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Respiration et cognition: le rythme respiratoire influe sur nos performances

Introduction: Respiration et Cerveau

 

Respiration et cerveau

Il y a quelques temps, Vladimir Vasiliev présentait un nouveau dvd intitulé: Breathing and fear (Respiration et peur). Dans ce dvd sur la Respiration que j’ai trouvé particulièrement intéressant par rapport à d’autres sortis auparavant, Vladimir présente une pédagogie pour utiliser la respiration dans le cadre de la gestion des peurs passées et dans l’action. J’allais faire une petite traduction d’une partie de ce dvd (avec l’approbation de Valérie Vasiliev) et une revue mais entre temps, un article particulièrement intéressant et pertinent a été publié dans la revue The journal of Neuroscience, au facteur d’impact plus qu’honorable puisqu’il est en 2016 à 5,9.

Une première étude chez l’Homme prouvant un lien direct entre respiration, émotions et capacités cognitives.

 

L’article en question est ici et s’intitule: Nasal Respiration Entrains Human Limbic Oscillations and Modulates Cognitive Function

On peut le traduire par « La respiration nasale provoque des oscillations Limbique chez l’Homme et module la fonction cognitive. »

Pourquoi est-ce intéressant pour moi? Parce qu’autant dans la pratique du systema que dans d’autres pratiques ayant des aspects respiratoires (en vrac, pranayama, wim hof, meditation pleine conscience…), on lie énormément la respiration à de nombreuses modifications émotionnelles voire de performances cognitives.

Or jusqu’à présent, il avait été montré chez d’autres mammifères que le rythme respiratoire influe sur certains comportements. Par contre, chez l’Homme cela restait à faire et en particulier, l’influence de celle-ci sur les émotions et sur les capacités cognitives.

C’est maintenant chose faîte.

L’idée de cet article n’est pas d’analyser l’article en détail, mais plutôt de résumer les principales découvertes et de voir comment nous pouvons utiliser cette information.

Comme chez les autres mammifères, la respiration de repos influe sur l’activité électrique du cortex piriforme

 

Une des limitations jusqu’alors pour travailler sur cette question était l’utilisation de l’electro-encéphalogramme. En effet, la pose d’électrodes externes ne permettait pas d’avoir une vue précise de l’activité cérébrale en temps réelle des différentes zones du cerveau à étudier. Or, dans cette étude, les auteurs ont eu l’opportunités de pouvoir utiliser un electro-encéphalogramme avec des électrodes internes donnant une précision non atteinte jusque là.

Ainsi, l’une des premières observations a été que comme chez les autres mammifères, l’activité du cortex piriforme (lié à l’olfaction) est corrélée à la respiration que je définirais de repos (dans le texte ils parlent de respiration à basse fréquence). Par contre, aucun lien n’est fait avec l’amygdale (lié à la peur entre autres) et l’hippocampe (mémoire et navigation spatiale). Dit autrement, au repos, la respiration sert d’un point de vue neuro à sentir les odeurs environnantes.

Le pic inspiratoire influe sur l’amygdale et l’hippocampe avec des conséquences sur les performances cognitives

C’est ici que l’étude devient vraiment intéressante. En effet, les auteurs ont pu montré que lors de l’inspiration, l’activité de l’amygdale et de l’hippocampe s’allume et cette activité est complètement dépendante du flux d’air qui passe dans le nez. Autrement dit plus il y a d’air, plus ces deux centres s’activent. Encore plus intéressant, une inspiration par la bouche n’a pas d’effet…

Les auteurs ont donc voulu tester les performances cognitives de leurs sujets en fonction du cycle respiratoire. L’amygdale est liée à la peur. Les chercheurs ont donc construits une expérience durant laquelle les sujets devaient reconnaître sur des photos montrant des visages exprimant de la peur ou de la surprise. Dans ce cas, les performances étaient largement meilleure au cours de l’inspiration pour la reconnaissance de la peur que lors de l’expiration. La reconnaissance de la surprise n’est elle pas influencée ni par l’inspiration ni par l’expiration (contrôle).

Concernant les capacités cognitives, pour tester l’influence de la respiration sur l’hippocampe, les auteurs ont fait mémoriser des images aux sujets sur l’inspiration ou l’expiration et 20 minutes plus tard, ils devaient retrouver l’ordre de ces images. Là aussi sur l’inspiration, les performances étaient nettement meilleures.

Autre donnée très intéressante, l’inspiration par la bouche n’a aucun effet sur les performances émotionnelles ou cognitives. La clé est donc dans l’inspiration par le nez.

Discussion

L’auteur de cet article dit: « If you are in a panic state, your breathing rhythm becomes faster, » Zelano said. « As a result you’ll spend proportionally more time inhaling than when in a calm state. Thus, our body’s innate response to fear with faster breathing could have a positive impact on brain function and result in faster response times to dangerous stimuli in the environment. » (source)

Traduction: « si vous êtes en état de panique, votre rythme respiratoire devient plus rapide. Par conséquent, vous passez en proportion plus de temps à inspirer que quand vous êtes au calme. Ainsi, la réponse du corps innée à la peur avec l’accélération de la respiration pourrait avoir un impact positif sur le fonctionnement du cerveau et donnerait un temps de réaction plus court à des stimuli dangereux de l’environnement »

Il ajoute que des études sont en cours sur les effets de la respiration contrôlée et de la méditation puisque « Quand on respire, on synchronise les oscillations cérébrales dans l’ensemble du réseau limbique » (lié aux émotions).

Enseignements et applications potentielles

 

La respiration fait donc partie de nos réponses adaptatives au danger. Si on apporte ces données à la respiration en systema, et en particulier la respiration de travail, on s’aperçoit de plusieurs choses.

Premièrement, n’en déplaise aux pratiquants et instructeurs pour qui la respiration c’est de la foutaise bon pour des adeptes de sectes, cela confirme pour ceux qui la pratiquent et qui l’ont bien cette impression que la respiration de travail permet d’améliorer l’attention et la performance. En effet, d’après cette étude, ce type de respiration impacte l’hippocampe qui ici a un effet sur la mémoire mais qui participe au positionnement dans l’espace et au déplacement dans l’espace. Bien que ça n’ait pas été testé dans l’article, l’augmentation de son activité permettrait certainement d’avoir une meilleure gestion du corps, des distances et de l’environnement (ce qu’on peut vérifier empiriquement bien sûr quand on respire correctement).

Deuxièmement, la mise en place permanente de cette respiration de travail améliore la mémorisation. Or étant dans un processus d’apprentissage, il me semble pertinent d’insister sur ce point. D’ailleurs, une réflexion que je me suis faite en lisant cet article est que la rapidité du conditionnement en systema lorsque la respiration est mise en place est peut être justement due à cela.

Troisièmement, la respiration explosive où au final on expire plus que l’on inspire en terme de flux et d’amplitude pourrait trouver son efficacité dans le fait de ne pas suractiver l’amygdale. On obtiendrait donc un meilleur contrôle de la peur. Idem d’ailleurs en pranayama ou autre. Quand les expirations sont très longues, l’amygdale se retrouverait au repos, ce qui aurait des effets sur l’anxiété par exemple.

Quatrièmement, on inspire par le nez, on expire par la bouche, et en combat, (cf Vlad au dernier séminaire à saint-raphael) on ferme la bouche, travaillant uniquement avec le nez. On augmente donc ainsi nos performances.

Enfin, si l’on regarde les graphiques dans l’article, la phase d’apnée est celle où l’activité est la plus faible. Les apnées non contrôlées en systema sont à bannir, une partie des explications peut se trouver là dedans.

Conclusion

 

Voilà les informations que je retiens de cet article qui pour certains pourraient sembler évident puisqu’ils l’ont expérimentés empiriquement mais pour moi difficile d’accepter une généralité d’une expérience empirique.

Du coup, dans mon prochain article, je ferai la review du dvd Breathing and Fear.

Si vous avez d’autres conclusions ou points de désaccords dans cet article, n’hésitez pas à laisser un commentaire!

A bientôt

Taxam

Compte-rendu de six mois d’entrainement en systema à Toronto

Bonjour à tous!

Dans cet article, j’ai réalisé une interview de Patrick Lutterbach, un pratiquant de Systema allemand que j’ai rencontré à Francfort et qui a décidé de partir s’entrainer à Toronto pendant six mois. L’interview originale était en anglais, je la publierai aussi mais la trduction que vous lirez ici a été réalisée par moi-même. J’espère que vous apprécierez!

schedule

Bonjour Patrick et merci de prendre le temps pour faire cette interview. Pour présenter un peu ton parcours, peux tu nous dire depuis combien de temps tu pratiques?

la photo de profil de Patrick Lutterbach

Bonjour Yvan! Cela fait environ 3 ans. C’est en 2013 que je me suis intéressé pour la première fois aux arts martiaux et grâce à youtube, j’ai été rapidement au courant et intéressé par cette discipline étrange appelée « Systema ». Je ne connaissais pas vraiment les arts martiaux avant ça, mis à part le judo que j’ai pratiqué enfant ( que j’ai arrêté parce que tout le monde était beaucoup plus agé que moi et m’écrasait !) et la boxe que je regardais à la télé.

Où as tu commencé le systema?

C’était dans une école à Francfort où j’allais m’entraîner environ 3 fois par semaine pendant 6 mois. L’entrainement était amusant, les gens sympas, mais j’ai pas vraiment accroché parce que rien là bas ne m’impressionnait pour me faire aimer la discipline. Mes attentes étaient bien sûr élevées après avoir regardé des vidéos de Vladimir Vasiliev et d’autres grands noms. Par chance, j’ai pu te rencontrer là bas et ce que tu faisais m’a apporté ce qui m’a permis de m’intéresser à la discipline. Comme tu vivais sur Francfort pendant six mois, on s’est entraînés ensemble et nous sommes allés voir Vladimir à Munster en février 2014.

Pourquoi avoir choisi Toronto plutôt que Moscou?

Grâce à ce séminaire à Munster avec Vladimir et le fait d’avoir regardé des heures de ses vidéos, j’ai ressenti le besoin d’aller à Toronto au Headquarter pour m’entrainer un moment. De plus, d’un point de vue pratique, je savais que je serai seul après que tu quittes Francfort. Vladimir était aussi ma référence et comme je ne parle pas russe, Toronto était le choix logique. En plus, le Headquarter offre environ 15 heures de cours par semaine (la première moitié de la semaine, Vladimir enseigne lui-même, la seconde par ses instructeurs Jason, Sasha, Igor). Je rajoute qu’il est possible également d’aller ‘entrainer chez Emmanuel Manolakakis où le systema est enseigné d’une façon différente de chez Vladimir.

Comment as-tu preparé ton voyage?

J’ai travaillé deux ans comme ambulancier et à ce moment là je voulais changer de voie (j’étudie maintenant pour être kiné). Comme mon contrat finissait mi février de cette année, j’ai vu l’opportunité de partir et d’utiliser cet argent pour passer 6 mois à Toronto pour ensuite chercher à intégrer une école. Et j’ai également eu le soutient de mes parents sans qui le voyage aurait été impossible.

Mon père m’a aidé à obtenir un visa, une assurance santé à l’étraner et a trouvé le site web où j’ai trouvé mon appartement (www.Kijiji.ca) où j’ai passé les 6 mois. En attendant, je faisais ce que je pouvais pour continuer à m’entrainer seul, en roulant au sol, faisant des pompes…. Et bien sûr, regardant des vidéos de systema. J’ai aussi fait un séminaire de 4 jours que tu as organisé à Toulouse avec Sinicha Jeftic , Helly Khosrow et un séminaire à Augsburg avec Konstantin Komarov avant de partir au Canada.

Comment s’est passé ton premier entrainement à Toronto? Surpris ?

Malheureusement, j’ai raté le premier cours du soir du lundi à cause du fils du propriétaire de mon appartement qui m’a plus ou moins gardé pour me poser toutes les questions possibles concernant l’Allemagne et tous ce qui à ses yeux lui sembalit intéressant. Du coup, je suis allé au cours du mardi matin où j’ai effectué mon premier cours. Vladimir était enchanté d’entendre que je venais d’Allemagne pour six mois pour m’entrainer avec lui et m’a remercié. Le voir s’incliner en face de moi pour me montrer son respect pour être venu si longtemps juste pour s’entrainer a été un moment fort. L’autre chose qui m’a surpris c’est le nombre de touristes par rapport aux étudiants réguliers. Il y avait déjà des gens venant du Japon, de Belgique, de France et il ne fallu pas bien longtemps pour engager la conversation et aller prendre un café en compagnie de certains d’entre eux. Nino D’Aversa est l’endroit où aller après l’entrainement avec quelques locaux et touristes, avant d’amener tout le monde manger de la bonne nourriture de l’autre côté de la rue. Donc mis à part que je ne me souviens pas du tout de l’entrainement de ce jour, je garde un très bon souvenir de mon premier cours.

Comment les cours sont-ils conduits?

Je ne dirais pas qu’il y a une sorte de cours classique, peut être quelques variations et bien sûr de temps en temps des surprises par Vladimir et d’autres. Beaucoup de cours commencent en marchant ou en courant de différentes manières et des montées et descentes. Certains commencent directement au sol, mais il y a toujours un chemin logique au sein d’un même cours, de sorte qu’on travaille toujours depuis un matériel de base jusqu’à gagner une totale liberté à la fin du cours. Le temps passé avec chaque partenaire dépend de Vladimir et de son attention à ce moment là, qui parfois peut souffrir de discussion avec les gens. Mais, c’est le point positif suivant de ce cours, Vladimir n’est jamais loin et on peut l’appeler et poser des questions, ou lui demander de montrer. Parfois, ça peut ne pas être bien utile, parce qu’il est difficile pour lui de se rendre compte à quel point notre niveau de compréhension peut être bas par rapport à lui. Vous connaissez la phrase «  ça a l’air facile » quand on regarde les dvds. Ses démonstrations d’exercices étaient évidemment toujours divertissantes et avec le temps de plus en plus utiles à regarder.

Avec qui t’es tu entraîné là bas?

Honnêtement, avec énormément de gens. Il y a toujours une fluctuation de touristes, donc sur ces 6 mois, je me suis peut être entraîné avec des dizaines d’entre eux plus les locaux bien sûr.

Qui t’as impressionné?

Il y a eu un grand nombre de personne qui m’ont impression. Le systema, et en particulier dans les deux écoles où je m’entrainais là bas, attire et garde des gens très particulier. Des gens qui réfléchissent à  leur vie, leur personnalité, leur ego, leur santé et leur spiritualité. En d’autres termes, des chercheurs de vérité et de bonheur. Du plus jeune au plus ancien de plus de 70 ans, je pourrais nommer tellement de gens qui m’ont aidé à l’entrainement et dans la vie avec leurs mots et leurs actes que je ne peux en citer un seul au final, mis à part Vladimir lui-même bien sûr. Une anecdote, après un long entrainement durant ma première journée, je m’entrainais et parlais à une fille qui s’entraine plutôt au fight club en général et qui m’a demandé si je m’entrainais ici régulièrement. « Non, il vient d’Allemagne » lui a répondu Vladimir qui soudainement se tenait juste derrière moi, sans que je m’en soit aperçu. Lors de ma dernière visite à Toronto il y a deux mois et demi, un ami et moi étions à la sortie en train de discuter et Vladimir était assis à son bureau quand une mouche est venue voler autour de lui. IL a naturellement attrapé cette mouche pour l’amener ailleurs. Mon ami et moi nous sommes regardés, en se demandant si on venait vraiment de voir ça… Juste deux courtes histoires de ma première et deuxième fois là bas, mais il y en a de nombreuses autres qui vous laisseraient curieux ou heureux. De plus, sentir les mouvements de Vladimir comparés aux autres est impressionnant en soi.

As-tu senti un fossé entre le niveau à Toronto et en Europe?

Tout d’abord, je tiens à préciser que je n’ai qu’une experience limitée sur l’entrainement en Europe. J’ai commencé à Francfort, je suis allé à Augsburg (ndlr: chez Andreas Weitzel) et quelque fois en stage à Toulouse. Mon sentiment est que le niveau est meilleur à Toronto chez les gens qui habitent là bas et s’entrainent de façon régulière. Par contre, ton cours (à l’ADDAM) a choisi une voie et une méthodologie très claire (ndlr: grâce à Konstantin Komarov) que vous suivez, et vous faîtes un très bon travail. Cependant, cette méthodologie fait de vous un cas très à part par rapport à Toronto (et par rapport aux autres endroits que je connais) où il faut toujours donner des cours différents parce qu’il y a toujours des nouveaux élèves à chaque cours. Même avec seulement le nombre d’élèves locaux, il n’est pas possible d’avoir la dynamique et la continuité qu’un groupe fixe de gens motivés peut créer.

Quel a été l’élément le plus important que tu as ramené de ton entrainement là bas ?

Grande question… Je dirais: mes impressions personnelles, sensations et pensées que j’ai reçus pendant sept mois chaque jour avec de supers personnes. Les phrases qui restent dans ma tête (particulièrement Emmanuel (Manolakakis) qui est bon avec les mots), l’impression de douceur et le niveau que d’autres personnes ont. Je dirais la première chose que j’ai eu à apprendre de mon premier voyage a été de passer outre mon ego et d’être humble, et d’accepter tout le monde comme enseignant, et chaque situation comme une leçon.

Peut être aussi deux citations de Vladimir : « Le systema est de tout sentir » et « Patrick, tu peux t’entrainer n’importe comment, mais continue toujours de respirer ». Au final, la chose la plus importante que je ramène à la maison est un nouvel horizon pour moi-même.

Combien de temps doit tu rester pour sentir une amélioration significative de ton niveau?

J’ai expérimenté que cela dépend seulement de toi et du niveau d’entrainement et de compréhension que tu as déjà. Les possibilités pour gagner en niveau sont vraiment là bas, simplement par la présence de Vladimir et d’Emmanuel, tu as tout le savoir et le niveau pour être meilleur. MAIS, comment tu regardes ? Comment tu comprends ? Est-ce que tu vas voir Vladimir pour lui poser des questions et lui demander de sentir ce qu’il fait? Même chose pour trouver de bons partenaires et de faire en sorte de travailler le mieux possible avec ceux qui le sont moins ? Le plus tu en connais et le plus tu sais faire, le plus de bénéfices tu en tireras, et en fonction de toi, même un seul cours peut changer ta perception et donner de nouvelles capacités.

Prévois tu d’y retourner?

J’y suis en fait déjà retourné cet été. Je prévois d’y retourner l’année prochaine. Pas pour l’entrainement mais pour les amis, la culture et mon propriétaire russe qui m’a hébergé !

Merci de nous avoir parlé de ton experience!

Ça a été un plaisir! Si jamais il y a plus de questions, n’hésitez pas à me contacter!

 

 

J’espère que l’interview vous a plu et si vous souhaitez en savoir plus laissez vos questions dans les commentaires!

 

Le systema, cet OVNI martial

Qu’est-ce que le systema?

Un art martial d’origine russe, popularisé par Vladimir Vasiliev et Mikhail Ryabko en occident. Dans l’univers des arts martiaux et sur le net, c’est une discipline qui déclenche systématiquement de trèèès longues discussions. Il m’a été fait la remarque que c’est certainement le ratio inverse le plus important entre discussions générées par rapport au nombre de pratiquants…

Pourquoi?

Parce que c’est une discipline difficile à cerner, à fixer dans un cadre, et même lorsque des pratiquants cherchent à le définir et le défendre, ils se retrouvent toujours dans des situations inconfortables parce que rien n’est jamais absolu dans ces définitions. Est-ce un art martial? oui mais… Est-ce une discipline de santé? Ah oui mais pas que… C’est du développement personnel non? c’est possible oui… C’est pas efficace en combat ce truc non? Si, si, ça peut… Bref…

Je ne parlerais ici que du systema Vasiliev/ Ryabko, les autres styles n’étant pas vraiment différents dans la définition des autres arts martiaux que l’on peut voir ailleurs.

Les quatres piliers du systema

Respiration, structure, relâchement et mobilité. Dans cet ordre en ce qui me concerne. Ce sont les quatre piliers du systema Ryabko/ Vasiliev. Les quatre principes qui doivent être appliqués à tout moment et en toutes circonstances lorsque l’on pratique la discipline. Tant que ces principes sont en place, on fait du systema, ce qui laisse au pratiquant une liberté qui peut s’avérer parfois étourdissante dans son apprentissage et rend peu lisible pour un oeil extérieur les aboutissants de la pratique.

C’est ici que se situe le noeud du problème. Beaucoup de pratiques corporelles utilisent ces quatre piliers. Du coup, la pratique du systema peut être la pratique du mouvement en général, le 400 mètres , la danse, le chant, le combat bien sûr et pourquoi pas le basket ball… Si on étend ces quatres piliers à l’esprit, puisque nulle part en systema il n’est précisé que cela ne concerne que le corps (et peut être qu’il y a une raison), on peut étendre ces principes à des pratiques psychologiques ou spirituelles… Comme on peut le voir, ce qui peut être inclus dans le systema est vaste. Alors est-ce que dire que le systema est la pratique de ces piliers appliqués au combat et à la protection personnelle? Parce qu’il est vrai que 80% du temps de pratique est passé à combattre et apprendre à combattre.

Mais ce serait trop simple. Le systema Vasiliev/ Ryabko est appelé poznai sebia, ou connais toi  toi même. Le combat n’est pas au centre de la définition du système. Dans ce cas, est-ce que le combat n’est pas juste un support, ou plutôt un outil pour travailler à l’intégration de ces quatres principes en toutes situations? En effet, la difficulté d’intégrer ces principes aussi bien  physiquement que mentalement est peu aisé. Les intégrer dans l’un ou l’autre est déjà compliqué, et certaines disciplines s’y attellent comme la gymnastique ou la sophrologie. Le soucis, c’est qu’un gymnaste pourrait perdre 90% de ses moyens à cause du stress tandis qu’un sophrologue peut perdre toute sa zen attitude lors d’une situation stressante hors de son temps et cadre de pratique. Pourquoi? Parce que la pratique se fait dans un cadre prévisible, calme et contrôlé. Le travail se fait sur le corps ou l’esprit sur le long terme, doucement. Cela ne veut pas dire que c’est simple mais seulement que l’on développe des qualités et des capacités toujours dans le même cadre. Du coup la transposition de ces capacités hors cadre peut s’avérer difficile quand survient l’imprévu.

Là où le systema est différent, c’est qu’il va cherche à développer ces qualités dans un cadre constamment stressant, imprévisible et en mouvement. Ce contexte de travail permet ainsi d’ancrer les piliers dans le chaos, qui est le propre de la vie en général. Deux outils principaux sont utilisés pour générer le stress dans lequel on travaille en systema: la privation d’air et le travail du combat (qui inclut la douleur, la peur et bien sûr l’opposition). Le côté intéressant de cette approche est le côté auto-régulation du système. En effet, tout le travail du systema se fait sous stress pour apprendre à le gérer. Lorsque ce stress est bien géré, alors il faut augmenter l’intensité d’utilisation de l’outil pour monter le seuil et rendre à nouveau l’exercice intéressant. Or, pour le combat, si l’outil n’est pas performant, on ne peut plus progresser en systema puisqu’on travaillera toujours en zone de confort. Du coup, il faut constamment augmenter ses capacités de combat, pour pouvoir tout le temps travailler sur la gestion de soi et de ses émotions. Sans cela, on va simplement donner l’impression d’avoir un corps et un mental stable dans un contexte de travail confortable, mais cela s’effondrera dès que le stress deviendra trop important, ce qui revient à retomber dans les travers d’autres pratiques.  Ainsi, on peut dire que le combat est l’outil qui va permettre de se développer en améliorant la compréhension et la connaissance de soi, mais aussi des gens autours via l’amélioration constante de ces quatre piliers.

Le combat en tant qu’outil de rapport à soi et à l’autre

Le combat est donc l’outil central. Toutefois, en tant qu’outil, il doit être adaptable à la situation et à la recherche d’effet. Lorsqu’on va parler de combat, on ne va pas nécessairement le définir comme un combat total. On va utiliser toutes les variations possibles du combat pour travailler des aspects bien particuliers. Cela inclut des formes de mains collantes, du combat au sol, de la lutte classique ou en déplacement pur, des formes de boxe, combat au couteau ou au baton, seul ou en groupe et même le tir (arc ou armes à feu). Toutes ces variations amènent leurs propres spécificités pour travailler sur ces piliers. Idem pour le choix de la vitesse. Une vitesse lente sera faite pour travailler l’écoute interne de son corps et de celui du partenaire, moyenne le déplacement et l’inertie, pleine vitesse le stress (par exemple). Là aussi, ceci conduit à des incompréhensions. Typiquement un exercice ou deux personnes tiennent un bâton et d’un coup l’un tombe. Ceci n’est pas un travail de combat au bâton, c’est juste un travail ou un partenaire envoie de façon fine des directions de forces et ou l’autre partenaire cherche à relâcher les tensions causées par ces forces conduisant inexorablement à la chute. Bien évidemment, ce n’est pas un applicatif comme sur cette vidéo par exemple:

Ryabko travail au baton

Néanmoins, cela reste un outil intéressant pour le travail de la posture et du relâchement. Ainsi, l’esprit des exercices proposés en systema s’approche de cela. Konstantin Komarov, au cours d’un séminaire nous a dit que pour lui, quelqu’un qui veut vraiment faire du systema pour se battre dans un cadre « rue » peut s’en sortir avec  seulement une dizaine d’exercices différents pratiqués pendant six mois. on est loin du corpus d’exercices proposés en systema…

 

En conclusion

Finalement, le systema une fois ces principes et cette méthodologie respectée, va devenir ce que chacun veut y chercher. Pour certains, ça va être le combat, pour d’autres, la santé, pour d’autres, la vie dans la nature, d’autres, la gestion du stress… Le systema est une discipline pleinement polyvalente et les pointures du système ne s’y trompent pas, ils commencent à chercher à sortir cette méthode du domaine des arts martiaux pour l’amener vers l’éducation, la préparation physique ou le soin, là où l’image sera peut être moins importante que le fond.

 

Et pour vous, le systema c’est quoi alors?

 

A bientôt

 

Yvan

Strikes-Soul meets the body par Vladimir Vasiliev et Scott Meredith, ma review

Bonjour à tous,

Aujourd’hui, je vais vous parler de la bonne surprise du mois, le livre Strikes- Soul meets the body du co-fondateur du systema moderne, Vladimir Vasiliev accompagné de Scott Meredith.

STRIKES: Soul Meets Body

Ce livre est sorti le mois dernier et je dois avouer que normalement, je ne l’aurais certainement pas pris ou du moins, pas aussi vite. Pourquoi? Parce que déjà, un livre sur une thématique comme la frappe me semblait aussi pertinent qu’un bouquin pour apprendre à faire du vélo ou à nager. Ce sont des choses qui ne s’apprennent que par la pratique pour moi. Ensuite, ayant vu plusieurs DVDs et assisté à des séminaires de Vladimir, autant l’homme m’a toujours impressionné, autant je trouvais la pédagogie pour le moins soft (ce qui m’a fait m’intéresser énormément à la méthode de Konstantin Komarov). Enfin, ayant lu le premier livre « Let everything breath », par le même auteur, je me suis dit que c’est sympa pour découvrir le systema, mais au final, le contenu, on le pratique déjà. Bref…

Or, il y a moins de deux mois, j’invitais Arend Dubbelboer pour un stage et lors d’une conversation, il me dit que Vladimir sort un nouveau livre, que Kwan Lee a eu l’occasion de lire le draft il y a quelques temps et lui a dit que ce livre était réellement excellent. Après discussion, Arend a piqué ma curiosité et quand j’ai reçu le message de Toronto disant que le bouquin était disponible, je l’ai commandé. Moins d’une semaine plus tard (impressionnant pour un envoi d’outre-atlantique), je l’avais en main et 2 jours après, je l’avais lu. Mon verdict? Ce bouquin est simplement excellent.

Strikes est le support idéal pour comprendre ce qu’est le systema Vasiliev

 

C’est tout d’abord cela qui frappe (sans mauvais jeu de mots)  à la lecture du livre. Oui le thème est sur comment frapper, oui il donne des tas d’exercices plus ou moins connus pour améliorer la frappe (l’exercice du gant est particulièrement amusant je trouve) mais surtout, il explique pourquoi frapper. Il explicite en quoi le travail de frappe est un travail sur soi et comment frapper et recevoir un coup de poing va permettre d’apprendre à se connaitre soi-même. Et c’est là que ce bouquin prend tout son intérêt. Bien plus que let everything breath, Strikes connecte directement un travail à priori sur le combat à un travail sur le mental et l’émotionnel. C’est ce que présente la première partie de ce livre comprenant les chapitres 2 et 3.  Ces deux chapitres montrent l’importance de contrôler son émotionnel par la respiration pour recevoir la frappe entrainant le relachement. Mais il montre également que ce travail de relachement permet de libérer le mental pour devenir froid, ou plutot, mentalement non impliqué ou non parasité par ses émotions ou les émotions de l’autre. Ce qui en retour permet d’améliorer la frappe. Un focus important est mis sur la connection entre le mouvement et la peur. Vladimir explique à quel point la peur parasite le mouvement et comment faire en sorte de la faire partir. Ces chapitres sont à lire très attentivement puisque tout les principes du systema sont là dedans et sont explicités et illustrés. De plus, les anecdotes de Scott Meredith éclaire avantageusement le discours et rendent la lecture agréable.

 

Une méthodologie pour améliorer sa frappe et la rendre efficiente 

 

Cette partie est le coeur du livre. J’ai été surpris de voir l’effort méthodologique qui a été fait. En effet, c’est réellement une progression qui est décrite pour apprendre à frapper selon la méthode systema. Tout un panel d’exercices pour comprendre comment la frappe va fonctionner, comment développer les outils, comment choisir les cibles en fonction de l’effet recherché. Puis vient le travail de réception et d’envoi de la frappe. Enfin, cette partie se termine sur l’utilisation fine de la frappe. Alors bien sûr, n’importe quel cours correct de systema propose le gros de ces exercices. Par contre, la vraie plus-value ici est l’explication à plusieurs niveaux du pourquoi de ces exercices en fonction de ce qu’on recherche.

La dernière partie réintègre l’importance de travailler sur les émotions via le travail de frappes

 

Enfin, en guise de conclusion, le livre revient sur l’importance de ce travail pour dépasser la peur, la vanité, l’ego… Bref le mental. Cette partie est courte mais vraiment pertinente. C’est ici que l’on voit que le systema amène au delà du combat pour travailler directement sur soi. Néanmoins, l’ensemble du livre montre bien que cette phase de combat est nécessaire pour développer les outils indispensables pour faire ce travail sur le développement personnel au risque de rester superficiel.

En conclusion

 

C’est peut être une spécificité française, mais de mon point de vue, Vladimir et Ryabko sont de plus en plus attaqués et critiqués dans le milieu du systema. De nouvelles tendances émergent profitant du travail qu’ils ont effectués pour créer une communauté systema et essaient de s’imposer par la critique du modèle précédent pour gratter quelques parts de marché (pas assez réalistes, inefficaces, pour les civils…). Ici, Vladimir sort un document montrant clairement qu’en plus d’être vraiment au dessus du lot par rapport à tous les émergents, il a réellement une compréhension profonde de ce qu’il fait. Cela montre également que lorsque l’enseignement du systema est structuré (peut être grâce aussi à Scott Meredith), il devient particulièrement limpide, ce que montre également Konstantin Komarov. Enfin, un truc qui semble être oublié, ce livre montre tout de même la masse d’heures de travail que cette discipline demande et qui est certainement une des raisons principales de la frustration qui amène à la critique de la discipline.

Pour terminer, je ne peux que recommander ce livre qui avec celui de Konstantin est réellement utile à n’importe quel pratiquant de systema désirant progresser et comprendre ce qu’il fait.

 

Le livre est disponible sur le site de Vladimir Vasiliev:

pour le commander

 

A bientôt!

La méthode de systema de Konstantin Komarov

Début septembre, j’ai eu l’honneur de recevoir à l’association pour le développement et la diffusion des arts martiaux (ADDAM) le major Konstantin Komarov, ancien membre du GRU mais aussi docteur en psychologie pour un stage de systema à Toulouse.  Nous avions décidé avec nos partenaires du cercle de systema de faire venir Konstantin pour nous suivre sur une longue période afin de nous transmettre sa propre méthode d’enseignement du systema.

Un petit peu par hasard, cela coïncidait avec la parution en anglais de son livre « Systema Manual ». Je vais donc m’atteler aujourd’hui à faire un compte rendu de ce stage que je mettrai en parallèle avec son livre qui sera reviewé plus tard.

La thématique du stage était donc méthodologie du systema. Il s’est découpé en deux parties, la première sur la première journée consistait en la présentation des premiers pas de sa méthode, la seconde sur la deuxième journée, nous a donné les exercices nécessaires et suffisants selon lui pour gérer le gros des combats à mains nues (type combat de coqs notamment).

Mais avant le stage à proprement parler,  il nous a fait un petit cours privé avant le stage de 2h où il nous a repris sur tous les exercices de base à savoir pompes, squats, relevés de bustes et de jambes. Il nous a donné de très nombreuses corrections sur l’exécution de ces exercices pourtant simples de prime abord. En particulier, ses corrections m’ont permis une mise en évidence lumineuse sur la mise en place de chaines musculaires profondes lors de l’exécution de ces mouvements. S’en est suivi ensuite une séance de lutte souple façon systema où Konstantin nous a expliqué ce qu’il faut rechercher sur ces exercices. En effet, contrairement au côté jeu d’opposition associé à la lutte en règle générale, dans notre cas, il s’agit de focaliser l’attention sur notre propre corps pour contourner chaque tension musculaire qu’engendre le partenaire. Ainsi, tomber n’est pas ici synonyme de défaite, mais la descente au sol est simplement une direction de plus où aller pour contourner la pression du partenaire.

Par rapport au contenu de son livre, ces simples exercices couvrent la partie conditionnement du corps au mouvement et la respiration. La lutte debout étant finalement un test pour voir l’évolution de la manière de bouger mais aussi de maintenir une respiration  constante après le conditionnement nécessaire sur lequel je reviendrai.

J’attaque donc le compte rendu du premier jour. La logique de progression de Konstantin au niveau du conditionnement physique est la suivante. On doit repasser TOUTES les étapes d’apprentissage de la marche. En effet, dès le fait de ramper au sol on conditionne un certain nombre d’erreurs ou du moins de mouvements non optimisés. Puis plus on se redresse, plus ces défauts s’accumulent et affectent la structure dans son ensemble, créant au passage des tensions musculaires inutiles. De plus, avec le temps, une peur du sol et donc de la chute se développe et bien sûr, toute peur génère aussi des tensions. En paralèlle , et certainement à cause des conséquences d’une mauvaise posture, la respiration doit également être retravaillée pour être juste, contrôlée et surtout permanente. C’est donc selon ces axes que Konstantin nous a fait travailler. Nous avons donc travaillé la mobilité au sol couplée à l’inspiration et l’expiration. Puis nous avons travaillé avec un partenaire pour chercher à le renverser au sol en utilisant le placement et le déplacement. Enfin nous sommes passés debout pour un travail sur les chutes les yeux fermés. Là aussi, il était important de garder une respiration continue. Nous avons terminé sur de la lutte au sol en utilisant un baton pour deux…

 

Le second jour, Konstantin nous as fait faire un petit écart à sa méthodologie. En effet, il s’est penché sur l’aspect combat pur du systema. La raison invoquée était la suivante: sur l’ensemble des séminaires, nous allons travailler au reconditionnement du corps pour acquérir les bases du systema. Or, une des raisons premières pour laquelle les gens viennent aux arts martiaux est le combat (au sens large). Konstantin nous a donc fait travailler un set d’exercices qui selon lui englobe le gros de ce qui se passe durant un combat et développe les aptitudes pour y faire face. Néanmoins, on s’aperçoit vite que tout ces exercices sont bien plus pertinents lorsqu’on a le corps conditionné correctement.

Le travail a commencé par un exercice pour évaluer les distances correctement. Une fois que la distance était prise, le deuxième exercice permettait de travailler la génération de force via la structure en utilisant les poussées sur quelqu’un arrivant vers soi pour nous saisir. Puis, avant la saisie, bloquer le bras d’une main pour pousser simultanément avec l’autre. Pour accélérer le rythme et augmenter la pression, plusieurs attaquants arrivaient ensuite en courant en ligne et en frappant. La réponse était la même, bouger, et pousser. Ensuite, les différents types de frappes possible avec les bras ont été travaillées puis le travail de frappes avec les jambes. La session s’est terminée en enchainement un coup d’arret avec la jambe en avançant suivie d’un enchainement de frappes.

Travail de frappe par Konstantin lors du stage

Bref ce séminaire, excellent au demeurant, reprenait le tout début de son livre. Il nous donnera ensuite le reste de l’apprentissage lors des prochains stages durant ces trois ans.

 

Khosrow Helly, un des premiers instructeurs français de systema

Aujourd’hui je vais proposer une retranscription la plus fidèle possible d’une conversation/interview que j’ai fait avec l’un des deux plus anciens pratiquants et full instructeurs de systema français, Khosrow Helly. Bien moins mis en avant que d’autres, Khosrow a pourtant également participé à ce que le systema en France est aujourd’hui.

Cet article est donc une retranscription puisque comme le savent ceux qui connaissent un peu le personnage, il aurait fallu une encyclopédie en 10 tomes si il avait fallu tout retranscrire…

La première fois que Khosrow a entendu parlé de systema, c’était dans un Black belt magazine de la fin des années 90 où un article était consacré à Vladimir Vasiliev, alors peu connu. Cet article lui rappelait une méthode russe dont il avait entendu parlée plus jeune,  pratiquée par les partisans russes, un mélange de boxe et de lutte, d’utilisation d’objets tels que des chaises ou des ceintures pour le combat.

A la fin des années 90, Khosrow s’entrainait au Kali, chez Jeff Espinous en compagnie entre autres de Stéphane Fernandez et Jerôme Kadian. Il avait pour habitude de faire des photocopies des articles qu’il appréciait et les distribuait à tout le monde dans son club.  Un peu plus tard, il tombe sur une publicité pour une des premieres videos de Vasiliev publiée chez Paladin Press sur le couteau. le dvd étant indisponible à ce moment là, il contacte de fil en aiguille directement l’école de Vasiliev à Toronto et tombe sur Valérie Vasiliev. Surprise par le fait qu’un français ait entendu parler d’eux et Khosrow étant quelqu’un de sociable, ils finissent par sympathiser et elle lui vend 3 VHS et un livre sur le systema. C’est à partir de ce matériel qu’il commence à s’entrainer avec ses partenaires du kali. Il lui faut seulement 15 jours pour recontacter Valérie afin de lui demander de lui envoyer tout ce qui sort en systema et il en profite pour demander des précisions et des corrections sur sa compréhension du système qui à l’époque n’était que balbutiante. Le concept de relachement musculaire posant notament beaucoup de problème. En effet, bien que capable de reproduire ce qui était visible en vidéo, il leur manquait la compréhension par le toucher et la sensation pour réellement comprendre ce qu’il se passe ( C’est d’ailleurs toujours le même problème aujourd’hui avec les vidéos trouvables sur le net)C’est ainsi qu’il reçoit très régulièrement de nouvelles vidéos, des conseils de Valérie et plus tard de Vladimir lui même.

C’est après la vidéo de fighting on the ground de Vladimir Vasiliev que Khosrow décide de partir directement à Toronto en compagnie de Jerome Kadian. Malheureusement, un empechement, l’oblige à annuler laissant Jerome Kadian y aller seul pour cette fois.  De retour, Jerome Kadian ramène du nouveau matériel au groupe. le problème étant qu’à ce moment là, la pédagogie de Vasiliev était surtout basée sur du sensitif, freinant la progression à distance.

Khosrow garde le contact régulièrement et apprend la tenue d’un stage de Vasiliev dans les midlands.  Khosrow y va donc accompagné à l’époque de Stéphane fernandez,  Jean Michel Le prêtre et Jerôme Kadian. Ce sera la première rencontre entre Vasiliev et Khosrow après plusieurs années au téléphone. Ce stage regroupa environ 120 pratiquants dont certains sont aujourd’hui bien connu dans le milieu tel que Paul Genge. Vasiliev à l’occasion de prendre Khosrow en tant que partenaire et là, la puissance des frappes subies est un choc. Le concept de la frappe « nice and soft » est une découverte. de même, durant ce stage, Vasiliev pratiqua le massage systema sur Khosrow qui effraya les autres participants par ses hurlements de douleur. Oui, le massage systema n’est jamais agréable la première fois (mieux après je me pose toujours la question…). C’est durant ce stage que Khosrow demande au cours de la soirée avec Vladimir si il peut venir à Toronto en 2000 sentant qu’il faudrait qu’il s’entraine directement là bas pour comprendre ce concept de détente.

C’est donc en 2000 que Khosrow se rend à Toronto où Vladimir va directement le chercher à son hôtel pour l’amener à sa salle. Durant le trajet, il conseille à Khosrow d’oublier tout ce qu’il a fait, le systema ne permet pas de prendre de repères en comparant avec les autres disciplines, donc autant oublier…

Et pendant 3 semaines, il se fait taper dessus. Il lie d’amitié avec Alex Kostic, Emmanuel Manolakakis, Vitalli et d’autres qui l’aideront pendant et après les entrainements à comprendre ce qu’est le systema.

L’entrainement de l’époque était dur, une petite anecdote que je retranscris ici. La scène se passe après un entrainement particulièrement éprouvant pour Khosrow.

V.Vasiliev: « Pourquoi es tu venu? Si tu prends une balle dans la jambe, les secours arrivent.  Tu préfères ramper jusqu’à la porte pour atteindre les secours ou rester ici?

Khosrow: ramper »

Et Vladimir sourit…

Voilà la sympathique ambiance de l’époque.

Après 3 semaines, il rentre en France, mais repart 5 mois plus tard. de 2000 à 2010, il s’est rendu à Toronto entre 2 et 3 fois par an.

Néanmoins, Khosrow ne s’est pas cantonné à Vasiliev. En 2002, il s’est déplacé également à Moscou, chez Mikhail Ryabko. Là bas, il était avec 4 autres élèves, entourés par 10 instructeurs durant la journée et avec Ryabko 1h30 tous les jours. Ayant des problèmes de dos depuis longtemps, il apprendra là bas à se rééduquer pour récupérer sa mobilité…

Khosrow obtient son certificat de Full instructeur en 2003 chez Vladimir Vasiliev à une époque où ils étaient encore peu nombreux. Il est également certifié en 2007 chez Ryabko. Il a ouvert sa propre école dans une salle d’armes à Paris. Etant l’un des plus anciens, il a pratiqué, formé et parrainé un grand nombre d’instructeurs français et de pratiquants français dont la qualité estunanimement reconnue. Je citerai Sinicha, très connu dans le milieu et initiateur d’une grosse partie des stages français avec des instructeurs internationaux, du cercle de systema à Malakoff, Jean-Michel Leprêtre pratiquant toujours à la même salle de kali où tout a commencé, Yann Christodoulou de l’ADAD à Nantes, Richard Mugica de Poznai Sebia33 à Bordeaux.  J’ai moi même eu l’honneur d’être présenté par lui et Sinicha pour l’ADDAM à Toulouse.

La vision et l’approche qu’à Khosrow du systema est la suivante: « le systema est un art lié à la compréhension de l’humain et à l’utilisation de cette compréhension pour augmenter ses capacités physiques et émotionnelles. Le systema a pour vocation de développer la résilience de l’individu, raison pour laquelle il devrait être pratiqué régulièrement en pleine nature. Ces qualités permettent de rendre l’humain meilleur et c’est pourquoi le systema doit être diffusé et partagé sans la moindre rétention d’information (sauf éventuellement dans le cas de thématiques pour professionnels). Est-ce qu’on peut parler de développement personnel? Oui, peut être en fonction de la définition de développement personnel. Prendre des coups avec une compréhension correcte par exemple permet de s’améliorer en comprenant ce que cela induit chez nous. Le systema rend ainsi non violent en nous faisant prendre conscience de notre propre violence!  Le pratiquer en tant que méthode de destruction de l’autre signifie passer à côté d’un gigantesque pan de son enseignement. Puisqu’il permet de s’améliorer, il est adapté à n’importe qui, des enfants aux personnes agées. »

Il est d’ailleurs intéressant lorsqu’on écoute Khosrow donner un cours, de voir ce discours de non violence présent constamment.

En exclusivité, une petite vidéo de Khosrow prise à l’occasion du stage donné pour l’ADDAM à Toulouse début mai à propos du travail du contrôle émotionnel en générant un stress par privation d’oxygène. Son partenaire est JD, le chauve le plus connu du systema français (ou pas loin):

Khosrow ayant contribué avec Sinicha à développer le systema dans le sud ouest, les différents clubs adhérant à sa manière de pratiquer se sont regroupés sous le nom du cercle de systema sud ouest.