Archives de catégorie : Protection personnelle

CR: Seminaire Protegor par Guillaume Morel

Début Avril, j’ai eu le plaisir de recevoir Guillaume Morel pour un séminaire Protegor organisé par l’ADDAM Toulouse (www.addam-31.com).

Guillaume Morel, co-auteur de Protegor

J’avais contacté Guillaume pour un stage il y a de cela au moins quatre ou cinq ans. A l’occasion de la sortie de la version ré-actualisée de Protegor, ce stage a enfin pu avoir lieu. La motivation première à vouloir voir son travail est d’avoir à faire à un civil. Je veux dire par là, pas un ancien videur/policier/gendarme/ militaire ou autre professionnel du combat. Pourquoi cela me paraît intéressant ? Parce que Guillaume a la vision de quelqu’un qui n’a accès qu’à des ressources disponibles au public (enfin ça demande des efforts quand même hein…). Ainsi, son expérience est transposable à tout le monde. De plus, un autre aspect intéressant est qu’il n’a pas cette vision parfois déformée par la vie professionnelle de ceux qui côtoient la violence au quotidien et qui la projettent sur tout avec un discours extrémiste que je trouve parfois dérangeant.

Le programme du séminaire Protegor dans son déroulé suivait la logique du livre Protegor (dont je ferai un compte-rendu prochainement). En effet, dans Protegor, la logique est d’anticiper l’agression, la gérer quand elle est là et s’occuper des conséquences ensuite. Dans le livre, les auteurs ont choisi respectivement les termes : sécurité personnelle, self-défense et survie urbaine. C’est ainsi que Guillaume a choisi de découper son stage. En guise d’introduction, il a bien insisté sur la différence entre être conscient de ce qui peut se passer et être paranoïaque. La bonne ambiance qui a suivi dans ce stage qui regroupait une vingtaine de participants à dessein, est certainement dû à cette approche qui ne distribue pas de la peur mais de l’attention.

I- La sécurité personnelle

 

Première surprise, la partie sécurité personnelle s’est déroulée devant un powerpoint. Guillaume à commencer à présenter les bases de la sécurité personnelle en fonction des lieux, puis en fonction des gens. Cette partie était très intéressante et très vaste à la fois. En effet, chaque item aurait pu être l’objet d’un stage. Néanmoins, cette approche m’a vraiment fait penser à un stage de premiers secours. Les gestes de bases et les réflexes à avoir pour ne pas faire d’erreurs grossières. Simplement faire la prévention la plus évidente afin de ne pas se retrouver dans une situation problématique. Toutefois, certains concepts non connu du grand public ont été abordés tels que le grey man, les zones de confort, les échelles d’attention, les EDCs (sans rentrer dans la collectionite aigue)… Le cours était conçu pour que ce soit très interactif avec des retours d’expériences des participants qui ont pu être très éclairants. Ces retexs, des participants et de Guillaume, ont permis de fixer les concepts importants en les associant à des histoires. Un classique de l’apprentissage mais qui est toujours efficace. De même, il nous a fait réfléchir avec des supports photos ou vidéos à différentes situations pour voir comment on les gèrerait, sachant qu’en situation de stress, notre capacité de raisonnement diminue beaucoup. L’importance d’anticiper pour ne pas être dans cette situation de stress est majeure. Il peut y avoir une forme de frustration à simplement rester assis. Néanmoins, le thème s’y prête bien dans ce cas. Guillaume réfléchit à des situations pédagogiques pour pouvoir aborder de façon plus pratique cette partie.

II- La phase d’agression

 

Tenir la distance avec une garde passive, désescalader, choisir quand rentrer et comment rentrer. Voilà globalement comment cette partie a été découpée. Pour cette partie, Guillaume a déroulé une pédagogie pratique avec une série d’exercices pour couvrir les différentes phases de l’action. La théorie pure portait sur les gardes passives et quelques présentations des classiques de la self pour le combat (crazy mokey, spear, shredder…). Sans entrer dans les détails techniques, il nous a donné où aller voir pour en savoir plus. Dans cette partie, s’adressant à un public pratiquant arts martiaux et sports de combat, il a pris le parti de ne pas nous proposer de techniques. Au contraire, il a voulu que nous mettions en évidence ce qui sort dans le cas d’une attaque simple mais courante, la droite de cow-boy. C’est l’utilisation du verbale qui a dérouté dans un premier temps les participants, peu habituer à parler avant d’amorcer un combat. Clairement un axe de travail important puisque totalement indispensable pour réaliser une désescalade correcte et gérer le stress psychologique et les pertes d’attention liées à l’invective.

III- Survie urbaine

 

Dernière partie, comment gérer l’après-agression. Nous avons, dans cette partie, discuté premiers secours, appel des secours, conséquences juridiques avec un point assez long sur la notion de légitime défense et des conséquences psychologiques possibles. Une partie intéressante a été passée à connaître le matériel de premiers secours et leur utilisation globale. Là encore, pas mal de retours d’expérience des participants et de Guillaume. Cette approche a permis encore une fois de fixer les choses.

Conclusion du retour sur le séminaire Protegor

 

Ce séminaire Protegor était à la fois très original et très utile. Comme je l’ai déjà dit, c’est un équivalent du psc1 de la protection personnelle. De plus, dans le choix des sujets, on était très orienté loi de Paretto où on voyait bien que 20% du boulot permet de couvrir 80%  de nos besoins réels. Pour aller plus loin, Guillaume nous a donné toutes les références pour approfondir pour ceux qui l’auraient voulu. Seul bémol, on sent qu’il manque encore quelques éducatifs pédagogiques pour les phases I et III (hors premiers secours évidemment). Néanmoins, la pédagogie de cette partie est encore balbutiante. Les idées apportées lors de son stage donnent toutefois quelques pistes à creuser. En résumé, super expérience! Certainement une des approches de cette thématique, pas évidente à aborder, les plus saines que j’ai pu voir ! Pour en savoir plus, n’hésitez pas à aller voir son blog : http://www.protegor.net/blog/ et procurer vous la nouvelle version de Protegor !

A bientôt

Taxam

Review : La self-défense par ACDS-NDS

Bonjour à tous, aujourd’hui je vais vous parler du livre « La self-défense » par l’ACDS, un des indispensables de la littérature française sur la sécurité personnelle.

Introduction

 

L’ACDS et NDS sont deux écoles de self-défense regroupant des formateurs francophones de très grande qualité. Ils sont connus pour leur approche globale de la self-défense, à savoir le traitement de l’agression, avant, pendant et après. Ce type d’approche à longtemps en France était en retrait. En effet, pour beaucoup, et même encore aujourd’hui, la self-défense c’est une défense sur une technique d’attaque. Peu s’intéressaient à ce qui se passe avant et après l’agression, à savoir ce comment l’éviter et le cas échéant comment en gérer les conséquences. Lorsqu’on s’intéresse à ce types d’approches, on se rend compte que les compétences nécessaires pour gérer ce type de situations sont diverses et variées. On se rend compte surtout qu’elles dépassent largement le domaine des arts martiaux et des sports de combat.

acds self-défense

Dans une optique de sensibilisation du public à cette approche, les moniteurs de l’ACDS ont décidé de rédiger un petit manuel que je vais présenter ici. Continuer la lecture de Review : La self-défense par ACDS-NDS

Galvao vs Gracie au Metamoris: la rencontre de différentes visions de l’art martial

Le 14 octobre 2012 se tenait le premier Metamoris, un évènement de jiujitsu brésilien consistant en une série de superfight de 20 minutes sans comptage de point, la victoire ne s’obtenant que par la finalisation.

Le contexte

Le gros évènement de la soirée était le combat entre André Galvao champion du monde de jjb, de grappling à l’ADCC, Jeux pan américains et combattant de MMA et Ryron Gracie, petit-fils du légendaire Helio Gracie, co-créateur de la controversée Gracie university (un des premiers cursus en ligne de jjb vertement critiqué à l’époque parce que descernant des grades online) et champion de rien du tout.

Pour donner un peu le contexte de l’époque, sur les forums, tout le monde était déterminé que Galvao allait écraser Ryron et le finaliser en quelques secondes.

Un exemple ici avec le topic sur le forum Sherdog, un des sites américains références :

http://forums.sherdog.com/threads/ryron-gracie-vs-andre-galvao-superfight.2188493/

ou l’équivalent français ikusa :

http://www.ikusa.fr/forums/topic/20001-superfights-bjj-avec-roger-gracie-vs-marcus-buchecha-andre-galvao-vs-ryron-gracie/

Le combat

Et… Voici le combat :

Galvao a outrageusement dominé le contrôle positionnel…Mais, Ryron Gracie a finalement totalement contrôlé le combat. Il n’était clairement pas venu pour gagner, combattant un adversaire plus fort, plus affûté et habitué au contexte de la compétition. Ou peut être simplement qu’il avait envie de montrer cette stratégie, celle prônée par son grand-père, au monde du jjb. Il a donc eu le match nul qu’il voulait.

Le résultat était donc considéré par beaucoup comme une surprise. Alors qu’on prédisait une victoire écrasante de Galvao, Ryron obtient le match nul sans jamais avoir été proche de la soumission. S’en est déchaîné tout un tas d’excuse expliquant en quoi c’était scandaleux que Ryron obtienne le nul parce qu’il avait fermé le jeu, que dans une vraie compétition de JJB, il aurait été massacré (aux points…), que sa stratégie n’est pas valable en MMA etc…

Les faits sont, les deux combattants connaissaient les règles au moment de signer et le top compétiteur n’a pas réussi à finaliser un soi-disant amateur, finissant presque plus fatigué au final… Il y a donc un nul logique.

Quel enseignement en tirer?

Bref, arrêtons là sur le match et regardons ce qu’il a montré : deux visions de l’art martial totalement différentes. D’un côté, la vision du compétiteur qui considère que la quintescence de l’expression de l’art martial est dans la victoire en compétition, l’aspect self défense est une prolongation naturelle de l’efficacité en compétition et le mental du compétiteur est la vraie philosophie de l’art martial. De l’autre, l’art martial est une discipline de survie dont l’objectif est avant tout la sécurité et la philosophie est un mode de vie qui est aussi appliqué pendant la compétition.

Quand on regarde le combat, on assiste à la mise en place de la part de chacun des combattants de leur stratégie habituelle. Galvao a marqué ses points et Ryron a fermé le jeu en attendant une erreur de l’adversaire à exploiter. Néanmoins, aucune de ces stratégies n’étaient adaptées pour une victoire.

C’est d’autant plus intéressant que si on va plus loin et qu’on demande aux spécialistes de la protection personnelle ce qu’ils en pensent, ils répondront que de toute façon rester longtemps au sol est une erreur.

Pourquoi ? Parce que là aussi deux visions s’opposent. La self-défense pour les Gracies, c’est le combat de bar, le défi du combat de coq. Dans un pays où les armes circulent facilement, il semble logique que la self défense à mains nues telle que l’entendent les experts européens n’a pas vraiment de sens. La self défense se fait armée quand on peut avoir une arme, comme c’est le cas dans les arts philippins par exemple, le combat à mains nues est donc uniquement pertinent dans le combat rituel.

En conclusion

En fait, ce que cela montre : chercher à convaincre quelqu’un sur la pertinence de sa pratique est à mon avis une perte de temps. La pratique est une vision très personnelle et contexte dépendant. Chacun développera le pan de la discipline qui l’intéresse le plus et utilisera les outils proposés dans l’école pour développer ce pan. De même, les gens suivront l’enseignant qui suit une direction qui leur parlera. Partager sa visoin en y mettant tout son enthousiasme, c’est excellent. Porter un jugement sur la pratique d’un autre n’est pas pertinent. Du moins tant que la pratique est en adéquation avec les prétentions…

Et au final, en cas d’une attaque dans la rue, peut-on tirer un enseignement sur le fait que l’un ou l’autre est mieux préparé pour y survivre ? Moi non… Mais la question est ouverte !

PS: Voici le debrief des Gracie et leur ligne de conduite: keep it playfull!

La posture, une des premières lignes de défense en Protection Personnelle.

Aujourd’hui, je vais m’intéresser à la posture corporelle dans un cadre peu habituel, celui de la protection personnelle.

Depuis quasiment le début de ma pratique des arts martiaux, je rencontre des gens qui me dise que depuis qu’ils pratiquent la plupart des arts martiaux ou sports de combat, « ils ne se battent plus ». Bien qu’imprécise, cette affirmation répétée était toujours interprétée comme un effet secondaire de la pratique qui était l’augmentation de la confiance en soi. Mon analyse pas du tout approfondie m’a fait penser que cette confiance en soi (présente à tort ou à raison, là n’est pas le propos) agissait de deux façons. La première, les personnes ayant moins à prouver quelque chose se retrouvent moins dans des situations pouvant dégénérer et en génère moins également. La seconde, un agresseur potentiel « sentant » qu’il peut y avoir de la résistance chez cette personne préfèrera s’attaquer à une victime à priori plus facile comme tout bon prédateur qui se respecte.

C’est ce second point que j’ai approfondi ces derniers temps, en m’intéressant notamment aux effets de la posture sur les émotions et des émotions sur la posture. En effet, de plus en plus de disciplines s’intéressent au lien posture-psychologie et les effets de l’un sur l’autre. En allant plus loin, on peut même identifier une personnalité à la posture de la personne et à sa manière de bouger. Et c’est là que ça devient intéressant. Pa empirisme, le prédateur va apprendre à faire le lien entre ces deux aspects pour pouvoir choisir la proie la moins dangereuse. Lorsqu’on sait que le choix de la proie est le début du processus de l’agression (en tous cas chez l’agresseur non psychopathe), on voit tout de suite l’intérêt d’avoir une bonne posture.

Que communique une bonne posture? Premièrement, que vous êtes normal, dans le sens, dans la norme. Autrement dit, rien ne vous distingue particulièrement de quelqu’un d’autre, pas de défaut apparent, parfait pour ne pas se faire remarquer dans la masse. On remarquera quelqu’un d’avachi, quelqu’un au contraire avec  un torse beaucoup trop en avant ou une cambrure lombaire trop accentuée. Ceci se verra aussi dans les déplacements avec un aspect pateau pour la personne avachit ou un aspect coincé pour la personne trop tendue. Au contraire, une bonne posture donne une démarche naturelle qui ne renvoie pas de signaux bizarres particuliers. Par conséquent, l’intérêt est de n’être pas une cible potentielle. Ajoutez à ça une tenue vestimentaire à la bonne taille et des vêtements bien coupés avec des couleurs sobres pour éviter une allure de clown et vous passerez positivement inaperçu pour un prédateur.

Cependant, si l’oeil s’arrete sur une bonne posture quand même, autre chose va être communiquée. Quelqu’un avec une bonne posture est stable, relaché et ses mouvements complètements naturels et même continus et fluides. Même si ça ne donne pas un air dangereux, ça ne donne pas un profil de cible. L’agresseur potentiel ne voit pas là quelqu’un de facilement attaquable et son attention se reportera sur quelqu’un d’autre.

Notez bien la différence entre posture et musculature. Dans le premier cas, quelqu’un de peu imposant physiquement bénéficiera des avantages de cette posture neutre. A l’inverse, quelqu’un de très musclé mais avec une mauvaise posture (souvent dûe à une musculation disharmonieuse avec un focus sur le haut du corps) sera beaucoup plus facilement repérable. A l’inverse, j’ai souvent été étonné de voir certains militaires ou combattants grands, très musclés mais qui ne dénotent pas du tout dans une foule parce qu’ils sont harmonieux.

L’état de tension musculaire est également un attracteur de problèmes. Et là, curieusement, les pratiquants « moyens » de krav maga me font beaucoup cet effet avec une surtension corporelle qui donne une posture agressive. A mon niveau d’observation, qui ne vaut pas mieux que celui de Dédé au PMU du coin, j’ai quand même pu constater que c’est une discipline dans laquelle les pratiquants se retrouvent souvent à devoir se battre. J’ai personnellement fait le lien avec cette posture agressive qui est génératrice de conflits. Je retrouve le même phénotype chez beaucoup de selfeux. Néanmoins, à haut niveau, ce n’est plus le cas et je me demande si cette surtension de départ n’est pas un phénomène lié à la peur que les experts ont expurgé avec la pratique puisque leur structure est très relachée (Richard Doueib est un bon exemple). Le relâchement est donc également un élément important pour passer d’abord inaperçu et sinon non facilement victimisable.

Ainsi, curieusement, des disciplines comme le pilate, le yoga ou autre disciplines corporelles pourraient paradoxalement former des gens moins susceptibles d’être agressés que les disciplines martiales…

Revue de Proposition d’une méthode de formation à la self-défense et à la protection personnelle

Aujourd’hui, je vais donner mon retour sur un manuel pédagogique:

Proposition d’une méthode de formation à la self-défense et à la protection personnelle

téléchargement

par Eric Henrion

J’ai commandé ce livre un peu par curiosité et parce que la littérature francophone sur la protection personnelle est rare. Je ne connais absolument par Eric Henrion, n’étant pas réellement impliqué dans le milieu de la protection personnelle en France, je ne savais donc absolument pas à quoi m’attendre en lisant ce livre.

Dans ce livre, l’auteur nous propose une méthodologie avec plan de cours intégrée pour enseigner la protection personnelle. Pour être plus précis, ce livre n’est « qu’un plan de cours » pour travailler la protection personnelle. En effet, au travers de 8 thèmes de protection personnelle concernant le pré, pendant et post-agression, l’auteur donne 8 plan de cours pour travailler chacune des huit thématiques.

Chaque plan de cours (comme un plan de cours bien fait quoi) contient des phases d’exercices ainsi que les débriefings avec les participants associés qui sont très bien détaillées et des objectifs recherchés clairement définis. De plus, quelques informations en annexe sont disponibles pour mieux expliquer les concepts travaillés dans chaque cours.

Clairement, la pédagogie ici est très « Do it yourself » orientée. Les participants ne sont pas assommés pendant le cours d’information et sont appelés à trouver eux mêmes des solutions face aux problèmes. Cette approche est séduisante et est connue en pédagogie pour donner d’excellents résultats. C’est donc un ouvrage précieux pour des groupes de travail ou des instructeurs d’arts martiaux ou sports de combats qui souhaiteraient donner une initiation à la protection personnelle.

Néanmoins, puisque c’est clairement un ouvrage pour pédagogue plutôt qu’un ouvrage informatif, mon opinion est que l’utilisation de ce livre sera potentialisée par les connaissances antérieures de l’instructeur. A l’inverse, ce livre montre également à quel point instruire un art martial et un sport de combat est loin d’instruire la protection personnelle…

Et justement, c’est cette pédagogie de la protection personnelle (en tous cas telle que présentée dans ce livre) qu’il est intéressant de discuter. Deux points me paraissent problématique dans ce type de pédagogie, bien que je ne vois pas de solutions simples à mettre en oeuvre. Tout d’abord, le groupe. Pour que ce type d’exercices soit profitable, il est nécessaire d’avoir une certaine capacité à jouer la comédie. Typiquement, un exercice où l’on se fait insulter, la personne qui insulte doit être suffisamment convaincant. Or, à moins d’avoir des acteurs, il est probable que les gens ne deviennent convaincant qu’avec le temps. D’où le premier problème, les gens risquent d’être habitués à cette situation théatrale et à leurs partenaires quand ils auront enfin quelqu’un de convaincant en face d’eux. Du coup, est-ce que le drill est toujours utile? Deuxième problème, même si le drill est bien pratiqué, combien de fois peut-il être utilisé pour que ça reste un drill utile et plus une pièce de théâtre? En effet, l’émotionnel et la gestion de l’émotionnel semblent primordiaux dans ce type d’entrainement. Moins la charge émotionnelle est là, moins la réponse sous stress sera intéressante. Du coup, comment inculquer cette réponse sous stress?

Des questions qu’il serait intéressant de traiter, et des avis de selfeux seraient très certainement intéressant. Néanmoins, ce livre, encore une fois, offre une très belle pédagogie, bien construite et mérite donc d’être lu par les instructeurs ou les pratiquants s’intéressant à la self-défense. D’autant que c’est le seul manuel détaillé en français.

Il reste donc selon moi à sortir un ouvrage entre Protegor et le livre de l’ACDS et ce livre d’Eric Henrion, qui proposerait à la fois une méthode d’enseignement et un contenu théorique suffisament riche et adapté à la méthode pour pouvoir guider les néophytes.

Avez-vous lu ce livre? Que pensez vous de la pédagogie mise en application dans des cours de protection personnelle?

Introduction à la protection personnelle

Voici le lien vers une  présentation que j’ai réalisée il y a un petit moment pour faire une présentation de ce que peut être la protection personnelle.

Evidemment il s’agit là de ma propre vision de la chose qui replace la partie combat que j’appelle self-défense comme une partie mineure de la démarche globale de protection personnelle.

Cette présentation a été inspirée par différentes sources telles que Guillaume Morel avec son fameux Protegor, David Manise et sa notion de survie urbaine ou encore Marc Mc Young.

N’hésitez pas à commenter!

Et voici la présentation!

The little black book of violence: what every young man needs to know about fighting

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Aujourd’hui je vais présenter un livre sur la protection personnelle venu des USA: « The little black book of violence« 

  • Présentation générale

Ce livre a été écrit par Lawrence Kane et Kris Wilder, deux pratiquants et  enseignants d’arts martiaux japonais qui se sont ensuite intéressés à la protection personnelle. Il a également été préfacé par le sergent Rory Miller et Marc « the animal » McYoung, deux références en protection personnelle aux USA. 

The little black book of violence est un livre de protection personnelle dont le principal objectif est d’écoeurer le lecteur  afin qu’il ne cherche en aucun cas à jouer les héros pendant une agression. Il s’adresse aux jeunes hommes entre 18 et 35 ans qui sont selon les statistiques les plus impliqués dans les agressions violentes. Les conseils donnés sont un mélange de bon sens et de retour d’expérience de différents acteurs confrontés régulièrement à la violence.

Le livre est construit de la manière dont je pense que n’importe quel livre traitant de la protection personnelle devrait l’être: en trois parties. La première partie sur la prévention des agressions, la seconde sur l’agression physique et la troisième sur les conséquences de l’agression.

  • Première partie: prévention de l’agression

La première partie reprend toutes les bases de la prévention. Toutefois, tout ce qui concerne le domaine de la préparation, comme les EDC (every day carry) ne sont pas traités. Néanmoins, je ne trouve pas que cela manque réellement… Les auteurs traitent donc des notions de vigilance, la notion de zone de confort et de langage non verbal servant à la marquer, le concept de désescalade, la prise de conscience que la situation  peut empirer et l’analyse de l’agresseur pour chercher d’éventuels signes de port d’armes. Les auteurs insistent lourdement sur le fait que fuir quitte à laisser l’ego en prendre un gros coup est la meilleure solution.

 Bien que pour la plupart des aspects pris en compte on soit dans du « classique », certaines astuces et l’écriture sous forme d’une « to-do list » fait de cette partie une bonne référence de la phase de prévention d’une agression. Il y a des petits exercices proposés tout au long de cette partie, en particulier sur la prise de conscience des états de vigilance ou la compréhension des notions de zone de confort et d’occupation territoriales qui sont très intéressants.

  • Deuxième partie: gestion de l’agression physique

La seconde partie traite du combat physique à proprement parler. Elle se découpe en deux sous-parties. La première traite des règles du combat au regard de la loi. En d’autres termes, problèmes de proportionnalité et de la subjectivité des témoins en termes de proportionalité de l’action (exemple du chapitre ne jamais frapper une femme qui vous agresse à moins qu’elle soit armée…). A noter que ce livre a été écrit par des américains et s’adresse à des américains. La loi n’est pas la même. Néanmoins, je trouve que les conseils donnés s’appliquent généralement bien à la législation française (d’ailleurs si une bonne âme voulait bien écrire un livre sur ce sujet, ça manque pas mal…).  La seconde partie traite de stratégies et de techniques de combat pour rester en vie. Là encore du classique mais bien découpé d’un point de vue écriture et surtout quasiment exhaustif sur les points importants dans ce cadre. Je citerai juste quelques uns de ces points: utiliser les mêmes « trucs » simples tant qu’ils marchent, éviter le sol, faire attention aux copains et savoir qu’on va être blessé. Là encore des anecdotes et quelques exercices sont proposés pour travailler cela.

Point amusant, comme je l’ai dit plus tôt, les auteurs sont issus des arts martiaux traditionnels. Ils proposent donc des solutions techniques issues de ces disciplines et les présentent en gi… C’est juste anecdotique parce que cette partie technique, comme souvent dans les livres d’arts martiaux ou protection personnelle est la moins intéressante. A l’heure des dvds, apprendre une technique en image est un peu dépassé je pense. Enfin, c’est presque une tradition de mettre quelques techniques en images dans ce type de livre…

  • Troisième partie: les conséquences

La troisième partie traite donc des conséquences.  Elle commence par un récapitulatif des choses à faire après un combat. Appeler les secours, chercher ses propres blessures, porter secours à l’agresseur éventuellement, témoigner en restant factuel et ne pas insulter l’agresseur après coup. Une attention particulière est également portée sur l’impact psychologique après une agression. J’ai beaucoup aimé le conseil de ne pas exagérer sous le coup de l’émotion durant la déposition sous peine de risquer d’être décrédibilisé pendant un procès.

Là encore, une liste classique plutôt exhaustive. Le point soulevé sur le fait que ce livre parle à un public américain se refait sentir puisque l’interaction avec les représentants de la Loi est encore une fois décrite et diffère selon les pays.

Impressions générales

 

Mon avis général: sans être une révolution dans le monde de la protection personnelle, ce livre a le mérite de récapituler tous les points importants à respecter quand on s’intéresse à ce domaine. Les auteurs ainsi que les différents intervenants qui ont préfacé et post-facé ce livre veulent faire rentrer en force le message que la violence doit être évitée à tout prix. Ce livre se base beaucoup sur des anecdotes très parlantes sur les différentes phases de la protection personnelle. Le style, pour moi, est un peu trop anxiogène et à l’américaine mais bon c’est adapté au message et sert à calmer d’éventuels cerveaux trop testeronés…

Le seul point négatif que l’on retrouve beaucoup dans ce style de livre est de savoir comment s’entrainer à ça. Quelques bons exercices sont proposés mais peut-être pas assez. Toutefois, ce problème sera en partie résolu dans le prochain livre de Rory Miller, que je reviewrai ici aussi.

Concernant le style, il est relativement accessible sans grosses notions d’anglais. Les auteurs se sont également amusés à citer à chaque chapitre de ce livre une phrase tiré de l’art de la guerre et du livre des cinq roues pour montrer que même il y a des siècles, les principes pour se tirer d’une agression étaient les mêmes.

En conclusion

 

En bref, je recommande chaudement ce livre pour son caractère généraliste et parce qu’il reprend tout ce qui est important dans la gestion d’une agression en protection personnelle.

Vous pouvez vous le procurez sur Amazon en suivant les liens suivants:

Version Kindle:

The Little Black Book of Violence: What Every Young Man Needs to Know About Fighting

Version papier:

The Little Black Book of Violence: What Every Young Man Needs to Know about Fighting by Lawrence A. Kane, Kris Wilder Published by YMAA Publication Center (2009)

 

Laissez moi votre avis si vous l’avez lu et à bientôt pour la revue du livre de Rory Miller: Drills: training for sudden violence.