Le systema, cet OVNI martial

Qu’est-ce que le systema?

Un art martial d’origine russe, popularisé par Vladimir Vasiliev et Mikhail Ryabko en occident. Dans l’univers des arts martiaux et sur le net, c’est une discipline qui déclenche systématiquement de trèèès longues discussions. Il m’a été fait la remarque que c’est certainement le ratio inverse le plus important entre discussions générées par rapport au nombre de pratiquants…

Pourquoi?

Parce que c’est une discipline difficile à cerner, à fixer dans un cadre, et même lorsque des pratiquants cherchent à le définir et le défendre, ils se retrouvent toujours dans des situations inconfortables parce que rien n’est jamais absolu dans ces définitions. Est-ce un art martial? oui mais… Est-ce une discipline de santé? Ah oui mais pas que… C’est du développement personnel non? c’est possible oui… C’est pas efficace en combat ce truc non? Si, si, ça peut… Bref…

Je ne parlerais ici que du systema Vasiliev/ Ryabko, les autres styles n’étant pas vraiment différents dans la définition des autres arts martiaux que l’on peut voir ailleurs.

Les quatres piliers du systema

Respiration, structure, relâchement et mobilité. Dans cet ordre en ce qui me concerne. Ce sont les quatre piliers du systema Ryabko/ Vasiliev. Les quatre principes qui doivent être appliqués à tout moment et en toutes circonstances lorsque l’on pratique la discipline. Tant que ces principes sont en place, on fait du systema, ce qui laisse au pratiquant une liberté qui peut s’avérer parfois étourdissante dans son apprentissage et rend peu lisible pour un oeil extérieur les aboutissants de la pratique.

C’est ici que se situe le noeud du problème. Beaucoup de pratiques corporelles utilisent ces quatre piliers. Du coup, la pratique du systema peut être la pratique du mouvement en général, le 400 mètres , la danse, le chant, le combat bien sûr et pourquoi pas le basket ball… Si on étend ces quatres piliers à l’esprit, puisque nulle part en systema il n’est précisé que cela ne concerne que le corps (et peut être qu’il y a une raison), on peut étendre ces principes à des pratiques psychologiques ou spirituelles… Comme on peut le voir, ce qui peut être inclus dans le systema est vaste. Alors est-ce que dire que le systema est la pratique de ces piliers appliqués au combat et à la protection personnelle? Parce qu’il est vrai que 80% du temps de pratique est passé à combattre et apprendre à combattre.

Mais ce serait trop simple. Le systema Vasiliev/ Ryabko est appelé poznai sebia, ou connais toi  toi même. Le combat n’est pas au centre de la définition du système. Dans ce cas, est-ce que le combat n’est pas juste un support, ou plutôt un outil pour travailler à l’intégration de ces quatres principes en toutes situations? En effet, la difficulté d’intégrer ces principes aussi bien  physiquement que mentalement est peu aisé. Les intégrer dans l’un ou l’autre est déjà compliqué, et certaines disciplines s’y attellent comme la gymnastique ou la sophrologie. Le soucis, c’est qu’un gymnaste pourrait perdre 90% de ses moyens à cause du stress tandis qu’un sophrologue peut perdre toute sa zen attitude lors d’une situation stressante hors de son temps et cadre de pratique. Pourquoi? Parce que la pratique se fait dans un cadre prévisible, calme et contrôlé. Le travail se fait sur le corps ou l’esprit sur le long terme, doucement. Cela ne veut pas dire que c’est simple mais seulement que l’on développe des qualités et des capacités toujours dans le même cadre. Du coup la transposition de ces capacités hors cadre peut s’avérer difficile quand survient l’imprévu.

Là où le systema est différent, c’est qu’il va cherche à développer ces qualités dans un cadre constamment stressant, imprévisible et en mouvement. Ce contexte de travail permet ainsi d’ancrer les piliers dans le chaos, qui est le propre de la vie en général. Deux outils principaux sont utilisés pour générer le stress dans lequel on travaille en systema: la privation d’air et le travail du combat (qui inclut la douleur, la peur et bien sûr l’opposition). Le côté intéressant de cette approche est le côté auto-régulation du système. En effet, tout le travail du systema se fait sous stress pour apprendre à le gérer. Lorsque ce stress est bien géré, alors il faut augmenter l’intensité d’utilisation de l’outil pour monter le seuil et rendre à nouveau l’exercice intéressant. Or, pour le combat, si l’outil n’est pas performant, on ne peut plus progresser en systema puisqu’on travaillera toujours en zone de confort. Du coup, il faut constamment augmenter ses capacités de combat, pour pouvoir tout le temps travailler sur la gestion de soi et de ses émotions. Sans cela, on va simplement donner l’impression d’avoir un corps et un mental stable dans un contexte de travail confortable, mais cela s’effondrera dès que le stress deviendra trop important, ce qui revient à retomber dans les travers d’autres pratiques.  Ainsi, on peut dire que le combat est l’outil qui va permettre de se développer en améliorant la compréhension et la connaissance de soi, mais aussi des gens autours via l’amélioration constante de ces quatre piliers.

Le combat en tant qu’outil de rapport à soi et à l’autre

Le combat est donc l’outil central. Toutefois, en tant qu’outil, il doit être adaptable à la situation et à la recherche d’effet. Lorsqu’on va parler de combat, on ne va pas nécessairement le définir comme un combat total. On va utiliser toutes les variations possibles du combat pour travailler des aspects bien particuliers. Cela inclut des formes de mains collantes, du combat au sol, de la lutte classique ou en déplacement pur, des formes de boxe, combat au couteau ou au baton, seul ou en groupe et même le tir (arc ou armes à feu). Toutes ces variations amènent leurs propres spécificités pour travailler sur ces piliers. Idem pour le choix de la vitesse. Une vitesse lente sera faite pour travailler l’écoute interne de son corps et de celui du partenaire, moyenne le déplacement et l’inertie, pleine vitesse le stress (par exemple). Là aussi, ceci conduit à des incompréhensions. Typiquement un exercice ou deux personnes tiennent un bâton et d’un coup l’un tombe. Ceci n’est pas un travail de combat au bâton, c’est juste un travail ou un partenaire envoie de façon fine des directions de forces et ou l’autre partenaire cherche à relâcher les tensions causées par ces forces conduisant inexorablement à la chute. Bien évidemment, ce n’est pas un applicatif comme sur cette vidéo par exemple:

Ryabko travail au baton

Néanmoins, cela reste un outil intéressant pour le travail de la posture et du relâchement. Ainsi, l’esprit des exercices proposés en systema s’approche de cela. Konstantin Komarov, au cours d’un séminaire nous a dit que pour lui, quelqu’un qui veut vraiment faire du systema pour se battre dans un cadre « rue » peut s’en sortir avec  seulement une dizaine d’exercices différents pratiqués pendant six mois. on est loin du corpus d’exercices proposés en systema…

 

En conclusion

Finalement, le systema une fois ces principes et cette méthodologie respectée, va devenir ce que chacun veut y chercher. Pour certains, ça va être le combat, pour d’autres, la santé, pour d’autres, la vie dans la nature, d’autres, la gestion du stress… Le systema est une discipline pleinement polyvalente et les pointures du système ne s’y trompent pas, ils commencent à chercher à sortir cette méthode du domaine des arts martiaux pour l’amener vers l’éducation, la préparation physique ou le soin, là où l’image sera peut être moins importante que le fond.

 

Et pour vous, le systema c’est quoi alors?

 

A bientôt

 

Yvan

La différence entre un principe et une technique…

Bonjour à tous,

aujourd’hui, un petit billet sur la différence entre un principe et une technique. Pourquoi? Parce que comprendre cette différence est nécessaire pour bien enseigner mais aussi bien apprendre!

 

L’importance de différencier clairement le principe de la technique

Je vais donc d’abord définir ces deux éléments dans le cadre dans lequel je vais les utiliser, à savoir les arts martiaux au sens large.

Un principe est une règle définissant un phénomène dans un domaine d’étude. Dans notre cadre, ça peut donc être appliqué à la mécanique du mouvement voir se confondre avec une stratégie d’école.

Une technique est un mouvement ou une série de mouvement applicable dans une situation donnée. La technique permet d’apporter en théorie une réponse à cette situation.

Exemple: L’esquive.

L’esquive est le nom d’un principe qui consiste à ne plus se trouver dans la trajectoire d’une frappe sans toutefois influer sur elle.

Un retrait de buste en boxe est une esquive. Cependant le retrait de buste ne s’applique et n’est utile que dans le cas où la frappe s’arrête là où était le buste avant de l’enlever et où la jambe avant n’a pas de risque d’être touchée. C’est donc une technique qui est utilisée dans ce cadre précis parce qu’elle est optimisée pour ce cadre. Exemple, sur un uppercut ou un coup de poing marteau, on vient retirer le buste pour sortir de la trajectoire.  Cette technique est alors dans ce cadre un applicatif du principe d’esquive.

Gardons l’exemple du retrait de buste de boxe, mais cette  fois mettons le dans un contexte totalement inadapté, par exemple un combat au sabre ou la machette. Si le même mouvement est effectué par l’attaquant, une attaque qui va de bas en haut avec un angle à 45° ou de haut en bas avec un angle de 45°C et que le défenseur retire son buste, certes le buste n’est pas touché mais la jambe oui à cause du fait que la jambe avant reste sur place lors du retrait de buste. Donc, la technique n’est pas adaptée à ce contexte. Pourquoi? Parce qu’elle ne respecte plus le principe de l’esquive qui est de sortir de la trajectoire de l’attaque.

Un instructeur de kali a dit un jour lors d’un stage que pour chaque technique il y a un moment, un contexte et une personne sur qui l’appliquer. Si un de ces éléments n’est pas là, la technique ne marche pas. C’est totalement vrai. Pourquoi? Parce que si on change le cadre, ce n’est plus le même principe qui doit être appliqué donc la technique choisie qui s’appuie sur un principe donné ne « marche » plus! Un exemple idiot qui illustre bien cela. En judo (ou en lutte en général), on va créer un déséquilibre pour faire tomber le partenaire. Le déséquilibre s’appuie sur un principe qui repose sur le fait que si on sort quelqu’un de ses appuis, il tombe. Prenons Osoto-gari. Le déséquilibre se fait en mettant l’ensemble du poids du partenaire sur une seule de ses jambes. Ceci fait que si l’on fauche cette jambe, et bien le partenaire tombe. Prenez n’importe quelle technique qui repose sur ce principe de faucher l’appui qui porte l’ensemble de la structure et vous obtenez le même résultat. Bien. Mettons les deux partenaires dans l’eau immergé jusqu’aux épaules. Appliquons les mêmes techniques. Evidement ça ne marchera plus. Pourquoi? parce que l’eau va donner des appuis partout, donc on ne peut plus utiliser le principe de localiser tout le poids sur un seul appui.

 

Comment exploiter cette compréhension à l’entrainement?

Une erreur commune chez les pratiquants d’arts martiaux (en particulier les débutants mais malheureusement parfois aussi chez des pratiquants de longues dates) est de chercher l’accumulation de techniques. C’est pour moi une erreur. Il faut au contraire chercher les dénominateurs communs de toutes ces techniques, les principes.

C’est aussi de la responsabilité de l’instructeur! Pédagogiquement, la technique doit être une illustration d’un principe. Et cette illustration doit être explicite! Il me semble qu’un professeur devrait toujours donner le principe sur lequel la technique se repose, PUIS le cadre d’application de la technique, PUIS la présentation de la technique elle-même et ENFIN les détails technique qui font que cette technique est une optimisation de l’application du principe qu’elle sous tend dans le cadre donné ou autrement dit, pourquoi ça marche, pourquoi c’est « efficace ».

Par conséquent, si on ne vous donne pas ces informations, cherchez les. Trouvez le dénominateur commun entre toutes les techniques qu’on vous montre dans une situation donnée. Normalement, si l’école est correcte, toutes ses techniques obéissent à des principes communs. Une fois ces principes identifiés, il est plus facile de s’affranchir de la mémorisation technique pour se concentrer sur le principe et l’exécuter comme bon vous semble.

Parfois, cette multiplication de techniques peut aussi être pour des raisons ludiques, pour amuser les étudiants en leur faisant faire toujours la même chose mais en donnant l’impression que c’est différent. Ce n’est pas un problème, mais il faut que tout le monde en ait conscience.

 

Et vous qu’en pensez-vous?

 

 

Strikes-Soul meets the body par Vladimir Vasiliev et Scott Meredith, ma review

Bonjour à tous,

Aujourd’hui, je vais vous parler de la bonne surprise du mois, le livre Strikes- Soul meets the body du co-fondateur du systema moderne, Vladimir Vasiliev accompagné de Scott Meredith.

STRIKES: Soul Meets Body

Ce livre est sorti le mois dernier et je dois avouer que normalement, je ne l’aurais certainement pas pris ou du moins, pas aussi vite. Pourquoi? Parce que déjà, un livre sur une thématique comme la frappe me semblait aussi pertinent qu’un bouquin pour apprendre à faire du vélo ou à nager. Ce sont des choses qui ne s’apprennent que par la pratique pour moi. Ensuite, ayant vu plusieurs DVDs et assisté à des séminaires de Vladimir, autant l’homme m’a toujours impressionné, autant je trouvais la pédagogie pour le moins soft (ce qui m’a fait m’intéresser énormément à la méthode de Konstantin Komarov). Enfin, ayant lu le premier livre « Let everything breath », par le même auteur, je me suis dit que c’est sympa pour découvrir le systema, mais au final, le contenu, on le pratique déjà. Bref…

Or, il y a moins de deux mois, j’invitais Arend Dubbelboer pour un stage et lors d’une conversation, il me dit que Vladimir sort un nouveau livre, que Kwan Lee a eu l’occasion de lire le draft il y a quelques temps et lui a dit que ce livre était réellement excellent. Après discussion, Arend a piqué ma curiosité et quand j’ai reçu le message de Toronto disant que le bouquin était disponible, je l’ai commandé. Moins d’une semaine plus tard (impressionnant pour un envoi d’outre-atlantique), je l’avais en main et 2 jours après, je l’avais lu. Mon verdict? Ce bouquin est simplement excellent.

Strikes est le support idéal pour comprendre ce qu’est le systema Vasiliev

 

C’est tout d’abord cela qui frappe (sans mauvais jeu de mots)  à la lecture du livre. Oui le thème est sur comment frapper, oui il donne des tas d’exercices plus ou moins connus pour améliorer la frappe (l’exercice du gant est particulièrement amusant je trouve) mais surtout, il explique pourquoi frapper. Il explicite en quoi le travail de frappe est un travail sur soi et comment frapper et recevoir un coup de poing va permettre d’apprendre à se connaitre soi-même. Et c’est là que ce bouquin prend tout son intérêt. Bien plus que let everything breath, Strikes connecte directement un travail à priori sur le combat à un travail sur le mental et l’émotionnel. C’est ce que présente la première partie de ce livre comprenant les chapitres 2 et 3.  Ces deux chapitres montrent l’importance de contrôler son émotionnel par la respiration pour recevoir la frappe entrainant le relachement. Mais il montre également que ce travail de relachement permet de libérer le mental pour devenir froid, ou plutot, mentalement non impliqué ou non parasité par ses émotions ou les émotions de l’autre. Ce qui en retour permet d’améliorer la frappe. Un focus important est mis sur la connection entre le mouvement et la peur. Vladimir explique à quel point la peur parasite le mouvement et comment faire en sorte de la faire partir. Ces chapitres sont à lire très attentivement puisque tout les principes du systema sont là dedans et sont explicités et illustrés. De plus, les anecdotes de Scott Meredith éclaire avantageusement le discours et rendent la lecture agréable.

 

Une méthodologie pour améliorer sa frappe et la rendre efficiente 

 

Cette partie est le coeur du livre. J’ai été surpris de voir l’effort méthodologique qui a été fait. En effet, c’est réellement une progression qui est décrite pour apprendre à frapper selon la méthode systema. Tout un panel d’exercices pour comprendre comment la frappe va fonctionner, comment développer les outils, comment choisir les cibles en fonction de l’effet recherché. Puis vient le travail de réception et d’envoi de la frappe. Enfin, cette partie se termine sur l’utilisation fine de la frappe. Alors bien sûr, n’importe quel cours correct de systema propose le gros de ces exercices. Par contre, la vraie plus-value ici est l’explication à plusieurs niveaux du pourquoi de ces exercices en fonction de ce qu’on recherche.

La dernière partie réintègre l’importance de travailler sur les émotions via le travail de frappes

 

Enfin, en guise de conclusion, le livre revient sur l’importance de ce travail pour dépasser la peur, la vanité, l’ego… Bref le mental. Cette partie est courte mais vraiment pertinente. C’est ici que l’on voit que le systema amène au delà du combat pour travailler directement sur soi. Néanmoins, l’ensemble du livre montre bien que cette phase de combat est nécessaire pour développer les outils indispensables pour faire ce travail sur le développement personnel au risque de rester superficiel.

En conclusion

 

C’est peut être une spécificité française, mais de mon point de vue, Vladimir et Ryabko sont de plus en plus attaqués et critiqués dans le milieu du systema. De nouvelles tendances émergent profitant du travail qu’ils ont effectués pour créer une communauté systema et essaient de s’imposer par la critique du modèle précédent pour gratter quelques parts de marché (pas assez réalistes, inefficaces, pour les civils…). Ici, Vladimir sort un document montrant clairement qu’en plus d’être vraiment au dessus du lot par rapport à tous les émergents, il a réellement une compréhension profonde de ce qu’il fait. Cela montre également que lorsque l’enseignement du systema est structuré (peut être grâce aussi à Scott Meredith), il devient particulièrement limpide, ce que montre également Konstantin Komarov. Enfin, un truc qui semble être oublié, ce livre montre tout de même la masse d’heures de travail que cette discipline demande et qui est certainement une des raisons principales de la frustration qui amène à la critique de la discipline.

Pour terminer, je ne peux que recommander ce livre qui avec celui de Konstantin est réellement utile à n’importe quel pratiquant de systema désirant progresser et comprendre ce qu’il fait.

 

Le livre est disponible sur le site de Vladimir Vasiliev:

pour le commander

 

A bientôt!

Des origines à la pratique PARKOUR: la revue

Bonjour à tous,

Pour une fois, on s’éloigne un peu, mais pas trop quand même, des arts martiaux pour se tourner vers une discipline de plus en plus pratiquée, le Parkour ( avec un K pour le marKeting). Le ParKour est défini comme l’art du déplacement, ou encore l’art de partir d’un point A pour arriver à un point B de la manière la plus rapide possible.

David Belle, le fondateur du ParKour et Charles Perrière, un membres des Yamakasis, ont co-publié un joli livre sur cette discipline chez Amphora:

Des origines à la pratique PARKOUR

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Tout d’abord, c’est un très joli livre. Très bien illustré, dans un format original (tout en long), bien que peu pratique pour ranger dans une bibliothèque. Les photos sont sympas, suffisamment explicites pour comprendre ce qu’il se passe. Curieusement, les auteurs ont décidé de faire une version à la fois en français et en anglais. En effet, tout le texte est traduit dans les deux langues.

 

Mais passons au contenu.

 

Ce livre peut se diviser en quatre parties:

– une partie historique/ auto-biographique racontant l’histoire du parkour et celle de ses créateurs, du père de David Belle, un pompier de Paris ayant donné la passion de l’art du déplacement à son fils David Belle aux Yamakasis, entrainés au départ par David Belle et qui ont connu la notoriété après leur passage remarqué dans l’émission stade 2 en 1997.

Le reportage en question:

 

– la seconde partie, relativement courte, décrit le parkour et l’esprit qui le sous-tend

-la troisième partie présentent tous les mouvements de base du parkour

– la quatrième partie présentant le renforcement musculaire spécifique nécessaire à la pratique de cette discipline et un programme d’entrainement type.

 

Les deux premières parties sont intéressantes mais un peu courtes à mon goût, notamment sur l’essor mondial de la discipline. Néanmoins, cela reste agréable à lire.

Evidemment la partie la plus intéressante est la partie « technique », les mouvements de base sont listés (saut, réception, roulade, mains croisées, les différents passage d’obstacles) bien décrits.  Le seul petit point que j’aurais trouvé intéressant aurait été la mise en place de petits éducatifs qui permettent d’arriver au mouvement final. En effet, il semble que la seule progressivité soit la hauteur ou la longueur des sauts.

La partie physique est plus anecdotique puisqu’à part quelques exercices très spécifiques, on reste dan les classiques des exercices de préparation en gymnastique ou athlétisme.

 

Les plans de cours par contre sont très intenses avec une pratique de 2h à 3h 2 à 3 fois par semaine dont 30 minutes de footing et jusqu’à 1h de renforcement musculaire. Très clairement, il faut un corps très très bien préparé pour pratiquer pleinement cette discipline. Ou à l’inverse, cette discipline développe un corps très très fort…

 

Ce livre est donc sympathique, mais peut être un peu court. C’est toutefois une excellente introduction à l’art du ParKour et donne envie de découvrir la pratique avec un instructeur.

 

 

 

Revue de Proposition d’une méthode de formation à la self-défense et à la protection personnelle

Aujourd’hui, je vais donner mon retour sur un manuel pédagogique:

Proposition d’une méthode de formation à la self-défense et à la protection personnelle

téléchargement

par Eric Henrion

J’ai commandé ce livre un peu par curiosité et parce que la littérature francophone sur la protection personnelle est rare. Je ne connais absolument par Eric Henrion, n’étant pas réellement impliqué dans le milieu de la protection personnelle en France, je ne savais donc absolument pas à quoi m’attendre en lisant ce livre.

Dans ce livre, l’auteur nous propose une méthodologie avec plan de cours intégrée pour enseigner la protection personnelle. Pour être plus précis, ce livre n’est « qu’un plan de cours » pour travailler la protection personnelle. En effet, au travers de 8 thèmes de protection personnelle concernant le pré, pendant et post-agression, l’auteur donne 8 plan de cours pour travailler chacune des huit thématiques.

Chaque plan de cours (comme un plan de cours bien fait quoi) contient des phases d’exercices ainsi que les débriefings avec les participants associés qui sont très bien détaillées et des objectifs recherchés clairement définis. De plus, quelques informations en annexe sont disponibles pour mieux expliquer les concepts travaillés dans chaque cours.

Clairement, la pédagogie ici est très « Do it yourself » orientée. Les participants ne sont pas assommés pendant le cours d’information et sont appelés à trouver eux mêmes des solutions face aux problèmes. Cette approche est séduisante et est connue en pédagogie pour donner d’excellents résultats. C’est donc un ouvrage précieux pour des groupes de travail ou des instructeurs d’arts martiaux ou sports de combats qui souhaiteraient donner une initiation à la protection personnelle.

Néanmoins, puisque c’est clairement un ouvrage pour pédagogue plutôt qu’un ouvrage informatif, mon opinion est que l’utilisation de ce livre sera potentialisée par les connaissances antérieures de l’instructeur. A l’inverse, ce livre montre également à quel point instruire un art martial et un sport de combat est loin d’instruire la protection personnelle…

Et justement, c’est cette pédagogie de la protection personnelle (en tous cas telle que présentée dans ce livre) qu’il est intéressant de discuter. Deux points me paraissent problématique dans ce type de pédagogie, bien que je ne vois pas de solutions simples à mettre en oeuvre. Tout d’abord, le groupe. Pour que ce type d’exercices soit profitable, il est nécessaire d’avoir une certaine capacité à jouer la comédie. Typiquement, un exercice où l’on se fait insulter, la personne qui insulte doit être suffisamment convaincant. Or, à moins d’avoir des acteurs, il est probable que les gens ne deviennent convaincant qu’avec le temps. D’où le premier problème, les gens risquent d’être habitués à cette situation théatrale et à leurs partenaires quand ils auront enfin quelqu’un de convaincant en face d’eux. Du coup, est-ce que le drill est toujours utile? Deuxième problème, même si le drill est bien pratiqué, combien de fois peut-il être utilisé pour que ça reste un drill utile et plus une pièce de théâtre? En effet, l’émotionnel et la gestion de l’émotionnel semblent primordiaux dans ce type d’entrainement. Moins la charge émotionnelle est là, moins la réponse sous stress sera intéressante. Du coup, comment inculquer cette réponse sous stress?

Des questions qu’il serait intéressant de traiter, et des avis de selfeux seraient très certainement intéressant. Néanmoins, ce livre, encore une fois, offre une très belle pédagogie, bien construite et mérite donc d’être lu par les instructeurs ou les pratiquants s’intéressant à la self-défense. D’autant que c’est le seul manuel détaillé en français.

Il reste donc selon moi à sortir un ouvrage entre Protegor et le livre de l’ACDS et ce livre d’Eric Henrion, qui proposerait à la fois une méthode d’enseignement et un contenu théorique suffisament riche et adapté à la méthode pour pouvoir guider les néophytes.

Avez-vous lu ce livre? Que pensez vous de la pédagogie mise en application dans des cours de protection personnelle?

Suis-je trop vieux pour commencer les arts martiaux?

Suis-je trop vieux pour commencer les arts martiaux.

Voilà LA question qui revient trèèèès souvent quand on m’appelle pour venir essayer un cours, ou ,d’après une étude très poussée réalisée par moi-même auprès de mes collègues instructeurs, dans un paquet de clubs ou sur les forums d’arts martiaux …

(la question qui arrive juste derrière c’est « suis-je assez sportif » )

Dans ce billet, je vais essayer de donner des éléments de réponses à cette question.

L’origine du doute

D’après ce que j’ai pu comprendre des discussions, les craintes à l’origine de cette question sont les suivantes:

– crainte de ne pas atteindre un niveau suffisant sur le temps de pratique restant

– crainte d’un différentiel de niveau trop important

– crainte d’un entrainement trop physique

– crainte des blessures

D’après moi, la source du problème se trouve dans l’imaginaire collectif entourant les arts martiaux et sport de combat. En effet, les arts martiaux sont présentés au public via les medias suivant: les films ou démonstrations et leur chorégraphies de l’espace, le sport télévisé et les athlètes de haut niveau (boxe et MMA plus récemment) et le judo qui est ou a été pratiqué par plus d’un tiers de la population pendant l’enfance(pas sûr des stats mais c’est un chiffre impressionnant) laissant penser que dans les arts martiaux on commence naturellement à 4 ans.

Pourquoi ces craintes ne sont pas fondées:

Le risque de blessure lié à l’âge ou la pratique trop physique

Tout d’abord, il faut bien comprendre que n’importe quel art martial qui tient la route présente un cursus. ce cursus, bien que laissé à l’appréciation du professeur est globalement toujours le même:

on reconditionne le corps du pratiquant pour qu’il s’adapte à la pratique, on donne les clés techniques et tactiques de l’école, on applique ces techniques au cours de combats d’entrainement ou d’exercices, on se libère de tout ça pour trouver sa propre forme.

Ces étapes peuvent plus ou moins se superposer, peuvent plus ou moins être importantes et longues mais ça se fait TOUJOURS dans cet ordre pour pouvoir progresser (même dans les arts martiaux dit sans forme comme le systema… oui oui, vous aussi vous suivez rigoureusement ces étapes).

Quand vous arrivez dans un cours, vous allez donc systématiquement être travaillé pour que le corps s’adapte à la pratique. Vous apprendrez à chuter, bouger au sol, gérer votre respiration, encaisser des frappes en fonction du cursus de l’école. Bien sûr, votre potentiel physique va également se développer avec le temps. Tout cela permettra sans aucun soucis de travailler la partie technique et tactique de l’école. Soit dit en pensant, d’expérience, 90% des pratiquants resteront dans cette partie là ad vitam eternam et en sont très satisfaits.

Mais même ensuite, quand viendra l’heure du sparring, à partir du moment ou votre médecin vous a fait un certificat médical, vous n’avez pas plus de chance de vous blesser que n’importe qui d’autre puisque votre corps aura été préparé. Personne ne vous enverra à votre premier cours faire un sparring pleine intensité avec un champion de l’ufc, de boxe ou de lutte… Les partenaires ont normalement l’habitude d’avoir des nouveaux et l’instructeur doit s’assurer qu’ils soient bienveillants et qu’ils vous conseillent, pas qu’ils vous cassent en deux. Ou sinon changez de cours…D’ailleurs, j’ai rarement vu une blessure due à l’âge du corps mais plutôt à l’attitude du pratiquant et de ses partenaires… La peur et la betise sont les raisons principales des blessures dans nos pratiques.

Le seul bémol, évidement certaines pratiques sont plus adaptées à certains âges qu’à d’autres. Par exemple un monsieur de 80 ans je ne lui recommanderais pas des disciplines comme le judo, la lutte, la capoeira ou la boxe (mais son médecin non plus à priori). Par contre, le tai chi, certains arts martiaux japonais, pourquoi pas le kali escrima aucun problème! En gros, quand le corps ne peux plus prendre de choc, il faut éviter les arts martiaux orientés sport… Voilà tout… Pour les autres, pas d’excuses!

Je commence trop tard, je n’atteindrai jamais un bon niveau…

Voilà l’autre grosse crainte des gens… Déjà, quelques exemples. Les pionniers des arts martiaux en France, ils ont pas commencé à 4 ans hein… Jigoro Kano, fondateur du judo, a commencé à 17 ans je pense. Henry Plée, sur sa trentaine, Jean-Luc Jazarin, à la quarantaine… A l’inverse, plein de gamins ont commencé le judo à 4 ans et ont arreté à l’adolescence ou à la ceinture noire pour les plus courageux (la ffjda en a la larme à l’oeil). La vérité, c’est que ce qui importe, c’est le temps de pratique, pas l’âge auquel on commence. la ceinture noire semble être un rêve inaccessible pour beaucoup de pratiquants ou pour les non pratiquants. En pratique, sauf cas exceptionnel (karate kyokushin, jiujitsu brésilien), la ceinture noire indique juste un niveau correct dans l’acquisition des bases de l’école. Or la grande grande majorité des pratiquants n’ira jamais plus loin. Pire, si on ramène au nombre d’heures passées à s’entrainer, on se retrouve à un temps de pratique vraiment ridicule. Prenons le judo ou le karate pour un adulte. En étant pas trop manche, en 3/4 ans d’une pratique régulière, je reviens là dessus, on a une ceinture marron. Toujours avec le même rythme, ça fait un an pour faire 2/3 compèts et préparer quelques katas pour avoir une ceinture noire. Regardez la grande majorité des clubs, ils proposent entre 3 et 4h de cours par semaine (2*1h30/2h). En général, les clubs sont fermés pendant les vacances. Les clubs sont donc ouverts 36 semaines par an. Avec une pratique que beaucoup considèrent comme exceptionnelle pour quelqu’un qui ne rate jamais un cours, on obtient 144 heures. Si on multiplie par 5, ça fait 720 heures, soit 90 jours de travail à raison de 8 heures par jour, ce qui fait un résultat famélique de 3 mois pour obtenir une ceinture noire… Donc non, même si vous commencez à l’âge de la retraite, il y a de forte chance qu’avec un investissement en temps correct, vous atteigniez rapidement un niveau supérieur à la ceinture noire…

En conclusion

Les arts martiaux sont une pratique harmonieuse pour tous les âges. Le niveau que vous atteindrez ne dépendra que de deux facteurs, vos instructeurs et la qualité de votre investissement en temps et sérieux.

La méthode de systema de Konstantin Komarov

Début septembre, j’ai eu l’honneur de recevoir à l’association pour le développement et la diffusion des arts martiaux (ADDAM) le major Konstantin Komarov, ancien membre du GRU mais aussi docteur en psychologie pour un stage de systema à Toulouse.  Nous avions décidé avec nos partenaires du cercle de systema de faire venir Konstantin pour nous suivre sur une longue période afin de nous transmettre sa propre méthode d’enseignement du systema.

Un petit peu par hasard, cela coïncidait avec la parution en anglais de son livre « Systema Manual ». Je vais donc m’atteler aujourd’hui à faire un compte rendu de ce stage que je mettrai en parallèle avec son livre qui sera reviewé plus tard.

La thématique du stage était donc méthodologie du systema. Il s’est découpé en deux parties, la première sur la première journée consistait en la présentation des premiers pas de sa méthode, la seconde sur la deuxième journée, nous a donné les exercices nécessaires et suffisants selon lui pour gérer le gros des combats à mains nues (type combat de coqs notamment).

Mais avant le stage à proprement parler,  il nous a fait un petit cours privé avant le stage de 2h où il nous a repris sur tous les exercices de base à savoir pompes, squats, relevés de bustes et de jambes. Il nous a donné de très nombreuses corrections sur l’exécution de ces exercices pourtant simples de prime abord. En particulier, ses corrections m’ont permis une mise en évidence lumineuse sur la mise en place de chaines musculaires profondes lors de l’exécution de ces mouvements. S’en est suivi ensuite une séance de lutte souple façon systema où Konstantin nous a expliqué ce qu’il faut rechercher sur ces exercices. En effet, contrairement au côté jeu d’opposition associé à la lutte en règle générale, dans notre cas, il s’agit de focaliser l’attention sur notre propre corps pour contourner chaque tension musculaire qu’engendre le partenaire. Ainsi, tomber n’est pas ici synonyme de défaite, mais la descente au sol est simplement une direction de plus où aller pour contourner la pression du partenaire.

Par rapport au contenu de son livre, ces simples exercices couvrent la partie conditionnement du corps au mouvement et la respiration. La lutte debout étant finalement un test pour voir l’évolution de la manière de bouger mais aussi de maintenir une respiration  constante après le conditionnement nécessaire sur lequel je reviendrai.

J’attaque donc le compte rendu du premier jour. La logique de progression de Konstantin au niveau du conditionnement physique est la suivante. On doit repasser TOUTES les étapes d’apprentissage de la marche. En effet, dès le fait de ramper au sol on conditionne un certain nombre d’erreurs ou du moins de mouvements non optimisés. Puis plus on se redresse, plus ces défauts s’accumulent et affectent la structure dans son ensemble, créant au passage des tensions musculaires inutiles. De plus, avec le temps, une peur du sol et donc de la chute se développe et bien sûr, toute peur génère aussi des tensions. En paralèlle , et certainement à cause des conséquences d’une mauvaise posture, la respiration doit également être retravaillée pour être juste, contrôlée et surtout permanente. C’est donc selon ces axes que Konstantin nous a fait travailler. Nous avons donc travaillé la mobilité au sol couplée à l’inspiration et l’expiration. Puis nous avons travaillé avec un partenaire pour chercher à le renverser au sol en utilisant le placement et le déplacement. Enfin nous sommes passés debout pour un travail sur les chutes les yeux fermés. Là aussi, il était important de garder une respiration continue. Nous avons terminé sur de la lutte au sol en utilisant un baton pour deux…

 

Le second jour, Konstantin nous as fait faire un petit écart à sa méthodologie. En effet, il s’est penché sur l’aspect combat pur du systema. La raison invoquée était la suivante: sur l’ensemble des séminaires, nous allons travailler au reconditionnement du corps pour acquérir les bases du systema. Or, une des raisons premières pour laquelle les gens viennent aux arts martiaux est le combat (au sens large). Konstantin nous a donc fait travailler un set d’exercices qui selon lui englobe le gros de ce qui se passe durant un combat et développe les aptitudes pour y faire face. Néanmoins, on s’aperçoit vite que tout ces exercices sont bien plus pertinents lorsqu’on a le corps conditionné correctement.

Le travail a commencé par un exercice pour évaluer les distances correctement. Une fois que la distance était prise, le deuxième exercice permettait de travailler la génération de force via la structure en utilisant les poussées sur quelqu’un arrivant vers soi pour nous saisir. Puis, avant la saisie, bloquer le bras d’une main pour pousser simultanément avec l’autre. Pour accélérer le rythme et augmenter la pression, plusieurs attaquants arrivaient ensuite en courant en ligne et en frappant. La réponse était la même, bouger, et pousser. Ensuite, les différents types de frappes possible avec les bras ont été travaillées puis le travail de frappes avec les jambes. La session s’est terminée en enchainement un coup d’arret avec la jambe en avançant suivie d’un enchainement de frappes.

Travail de frappe par Konstantin lors du stage

Bref ce séminaire, excellent au demeurant, reprenait le tout début de son livre. Il nous donnera ensuite le reste de l’apprentissage lors des prochains stages durant ces trois ans.

 

Introduction à la protection personnelle

Voici le lien vers une  présentation que j’ai réalisée il y a un petit moment pour faire une présentation de ce que peut être la protection personnelle.

Evidemment il s’agit là de ma propre vision de la chose qui replace la partie combat que j’appelle self-défense comme une partie mineure de la démarche globale de protection personnelle.

Cette présentation a été inspirée par différentes sources telles que Guillaume Morel avec son fameux Protegor, David Manise et sa notion de survie urbaine ou encore Marc Mc Young.

N’hésitez pas à commenter!

Et voici la présentation!

Khosrow Helly, un des premiers instructeurs français de systema

Aujourd’hui je vais proposer une retranscription la plus fidèle possible d’une conversation/interview que j’ai fait avec l’un des deux plus anciens pratiquants et full instructeurs de systema français, Khosrow Helly. Bien moins mis en avant que d’autres, Khosrow a pourtant également participé à ce que le systema en France est aujourd’hui.

Cet article est donc une retranscription puisque comme le savent ceux qui connaissent un peu le personnage, il aurait fallu une encyclopédie en 10 tomes si il avait fallu tout retranscrire…

La première fois que Khosrow a entendu parlé de systema, c’était dans un Black belt magazine de la fin des années 90 où un article était consacré à Vladimir Vasiliev, alors peu connu. Cet article lui rappelait une méthode russe dont il avait entendu parlée plus jeune,  pratiquée par les partisans russes, un mélange de boxe et de lutte, d’utilisation d’objets tels que des chaises ou des ceintures pour le combat.

A la fin des années 90, Khosrow s’entrainait au Kali, chez Jeff Espinous en compagnie entre autres de Stéphane Fernandez et Jerôme Kadian. Il avait pour habitude de faire des photocopies des articles qu’il appréciait et les distribuait à tout le monde dans son club.  Un peu plus tard, il tombe sur une publicité pour une des premieres videos de Vasiliev publiée chez Paladin Press sur le couteau. le dvd étant indisponible à ce moment là, il contacte de fil en aiguille directement l’école de Vasiliev à Toronto et tombe sur Valérie Vasiliev. Surprise par le fait qu’un français ait entendu parler d’eux et Khosrow étant quelqu’un de sociable, ils finissent par sympathiser et elle lui vend 3 VHS et un livre sur le systema. C’est à partir de ce matériel qu’il commence à s’entrainer avec ses partenaires du kali. Il lui faut seulement 15 jours pour recontacter Valérie afin de lui demander de lui envoyer tout ce qui sort en systema et il en profite pour demander des précisions et des corrections sur sa compréhension du système qui à l’époque n’était que balbutiante. Le concept de relachement musculaire posant notament beaucoup de problème. En effet, bien que capable de reproduire ce qui était visible en vidéo, il leur manquait la compréhension par le toucher et la sensation pour réellement comprendre ce qu’il se passe ( C’est d’ailleurs toujours le même problème aujourd’hui avec les vidéos trouvables sur le net)C’est ainsi qu’il reçoit très régulièrement de nouvelles vidéos, des conseils de Valérie et plus tard de Vladimir lui même.

C’est après la vidéo de fighting on the ground de Vladimir Vasiliev que Khosrow décide de partir directement à Toronto en compagnie de Jerome Kadian. Malheureusement, un empechement, l’oblige à annuler laissant Jerome Kadian y aller seul pour cette fois.  De retour, Jerome Kadian ramène du nouveau matériel au groupe. le problème étant qu’à ce moment là, la pédagogie de Vasiliev était surtout basée sur du sensitif, freinant la progression à distance.

Khosrow garde le contact régulièrement et apprend la tenue d’un stage de Vasiliev dans les midlands.  Khosrow y va donc accompagné à l’époque de Stéphane fernandez,  Jean Michel Le prêtre et Jerôme Kadian. Ce sera la première rencontre entre Vasiliev et Khosrow après plusieurs années au téléphone. Ce stage regroupa environ 120 pratiquants dont certains sont aujourd’hui bien connu dans le milieu tel que Paul Genge. Vasiliev à l’occasion de prendre Khosrow en tant que partenaire et là, la puissance des frappes subies est un choc. Le concept de la frappe « nice and soft » est une découverte. de même, durant ce stage, Vasiliev pratiqua le massage systema sur Khosrow qui effraya les autres participants par ses hurlements de douleur. Oui, le massage systema n’est jamais agréable la première fois (mieux après je me pose toujours la question…). C’est durant ce stage que Khosrow demande au cours de la soirée avec Vladimir si il peut venir à Toronto en 2000 sentant qu’il faudrait qu’il s’entraine directement là bas pour comprendre ce concept de détente.

C’est donc en 2000 que Khosrow se rend à Toronto où Vladimir va directement le chercher à son hôtel pour l’amener à sa salle. Durant le trajet, il conseille à Khosrow d’oublier tout ce qu’il a fait, le systema ne permet pas de prendre de repères en comparant avec les autres disciplines, donc autant oublier…

Et pendant 3 semaines, il se fait taper dessus. Il lie d’amitié avec Alex Kostic, Emmanuel Manolakakis, Vitalli et d’autres qui l’aideront pendant et après les entrainements à comprendre ce qu’est le systema.

L’entrainement de l’époque était dur, une petite anecdote que je retranscris ici. La scène se passe après un entrainement particulièrement éprouvant pour Khosrow.

V.Vasiliev: « Pourquoi es tu venu? Si tu prends une balle dans la jambe, les secours arrivent.  Tu préfères ramper jusqu’à la porte pour atteindre les secours ou rester ici?

Khosrow: ramper »

Et Vladimir sourit…

Voilà la sympathique ambiance de l’époque.

Après 3 semaines, il rentre en France, mais repart 5 mois plus tard. de 2000 à 2010, il s’est rendu à Toronto entre 2 et 3 fois par an.

Néanmoins, Khosrow ne s’est pas cantonné à Vasiliev. En 2002, il s’est déplacé également à Moscou, chez Mikhail Ryabko. Là bas, il était avec 4 autres élèves, entourés par 10 instructeurs durant la journée et avec Ryabko 1h30 tous les jours. Ayant des problèmes de dos depuis longtemps, il apprendra là bas à se rééduquer pour récupérer sa mobilité…

Khosrow obtient son certificat de Full instructeur en 2003 chez Vladimir Vasiliev à une époque où ils étaient encore peu nombreux. Il est également certifié en 2007 chez Ryabko. Il a ouvert sa propre école dans une salle d’armes à Paris. Etant l’un des plus anciens, il a pratiqué, formé et parrainé un grand nombre d’instructeurs français et de pratiquants français dont la qualité estunanimement reconnue. Je citerai Sinicha, très connu dans le milieu et initiateur d’une grosse partie des stages français avec des instructeurs internationaux, du cercle de systema à Malakoff, Jean-Michel Leprêtre pratiquant toujours à la même salle de kali où tout a commencé, Yann Christodoulou de l’ADAD à Nantes, Richard Mugica de Poznai Sebia33 à Bordeaux.  J’ai moi même eu l’honneur d’être présenté par lui et Sinicha pour l’ADDAM à Toulouse.

La vision et l’approche qu’à Khosrow du systema est la suivante: « le systema est un art lié à la compréhension de l’humain et à l’utilisation de cette compréhension pour augmenter ses capacités physiques et émotionnelles. Le systema a pour vocation de développer la résilience de l’individu, raison pour laquelle il devrait être pratiqué régulièrement en pleine nature. Ces qualités permettent de rendre l’humain meilleur et c’est pourquoi le systema doit être diffusé et partagé sans la moindre rétention d’information (sauf éventuellement dans le cas de thématiques pour professionnels). Est-ce qu’on peut parler de développement personnel? Oui, peut être en fonction de la définition de développement personnel. Prendre des coups avec une compréhension correcte par exemple permet de s’améliorer en comprenant ce que cela induit chez nous. Le systema rend ainsi non violent en nous faisant prendre conscience de notre propre violence!  Le pratiquer en tant que méthode de destruction de l’autre signifie passer à côté d’un gigantesque pan de son enseignement. Puisqu’il permet de s’améliorer, il est adapté à n’importe qui, des enfants aux personnes agées. »

Il est d’ailleurs intéressant lorsqu’on écoute Khosrow donner un cours, de voir ce discours de non violence présent constamment.

En exclusivité, une petite vidéo de Khosrow prise à l’occasion du stage donné pour l’ADDAM à Toulouse début mai à propos du travail du contrôle émotionnel en générant un stress par privation d’oxygène. Son partenaire est JD, le chauve le plus connu du systema français (ou pas loin):

Khosrow ayant contribué avec Sinicha à développer le systema dans le sud ouest, les différents clubs adhérant à sa manière de pratiquer se sont regroupés sous le nom du cercle de systema sud ouest.