquant uniquement le Judo par exemple; il me manquerait l’aspect armes des kobudo et autres écoles, ou les percussions des divers styles de Karaté.
Nous avons la chance d’étudier ces divers secteurs au sein du Kali Inosanto et du XTMA ; comme c’est aussi le cas de diverses écoles d’ AMP comme le Kali Sikaran par exemple.
Pour revenir à ta question, il est de coutume de dire que les AMP commencent toujours l’enseignement des armes en premier pour finir par la main nue. Généralement par l' »espada y daga » afin de travailler une arme courte (le couteau) qui vous oblige à travailler les distances courtes et moyennes ; et une arme moyenne (bâton ou épée) qui vous amène sur les distances moyennes et longues. Ce secteur de travail permet alors de développer plusieurs distances à la fois et développer une des notions les plus importantes du kali : le Zoning.
Pour ce qui est de mon enseignement, je commence toujours par le travail à mains nues pour glisser vers les armes. Et ce pour une raison toute simple. Les pratiquants d’autres disciplines pensent souvent (à tord) que les AMP se limitent à « faire la majorette avec des bâtons » et ne sont pas en phase avec notre société actuelle.
Je commence donc l’apprentissage des AMP par celui du Panantukan et du Maphilindo Silat, afin de démontrer cet aspect méconnu des pratiquants d’autres disciplines, et surtout leur efficacité sur toutes les distances et avec tous types d’armes.D’abord l’aspect « boxing » afin de pouvoir développer certains attributs comme la forme de corps , la fluidité dans le geste et le déplacement, la lecture du partenaire etc. Puis viennent ensuite l’aspect manipulations de la structure et la lutte. Tout cela dans le but d’apprendre à travailler toujours en mouvement et avec l’optique du combat.
Je pars du principe que si vous avez un bon panantukan et un bon silat, vous aurez un « bon couteau » et dans la continuité, un « bon bâton ». Mais vous développerez également des capacités d’adaptation avec tous types d’objets.
De plus ça permet de toucher un public qui peut avoir des préjugés sur les AMP en général, et sur le travail avec armes en particuliers, et qui bien souvent apprend à aimer cet aspect qu’il aurait fui auparavant. J’ai quelques élèves qui sont venus s’inscrire à l’origine pour le filipino boxing et le silat, et qui sont demandeurs aujourd’hui du travail avec armes (bâton simple, double, couteau, sarong, etc.).

Je vais me permettre de te parler rapidement de guro Inosanto. Lorsqu’il a commencé à enseigner le Jeet Kune Do lors de stages au niveau international, les stagiaires venaient pour découvrir la discilpline de Bruce Lee. Guro Inosanto a eu l’idée de mettre un pourcentage infime au début, de Kali sur ces stages. Et petit à petit les gens se sont mis à pratiquer le Kali et aimer le travail des armes.

La pédagogie des AMP fait la part belle aux drills et répétitions techniques. Certains instructeurs comme Burton Richardson recommandent d’intégrer le sparring à l’enseignement. Intrégres tu le sparring à tes cours et si oui , sous quelle forme?

L’une des caractéristiques des AMP, c’est le travail des drills et des flows. Ceux-ci sont très utiles pour développer certains attributs comme la fluidité, la forme de corps, la précision, l’action dans le mouvement, la vitesse de réaction et d’exécution et pleins d’autres encore selon les exercices.
Mais le danger de ne travailler que des flows codifiés, c’est que vous allez sous développer l’un des attributs les plus importants, celui de la capacité d’adaptation. Donc l’idéal est de travailler ces exercices codifiés pour développer certains attributs, et de « décodifier » rapidement ces flows pour tendre vers le libre et glisser progressivement vers le combat. Beaucoup sont contre les flows codifiés. Mais un boxeur passe d’abord par le shadow et les gammes sur pattes d’ours avant de se lancer dans les assauts. Pourquoi en serait il autrement en kali avec les armes?
Pour ce qui est de notre école, le déroulé pédagogique d’apprentissage se décline selon sept méthodes d’entraînement :
l’abecedario / le sumbrada / mixage d’abecedario et sumbrada / carenza (shadow) / cibles et environnements variés / visualisation et méditation / combats ( à thèmes, light ou plein contact, avec diverses armes, etc.)

Sans rentrer dans l’explication de chacune de ces méthodes, toute pratique se doit d’être perçue dans l’optique du combat, qu’il soit sportif ou plus réaliste, à thèmes ou libre ; sinon le mot martial perd tout son sens. Notre but est d’être capable d’insérer certains éléments techniques dans des assauts souples pour tendre vers le combat.

Pour ce qui est du Panantukan (filipino boxing), je commence par des assauts ou seul l’un des deux partenaires attaque. Le défenseur s’efforce de placer soient des parades, gunting, soient des manipulations de la structure pour passer sur les côtés ou dans le dos, trouver le bon « zoning », le bon timing, la bonne lecture du corps, et donc géner un maximum l’assaillant. Bien sûr, dans un premier temps l’attaquant ne va pas asphyxier son partenaire. Le but étant de développer un assaut avec les spécificités du Panantukan, la vitesse des coups, les déplacements et les contres de l’assaillant sont adaptés au niveau du défenseur, et les difficultés augmentées au fil de la progression technique du partenaire.

Si les deux partent directement en assauts libres, on risque d’assister à un assaut de kick boxing ou autre boxe sportive dépourvue de tout attribut des AMP.
Idem pour les assauts aux bâtons qui doivent passer par diverses étapes pédagogiques ; sinon ce n’est plus du Kali mais une pale copie de la Canne française. Ce qui est tout aussi efficace mais sans réel rapport technique avec les AMP.

Quelles différences vois tu entre les styles philippins traditionnels et ceux développés par les immigrants philippins en Californie? Le Kali Inosanto est un peu un mélange des deux, non?

Avant de répondre à ta question, permets moi d’aborder celle-ci sous un angle plus général. Il est assez habituel de nos jours d’entendre dire que les nouveaux arts martiaux (et je ne parle pas des Budo), sports de combat et disciplines dites de « self-défense » surpassent les arts martiaux dits traditionnels.
Je ne veux pas ouvrir de débat sur ce sujet. Je pense juste que c’est simplement le reflet de notre société de consommation où tout doit être « consommable » rapidement et édulcoré pour notre monde occidental dit « civilisé », où les arts martiaux n’ont plus de martial que le nom, et doivent être des références de la maîtrise de soi et de la non violence.
Bref, tout l’inverse du guerrier qui devait sauver sa vie sur les champs de bataille. Et au passage, tous les arts martiaux ne suivent pas forcément le code du Bushido ; tout est question de lieux, de culture et d’histoire.
Je fais ce parallèle car j’entends souvent certains pratiquants ou instructeurs de « styles purement philippins » (selon leurs pensées) raconter que les AMP dit traditionnels surpasseraient ceux dit « américains », plus jeunes de création.
Donc, si diffèrence il existe, elle serait pour les AMP inversée par rapport aux Arts Martiaux en général (le plus ancien serait mieux que le plus récent).

Autant te dire qu’entendre ce genre de bêtises m’hérisse le poil.

Pour ce qui est de notre école, guro Inosanto a été formé ou influencé par 24 instructeurs dont la majorité étaient des « pensionados », des immigrants philippins passés par Hawai et la Californie principalement. Parmi eux des eskrimadors illustres comme Floro Villabrille, connu pour avoir participé à des combats au bâton, parfois à mort. Mais aussi John Lacoste qui était expert dans divers styles d’AMP, tant de styles présents dans les visayas (centre), que des systèmes de combats des Moros de Mindanao (sud). Pour ne citer qu’eux deux.
Ce que je veux dire, c’est que les bases de notre école ont été forgées par des instructeurs qui ont testé leur Kali (ou Arnis ou Eskrima) lors de duels à mort, de combats libres non sportifs ou plus simplement durant la seconde guerre mondiale. Dons si le traditionnel existe dans les AMP, l’Inosanto en fait partie.
Ensuite, il faut rappeler que les AMP ont vécu un peu la même histoire que les Arts Martiaux Brésilens dès la domination espagnole vers la fin du 15ème siècle. Ils ont survécu dans l’ombre et se limitaient à quelques castes ou villages. De plus, ils ont subi énormément d’influences au cours des diverses invasions ou dominations (espagnoles, américaines et autres.), dues à la route maritime et ses échanges (Arabo-musulmanes surtout sur la partie méridionale et chinoises au Nord).
Bref, pour moi on ne peut parler d’AMP traditionnels, comme on en parle pour les Arts Martiaux Japonais ou Chinois, de par leurs influences diverses au fil des siècles, des adaptations aux nouveaux envahisseurs et leurs types armes, leurs formations militaires, la morphologie des assaillants.
Les AMP sont donc, selon moi, des Arts Martiaux qui ont su, au fil du temps, devenir des Arts d’adaptation plutôt que des Arts figés dans des traditions. Les écoles d’AMP qui ont vu le jour au cours du 20ème siècle comme le Lameco, l’Inayan, ou l’Inosanto Lacoste ne sont que la continuité de l’enrichissement de ces arts d’adaptation.

De plus, même si guro Inosanto ou feu Mike Inay (Inayan escrima) , pour ne citer qu’eux sont américains (d’origine philippine), ça ne fait pas d’eux de moins bons kalistas que des philippins nés et vivant aux Philippines. Ca reviendrait à dire que tous les bons judokas ne peuvent être que japonais. Allez dire ça aux Teddy Riner, Anton Geesink ou Angelo Parisi. Ou encore que le ju jutsu ne peut être perçu que par les japonais ; là encore je vous laisse dire cela à la famille Gracie et aux brésiliens le pratiquant.

Tu bouges beaucoup pour donner des stages, comment vois tu l’évolution du Kali en France?

Disons que le Kali se développe pas mal depuis quelques temps sur le territoire français. Le niveau technique suit son cours de progression et pas mal de clubs ont vu le jour.
Quelques instructeurs d’autres disciplines, comme le Karaté, le Krav Maga, le silat, ou encore de self-défense, font parfois appel à mes camarades Kalistas et moi-même pour intervenir lors de stages ou échanges pour découvrir la richesse des AMP.
De plus la FFKDA, au sein de laquelle évoluent les AMP, permet de mettre en lumière nos disciplines par l’accès à certains diplômes fédéraux (DAF/DIF), professionnels(CQP,etc.), des grades officiels (qui en passant existent déjà dans certaines écoles d’Arnis, Kali, Eskrima ; je parle des systèmes de ceintures bien-sûr), des compétitions, des stages à moindre coût (3 experts philippins cette année), et l’accès au festival de Paris Bercy cette année.
J’en profite pour remercier M.Tramontini, DTN adjoint au sein de la FFKDA, qui a su déceler le potentiel de nos disciplines et a oeuvré avec Christophe Soulié au développement des AMSEA au sein de la fédération de Karaté.
Pour conclure, je dirai que ce qui fait la force des AMP est aussi sa principale faiblesse: la diversité de ses styles! Force, car chacun peut y trouver ce qu’il recherche ; et sa faiblesse car les non initiés s’y perdent un peu dans la multitude de styles ou d’écoles.
Les AMP ne feront, je pense, que grandir et se développer dans le panorama des Arts Martiaux en France car chacun peut y trouver son compte tant sur les plans de l’efficacité que de la diversité technique, que de l’aspect ludique d’apprentissage, de l’aspect combat, que de certains aspects qui leurs sont assez spécifiques et pas communs à d’autres arts martiaux. Le tout est de trouver le style, l’instructeur et l’ambiance du club qui vous correspondra.

Quels sont tes futurs projets pour le développement du Kali et où te trouver pour assister à tes cours?

Mes priorités, actuellement, sont de développer notre nouvelle section de Montgeron (91) qui s’est ouverte la saison dernière et rattachée aux autres sections AFAMSEA de Paris et St Maur. Constituer un bon petit groupe, tant sur le plan humain que technique, afin d’envisager quelques démonstrations sur divers évènements et promouvoir les AMP. Mais aussi et surtout former des Kalistas qui souhaitent à l’avenir enseigner le Kali, car le but premier étant de promouvoir, il faut former de futurs instructeurs qui en formeront d’autres à leur tour. Bien sûr ça prend du temps car on ne devient pas instructeur du jour au lendemain!
Sinon je continue de bouger partout où l’on me demande de venir partager ma passion des AMP, comme chez toi au sein de l’ A.D.D.A.M sur Auzeville-Tolosan. Je commence également à proposer de nous rejoindre lors de journée de training sur Montgeron, qui se déroulent tous les deux mois en moyenne et gratuitement pour les licenciés FFKDA, pour permettre à qui veut de découvrir les AMP et partager ensemble nos passions communes des Arts Martiaux.

Pour venir nous voir, les copains de l’AFAMSEA Montgeron et moi-même, vous nous trouverez à l’adresse suivante : Gymnase du COSEC

avenue Charles de Gaulle

91230 Montgeron.

tous les mercredi soir et samedi matin.

ou me contacter au 0662663768 ou :

fanpourre@yahoo.fr

ou sur notre page facebook : kaliMontgeron

Merci pour l’interview!

Merci à toi Yvan!

Stéphane en action:

http://www.youtube.com/watch?v=_UquRPRzPSo&feature=share

Interview de Sébastien Thiery, instructeur français de Muay Chaiya

 

 

Aujourd’hui j’ai le plaisir d’interviewer Sébastien Thiery, un des rares français à avoir pu pratiquer le Muay Chaiya, un style traditionnel de muay thai, également instructeur dans ce style.

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Kru Lek,  chef de file du Muay Chaiya avec Sébastien Thiery après la cérémonie d’acceptation en tant qu’élève

 

Bonjour Sébastien et merci d’avoir accepté de répondre à cette interview.

Bonjour Yvan, merci à toi pour cette interview.

Tout d’abord, peux-tu te présenter et nous parler de ton parcours?

Sébastien Thiery, 34 ans, j’ai débuté les arts martiaux et les sports de combat par le full contact et la savate pendant 2 ans puis après une pause dûe à la fermeture du club, j’ai commencé le Jun Fan Gung Fu (Jeet Kune Do concept), le Kali eskrima (style Inosanto) et le Maphilindo Silat pendant 4 ans avec des pauses entre deux car j’avais déjà la boujotte à l’époque.  J’ai découvert le Muay Chaiya en faisant des recherches sur les arts martiaux traditionnels Thaïlandais Passant beaucoup de mon temps en Thaïlande je me suis mis à la recherche d’une école et  j’ai trouvé Baan Chang Thai , l’école de Kru Lek à Bangkok.

Tu pratiques le muay chaiya, qu’est ce qui t’as attiré dans cette discipline?

Ce qui m’a attiré c’est d’abord que c’était un style traditionnel et non pas sportif. Ce qui correspondait plus à ce que je recherchais car j’ai aussi pratique un peu le Muay Thai sportif quand j’étais là-bas mais je n’étais pas satisfait mis à part pour le côté physique et cardio. Dans le Muay Chaiya, J’ai trouvé l’approche du combat très intéressante et les techniques originales et vicieuses… Un style très riche, rempli de petits détails.

Peux-tu nous dire d’où vient cette boxe?

Cette boxe vient bien sûr de Thaïlande, mais plus précisément de la ville de Chaiya dans la province de Surathanie dans le sud de la Thaïlande.

Quelles sont les différences avec la boxe thai sportive?

C’est une forme traditionnelle, elle n’a pas été créée pour la compétition sur un Ring. Ensuite je lui trouve, ainsi que beaucoup de pratiquants d’arts martiaux Chinois qui ont eu l’opportunité de découvrir ou de pratiquer ce style, beaucoup de points communs avec des styles traditionnels Chinois. Par exemple, grande utilisation des coudes xingyi et zui quan (Boxe de l’homme ivre), déplacements en triangle sur les côtés et déplacements enroulés d’homme ivre sur attaque frontale, de biais saisi de jambe balayages… D’autre voient aussi des similitudes avec le Tang Lang, c’est ce que j’ai pu glaner en discutant avec les pratiquants de Gung Fu que j’ai croisé. On m’a cité aussi le Hung Gar et le Wing chun.  Pour ma part j’ai pu faire le parallèle avec le travail des armes, étant aussi pratiquant d’arts martiaux Philippins, l’Arnis m’a permis de comprendre pas mal de concept du Muay Chaiya au niveau des déplacements et de l’origine des techniques qui viennent de la pratique des armes.

Ce style utilise beaucoup les coudes pour la défense et l’attaque. On l’appelle aussi le style du Durian. Le durian est un fruit avec de grosses épines si bien que l’on doit le prendre avec des gants pour ne pas se blesser. Le Muay Chaiya reprend un peu ce principe. La garde et le système défensif est tel que l’on ne sait pas ou attaquer sans se blesser ou venir s’empaler sur les pointes du corps. Les coudes et les genoux servent à bloquer et utilisent la force de l’adversaire pour s’en servir contre lui (vous voyez quand je vous dit qu’il y a de la chinoiserie de ce style 🙂 ). Donc on reproduit le système du durian ou du hérisson,  qui est plus familier dans nos contrées, mais l’idée est la même quand il est en boule on ne sait pas comment le prendre sans se piquer.

Quels sont les principes pédagogiques de cette boxe? A quoi ressemble un entrainement classique?

Nous avons dix exercices fondamentaux, le Yaang Saam Kum qui est le souffle du Muay Chaiya comme aime le dire Kru Lek. C’est en fait le footwork. On pratique des combinaisons que l’on pourrait comparer à des Katas, du travail au sac, Top Hue qui est un exercice pour pratiquer la défense et du sparring bien sûr. Nous avons une multitude d’exercices rien que pour pratiquer la défense qui est le point fort de cette boxe. On passe beaucoup de temps sur la défense avant d’apprendre l’attaque et la contre-attaque.

Le cours se déroule toujours de la même manière : on commence toujours par les 10 fondamentaux, des exercices qui ont pour fonction de préparer le corps, la garde, les mouvements fondamentaux. Ça se décompose en 10 exercices de 3 min. Nous faisons les 6 premiers puis un petit break puis on enchaîne sur les 4 derniers. Les exercices sont bien sûr de plus en plus durs et de plus en plus physiques. Ensuite nous pratiquons le Yaang Saam Kum  (the three treasure steps) qui sont tous les déplacements du Muay Chaiya. Ils travaillent bien sur l’équilibre car nous avons des positions sur une jambe, il y a donc beaucoup d’exercices douloureux pour travailler nos appuis et les rendre solides. On enchaîne ensuite sur les enchaînements techniques qui pourraient s’apparenter à des katas. Ils nous apprennent à lier les techniques entre elles pour que cela devienne instinctif et que tout s’enchaîne naturellement. Pour ceux qui sont dans le groupe avancé avec Kru Lek ils finissent ensuite sur les déplacements, mais ceux-là diffèrent du début. Au début on travaille par série, là Kru Lek dit un déplacement et on exécute. Ils sont dans le désordre dans toute les directions, il faut donc retenir toutes les terminologies et surtout être réactif. Parfois il donne 3 ou 4 déplacements d’affilé et on doit s’exécuter. On finit toujours sur la position Sua Laak Hang (le tigre qui traine la queue) une position très basse qui est la position de base pour le Luk Mai (contre-attaque) du même nom. Pareil, on va d’avant en arrière, à droite à gauche, on se retourne mais toujours rester dans cette position qui fait très mal aux cuisses, croyez moi.

Ensuite après une petite pause en général, d’une semaine à l’autre on fait des roulements sur la fin de l’entraînement, une semaine nous clôturons l’entraînement avec l’exercice qu’on appelle Top Hue (claquer les oreilles 🙂 ) nous divisons les élèves en 2 et faisons 2 lignes et ils se font face. C’est un exercice pour travailler les réflexes et la défense. Pendant 1min30 un côté va attaquer pendant que l’autre doit défendre. Le but pour celui qui attaque est de toucher les oreilles de son partenaire. On commence doucement mais ensuite on peut feinter, accélérer le plus possible  pour arriver à le surprendre. Celui qui défend ne doit pas laisser l’autre lui toucher le visage, la tête ou les oreilles. Dans une forme plus avancé de  cet exercice on varie la hauteur des attaques et le type d’attaque. Ensuite on change les rôles celui qui attaquait défend et vice versa puis la ligne extérieure se décale pour pratiquer avec le partenaire d’à côté ce qui permet à tout le monde de pratiquer avec tout le monde.

Seconde possibilité nous faisons des groupes un attaquant va avoir un groupe de 2 ou 3 partenaires qui travailleront avec lui à tour de rôle. Encore une fois l’attaquant pour toucher son partenaire. Là toutes les techniques sont permises mais on travaille en souplesse et pas en puissance. Cela permet à l’attaquant de travailler ses combinaisons et ses feintes tandis que ses partenaires, eux ne peuvent que défendre puisqu’ils n’ont pas le droit ni d’attaquer, ni de contre attaquer. Ceci permet de se retrouver parfois en stress car on ne peut que bloquer, ce qui est très frustrant quand les coups pleuvent de partout et sous tous les angles. On travaille le mental, à ne pas craindre les coups, à avancer plutôt que reculer. En effet, en Muay Chaiya on veut rentrer, on casse la distance, c’est une boxe très rapprochée ou on cherche le contact. On  applique les mouvements de défense associes aux déplacements. C’est très frustrant comme exercice, mais très intéressant.

Dernière variante, Les Luk Mai (contre-attaque) Kru Lek nous montre quelques Luk Mai puis des groupes sont constitues et se voient attribuer un panel de Luk Mai à pratiquer selon les degrés d’avancement de l’élève. Il pratiquera donc des techniques avancées ou plus simples. Souvent après que le cours soit fini, l’école reste ouverte et nous restons une ou deux heures de plus pour continuer à s’entraîner, sparrer, faire un peu de fitness. Les cours collectif finissent à 19h mais il n’est pas rare qu’il y ait du monde jusqu’à 22h-22h30 qui continue à s’entraîner.

Quels sont tes pratiquants et instructeurs références dans ces disciplines?

Bien sur mon maître Kru Lek et ses maîtres avant lui. Pramajarn Kaet Sriyapai qui était reconnu comme le plus grand maître de Muay Chaiya. Son père était le gouverneur de la Ville de Chaiya qui avait lui-même appris de Por Tan Mar le fondateur du style. Pramajarn Kaet a étudié auprès de 13 maîtres de muay différents dont Ajarn Kimseng qui était un très grand du Muay.  Ensuite il y a Kru Thong Lor Yalae qui était aussi un élève de Pramajarn Kaet Sriyapai. C’était un grand combattant il a fait plus de 200 combats en utilisant le Muay Chaiya il fut le second maître de Kru Lek. Il est mort en 1996 et c’est à ce moment que Kru Lek commença à transmettre ce qu’il avait appris. Ensuite il y a Tae l’élève sénior de Kru Lek c’est incroyable de le regarder sparrer, la fluidité la rapidité et la précision de ces mouvements, et c’est très douloureux de sparrer avec lui ! Il y a aussi Kru Nathan Brown qui était aussi un de mes instructeurs à Baan Chang Thai durant mes 4 années à Bangkok et un ami. Pour finir j’aurais toujours une pensée spéciale pour Kru Aof un des assistant de Kru Lek qui nous a quitté l’année dernière, c’était une personne incroyable, toujours prêt à aider dans notre pratique, à sparrer et il était aussi un ami.

Est-ce que cette boxe se développe bien au niveau mondial?

Kru Nathan Brown y travaille. C’est son projet. C’est pour cela qu’il est revenu en UK pour créer une Fédération internationale et organiser tout cela afin de former des instructeurs compétents avec un suivi et une transparence dans leur apprentissage, le niveau qu’ils sont habilités à enseigner etc…

Donnes-tu des cours actuellement ou comptes tu en donner?

Kru Lek m’a habilité à enseigner, j’assistais déjà Kru Lek quand j’étais à Bangkok pour l’aider à enseigner vu le nombre grandissant d’élèves qui viennent dans son école, surtout des étrangers. Avoir des assistants Francophones et Anglophones est d’une grande aide donc oui je compte donner des cours si des gens sont intéressés.

Quels sont tes futurs projets pour le développement du muay chaiya?

Aider comme je peux pour populariser ce style et le transmettre ce qui il m’a été transmis et surtout retourner en Thaïlande auprès de Kru Lek continuer mon apprentissage qui est loin d’être terminé.

Où te trouver pour pratiquer cette discipline?

Pour le moment je suis à Louviers en Haute Normandie entre Evreux et Rouen.

Merci beaucoup Sébastien d’avoir pris le temps de repondre a mes questions, je te souhaite bonne chance pour le développement du muay chaiya et nous nous tiendrons au courant de ton actualite !

Merci et à bientôt!

PS: une vidéo de Kru Lek pratiquant le muay chaiya

http://www.youtube.com/watch?v=qZ-V3p6Waa4

Et ici le site du muay chaiya de Nathan Brown, le plus haut gradé européen avec un instructional en ligne que je reviewerai prochainement:

http://www.muaychaiya.co.uk/

Et pour contacter Sébastien: sebastien_thiery@hotmail.fr

The little black book of violence: what every young man needs to know about fighting

http://ecx.images-amazon.com/images/I/511jn1CqqqL.jpg

Aujourd’hui je vais présenter un livre sur la protection personnelle venu des USA: « The little black book of violence« 

  • Présentation générale

Ce livre a été écrit par Lawrence Kane et Kris Wilder, deux pratiquants et  enseignants d’arts martiaux japonais qui se sont ensuite intéressés à la protection personnelle. Il a également été préfacé par le sergent Rory Miller et Marc « the animal » McYoung, deux références en protection personnelle aux USA. 

The little black book of violence est un livre de protection personnelle dont le principal objectif est d’écoeurer le lecteur  afin qu’il ne cherche en aucun cas à jouer les héros pendant une agression. Il s’adresse aux jeunes hommes entre 18 et 35 ans qui sont selon les statistiques les plus impliqués dans les agressions violentes. Les conseils donnés sont un mélange de bon sens et de retour d’expérience de différents acteurs confrontés régulièrement à la violence.

Le livre est construit de la manière dont je pense que n’importe quel livre traitant de la protection personnelle devrait l’être: en trois parties. La première partie sur la prévention des agressions, la seconde sur l’agression physique et la troisième sur les conséquences de l’agression.

  • Première partie: prévention de l’agression

La première partie reprend toutes les bases de la prévention. Toutefois, tout ce qui concerne le domaine de la préparation, comme les EDC (every day carry) ne sont pas traités. Néanmoins, je ne trouve pas que cela manque réellement… Les auteurs traitent donc des notions de vigilance, la notion de zone de confort et de langage non verbal servant à la marquer, le concept de désescalade, la prise de conscience que la situation  peut empirer et l’analyse de l’agresseur pour chercher d’éventuels signes de port d’armes. Les auteurs insistent lourdement sur le fait que fuir quitte à laisser l’ego en prendre un gros coup est la meilleure solution.

 Bien que pour la plupart des aspects pris en compte on soit dans du « classique », certaines astuces et l’écriture sous forme d’une « to-do list » fait de cette partie une bonne référence de la phase de prévention d’une agression. Il y a des petits exercices proposés tout au long de cette partie, en particulier sur la prise de conscience des états de vigilance ou la compréhension des notions de zone de confort et d’occupation territoriales qui sont très intéressants.

  • Deuxième partie: gestion de l’agression physique

La seconde partie traite du combat physique à proprement parler. Elle se découpe en deux sous-parties. La première traite des règles du combat au regard de la loi. En d’autres termes, problèmes de proportionnalité et de la subjectivité des témoins en termes de proportionalité de l’action (exemple du chapitre ne jamais frapper une femme qui vous agresse à moins qu’elle soit armée…). A noter que ce livre a été écrit par des américains et s’adresse à des américains. La loi n’est pas la même. Néanmoins, je trouve que les conseils donnés s’appliquent généralement bien à la législation française (d’ailleurs si une bonne âme voulait bien écrire un livre sur ce sujet, ça manque pas mal…).  La seconde partie traite de stratégies et de techniques de combat pour rester en vie. Là encore du classique mais bien découpé d’un point de vue écriture et surtout quasiment exhaustif sur les points importants dans ce cadre. Je citerai juste quelques uns de ces points: utiliser les mêmes « trucs » simples tant qu’ils marchent, éviter le sol, faire attention aux copains et savoir qu’on va être blessé. Là encore des anecdotes et quelques exercices sont proposés pour travailler cela.

Point amusant, comme je l’ai dit plus tôt, les auteurs sont issus des arts martiaux traditionnels. Ils proposent donc des solutions techniques issues de ces disciplines et les présentent en gi… C’est juste anecdotique parce que cette partie technique, comme souvent dans les livres d’arts martiaux ou protection personnelle est la moins intéressante. A l’heure des dvds, apprendre une technique en image est un peu dépassé je pense. Enfin, c’est presque une tradition de mettre quelques techniques en images dans ce type de livre…

  • Troisième partie: les conséquences

La troisième partie traite donc des conséquences.  Elle commence par un récapitulatif des choses à faire après un combat. Appeler les secours, chercher ses propres blessures, porter secours à l’agresseur éventuellement, témoigner en restant factuel et ne pas insulter l’agresseur après coup. Une attention particulière est également portée sur l’impact psychologique après une agression. J’ai beaucoup aimé le conseil de ne pas exagérer sous le coup de l’émotion durant la déposition sous peine de risquer d’être décrédibilisé pendant un procès.

Là encore, une liste classique plutôt exhaustive. Le point soulevé sur le fait que ce livre parle à un public américain se refait sentir puisque l’interaction avec les représentants de la Loi est encore une fois décrite et diffère selon les pays.

Impressions générales

 

Mon avis général: sans être une révolution dans le monde de la protection personnelle, ce livre a le mérite de récapituler tous les points importants à respecter quand on s’intéresse à ce domaine. Les auteurs ainsi que les différents intervenants qui ont préfacé et post-facé ce livre veulent faire rentrer en force le message que la violence doit être évitée à tout prix. Ce livre se base beaucoup sur des anecdotes très parlantes sur les différentes phases de la protection personnelle. Le style, pour moi, est un peu trop anxiogène et à l’américaine mais bon c’est adapté au message et sert à calmer d’éventuels cerveaux trop testeronés…

Le seul point négatif que l’on retrouve beaucoup dans ce style de livre est de savoir comment s’entrainer à ça. Quelques bons exercices sont proposés mais peut-être pas assez. Toutefois, ce problème sera en partie résolu dans le prochain livre de Rory Miller, que je reviewrai ici aussi.

Concernant le style, il est relativement accessible sans grosses notions d’anglais. Les auteurs se sont également amusés à citer à chaque chapitre de ce livre une phrase tiré de l’art de la guerre et du livre des cinq roues pour montrer que même il y a des siècles, les principes pour se tirer d’une agression étaient les mêmes.

En conclusion

 

En bref, je recommande chaudement ce livre pour son caractère généraliste et parce qu’il reprend tout ce qui est important dans la gestion d’une agression en protection personnelle.

Vous pouvez vous le procurez sur Amazon en suivant les liens suivants:

Version Kindle:

The Little Black Book of Violence: What Every Young Man Needs to Know About Fighting

Version papier:

The Little Black Book of Violence: What Every Young Man Needs to Know about Fighting by Lawrence A. Kane, Kris Wilder Published by YMAA Publication Center (2009)

 

Laissez moi votre avis si vous l’avez lu et à bientôt pour la revue du livre de Rory Miller: Drills: training for sudden violence.