Ne pratiquez pas pour la self défense

Aujourd’hui, j’ai fait le choix d’écrire un article un peu polémique sur une des raisons majeures pour laquelle les gens viennent dans les arts martiaux et les sports de combat, la self-défense. Pourquoi ? Parce qu’en moins d’une semaine c’est la quatrième fois que j’ai la conversation avec plusieurs personnes différentes…La self-défense est la recherche d’une efficacité en combat pour neutraliser un ou plusieurs agresseurs physiquement. Je différencie donc cela de la protection personnelle qui est une démarche plus globale pour se maintenir en sécurité.

La self-defense est la raison majeure de débats enflammés sur quel est l’art martial le plus efficace, sur le fait que le MMA c’est le meilleur moyen de se défendre et que le reste sert à rien etc… Je ne traiterai pas dans ce billet de la peur qui mène à la recherche d’une self-défense et du moyen de la traiter, je fais simplement rester sur l’aspect purement combat de cette notion. Néanmoins, le fait que j’ai cette conversation aussi souvent avec des gens qui cherchent à se rassurer montre bien qu’il faut prendre le problème à la base : la peur.

I- La réalité d’un engagement à un niveau léthal

La recherche de l’entrainement le plus approprié pour être efficace en combat est parfois une obsession. On trouve ainsi des gens changeant de clubs tous les six mois pour trouver un truc plus ultime que le précédent. On a les adeptes des coups vicieux qui ne peuvent pas s’y entraîner réellement pour raisons de blessures sérieuses possibles et ceux qui disent qu’il n’y a que les sports de combat qui préparent à la self parce qu’il y a du sparring. On m’a récemment sorti cette plaisanterie qui m’a-t-on dit vient des forces spéciales russes, même si 1, je ne sais pas si c’est vrai, 2 s’applique de toute façon à tous les guerriers professionnels actuels :

Quand un soldat utilise-t-il le combat à mains nues dans l’armée :

  • Si le soldat a perdu son unité
  • Si le soldat a perdu son arme à feu
  • Si le soldat a perdu son couteau
  • Si le soldat a perdu son casque, sa ceinture, son gilet ou quoique ce soit d’autre qu’il pourrait utiliser comme une arme
  • Si il se trouve dans une zone sans cailloux, branche d’arbre, bout de métal, ou objet de ce type
  • Si il se retrouve face à un autre idiot qui s’est retrouvé dans la même situation que lui…

Bien que partant d’une plaisanterie, ce petit texte pointe à quel point le postulat de base, qu’une discipline de combat à mains nues puisse être une réponse à un combat où notre vie est réellement mise en danger, est juste non pertinent. D’ailleurs, je tiens simplement aussi à rappeler une différence entre guerrier et combattant. Un combattant combat, un guerrier fait la guerre. Pas les mêmes objectifs ni les mêmes enjeux. Une agression avec un enjeu vital se traite à un niveau d’engagement léthal. A ce niveau, ce sera le mieux armé qui gagnera 9 fois sur 10, même sans avoir jamais pratiqué quoique ce soit.

 

II- La meilleure pratique pour survivre à une agression où notre vie est en jeu?

 

N’oublions jamais que si on cherche tant à développer des armes de plus en plus perfectionnées et du matériel de combat de plus en plus performant, c’est parce qu’il est plus rentable et léthal d’armer quelqu’un que de l’entrainer pendant des années pour un pic d’efficacité qui durera à peine une dizaine d’années, comme un pratiquant de sports de combat par exemple. J’ai eu l’opportunité de rencontrer Tom Duquesnoy, combattant à l’UFC. Simplement le voir bouger montre à quel point il est dangereux en combat. J’ai réellement était impressionné par ses capacités physiques.

Tom en action: puissance, précision, technique, un athlète professionnel

Cependant, toute sa vie est consacrée à cela. Si sa préoccupation était la self-défense et non pas gagner des titres, ce serait une pure perte de temps… Or, si vous voulez atteindre un tel niveau d’efficacité et que la compétition ne vous intéresse pas, ça demande de sacrifier 4 heures par jour d’entrainement, 5 jours sur 7, d’avoir un rythme de vie hyper sain, une alimentation optimisée et aucune autre source de fatigue parasite pour être au top tout le temps… Et là encore, combattez un type un peu vif avec un cutter et je ne parierai pas forcément sur vous… Et encore, si vous arrivez à la phase de combat et que vous n’avez pas été ouvert avant.

Voilà donc la question qu’il faut réellement se poser si la self-défense est votre vrai soucis principal, quel est l’arme la plus léthale, la plus pratique, la plus simple à obtenir, la plus discrète et la moins nécessiteuse en temps d’entrainement pour éliminer une menace qui s’en prend à nous…

Best black/ champion’s belt ever

 

C’est à ce moment-là qu’on perd la plupart des gens qui découvrent que leur question relève plus du fantasme de toute puissance que d’une problématique réelle (ou alors il y a peut être un penchant psychopathe).

Stéphane Edouard, un sociologue connu, dit un truc intéressant : le passage à la vie adulte chez l’homme se ferait quand il ne rêve plus d’être un super-héros. Le passage chez la femme se ferait différemment selon lui mais ici ce n’est pas l’endroit pour en discuter (ni la période :P). Donc pour mettre tout le monde d’accord, vous voulez survivre ? Ne faîtes pas de disciplines de combat à mains nues si vous souhaitez avoir une vie à côté…

 

III- La meilleure pratique pour briller en combat ?

 

Voilà en fait souvent la vraie question que l’on se pose quand on cherche l’efficacité. Comment s’assurer une victoire propre, sans conséquence et s’assurer la gloire et l’admiration de l’assistance. Dans un contexte honorable évidemment, à savoir, un bon petit duel. Dans ce cas, un truc qui vous donnera du cardio, pas de peur des coups, un mental imperturbable, beaucoup de force et des copains pour éviter que trop d’éléments perturbateurs s’en mêlent.

Bonne chance au mec de 70 kg qui lui tentera un gauche droite crochet uppercut ou un génital gorge…

En fait, faites du rugby… ça couvrira 95 % des besoins… Et si vous ne tombez pas sur le champion national d’un sport de combat quelconque, ça devrait passer tranquille. Il faut garder en tête qu’une légère différence de puissance se compense uniquement par une grosse différence technique. Teddy Riner est la preuve vivante de cela. Sa puissance fait qu’il est intouchable, pas sa technicité en judo.

(image originale: http://la1ere.francetvinfo.fr/mondiaux-judo-budapest-teddy-riner-emilie-andeol-deux-medaille-venir-507027.html)
Il faut vraiment que j’explique?

De même, les catégories en sports de combat se font parfois avec une différence de 5 kilos seulement !

Ou alors utilisez votre cerveau et ne combattez pas. Plus simple, moins de conséquences et sa fait travailler sur l’ego… Ah non, ça va pas avec mon titre de paragraphe…

IV- Quelle pratique pour la self-défense ?

 

Comme on peut le voir, la pratique n’est pour moi pas pertinente dans le cadre de la self-défense. Néanmoins, je vais nuancer ces propos. Toute pratique sportive donnera des chances en plus. La compréhension du corps, le sens des équilibres la stabilité mentale sont autant de capacités importantes en cas d’agression. Et surtout, la capacité d’adaptation. Certains penseurs des sports de combat suggèrent que la vie c’est comme dans la cage et que donc la cage permet de modéliser la vie. A l’inverse, je cite un simplet qui dit que la vie c’est comme une boîte de chocolat, on ne sait jamais ce qu’on va y trouver. Pourtant, c’est avec ça qu’on doit se débrouiller. Et pour citer un instructeur adepte de la finesse : Embrace the suck. Voilà ce que doit développer une pratique martiale, une capacité de résilience. Cependant, la self-défense ne doit pas être la recherche finale, le risque étant de conditionner toutes les réponses à ça et donc se fermer sa capacité d’adaptation.

En plus de ces capacités, le seul vrai levier non aléatoire qui est à notre disposition pour reprendre l’avantage sur une agression est la bonne gestion de la phase avant l’agression physique. Sujet traité par la protection personnelle et qui permettra de vous donner un avantage sur l’agresseur avant l’agression. Pour cela il faudra user de qualités tactiques, psychologiques et de conscience qui vous permettront de regagner l’initiative sur l’agresseur pour être dans la capacité de faire un maximum de dégâts le plus vite possible (et de déployer ce qu’il faut pour le faire). En gros, une approche de type combative. Pas vraiment une surprise puisque conçus pour cela…

 

Conclusion: pourquoi pratiquer ?

 

Pour sa santé, pour la culture, pour se faire plaisir, pour être avec des gens sympas ? Assumer les raisons de sa pratique est important pour progresser. Il ne faut pas les nier mais au contraire les assumer pleinement. La raison principale d’une inscription dans un club quelconque doit être avant tout de se faire plaisir. Et si réellement, la peur est votre motivation réelle, une première piste est dans cet article que j’ai écrit sur la protection personnelle.

N’hésitez pas à me laisser votre avis et à bientôt !

Yvan

4 commentaires

  • Clément

    Un texte intéressant et pourtant j’ai été dérangé.

    De manière très générale, je suis d’accord avec cette réflexion et les propositions faîtes autour du phénomène “peur” qui est un gros “motivateur” pour nombre de pratiquants (anciens et nouveaux).

    Parce qu’au final, dans les arts martiaux et autres sports de combat ; une des grandes recherches (si ce n’est d’ailleurs la recherche principale) c’est l’efficacité.

    Alors, comment parler, prouver, réfléchir autour de cette recherche? Quand le péquin lambda n’a qu’une simple lecture de consommateur et voit “la recherche” comme “la solution” (pourtant le terme est clair, c’est une recherche).

    Mais ceci n’explique pas en quoi j’ai été dérangé.

    Dans ce texte transparait une colère certaine, on sent que tu t’es lassé de devoir répondre à ces gens que nous (je m’inclus clairement dans la dynamique) voyons comme des bados (en plus je suis insultant).
    Et je comprend tellement…

    Le truc, c’est qu’après on sent que tu es bienveillant (mais un peu tard) parce que tu refiles des pistes à explorer et tu reviens à dire que certains éléments clés (équilibre, repère dans l’espace, etc…) peuvent sauver la mise et en fin de compte, c’est ça la self (dans un premier temps).

    Donc, si j’avais une critique à faire ; mon conseil serait le suivant.

    Analyse ce qui t’as lassé et mis en colère autour de cette question puis reviens sur ce texte (qui touche nombre d’entre nous).
    Avec un écrit pareil, tu toucheras nombre de prof, mais tu feras peut être fuir le tout venant et c’est dommage ; car, te concernant aussi, la colère que tu as, doit être lié à une certaine angoisse (laquelle?).

    Ma question pour terminer et qui me paraît la plus logique (une question purement rhétorique) :

    Cherches tu à faire fuir le tout venant?

    • Taxam

      Bonjour Clément et merci d’avoir pris le temps pour ce long commentaire!

      Merci aussi pour cette critique constructive. Pour te répondre sur l’aspect colère cachée, je ne le ressens pas vraiment comme ça. Eventuellement une certaine lassitude de devoir répéter encore et toujours pourquoi je ne promet pas de faire des gens des guerriers invincibles. Cependant je te rassure, le reste du temps ça va je me porte bien! L’angoisse sous-jacente? Je ne parlerais pas vraiment d’angoisse. Disons que on vit dans une société que tout le monde sent instable pour ne pas dire plus. La réponse à cette instabilité pour la plupart des gens c’est la recherche de la capacité de destruction maximale. Or, c’est avec cela qu’on arrive aux prophéties auto-réalisatrices. J’essaie donc de plaider sur ce blog à l’utilisation des arts martiaux pour devenir plus stable mentalement et pas des machines à tuer en remplaçant de la crainte par de l’agressivité. Or, de ce que je vois et des discussions que je peux avoir avec différents profs, ça reste la stratégie la plus commune.

      Le simple fait d’être obsédé par prouver ses capacités en combat me fait me poser des questions sur le bien-être psychique de la personne concernée.

      Est-ce que la recherche de l’efficacité doit être un moteur ou une cible? Et surtout quelle efficacité? Toujours le point de vue que je défend, l’art de la guerre appliqué au commerce me paraît bien plus bénéfique en terme d’efficacité sur ma vie personnelle que l’art de la guerre appliqué à la guerre ou à la simple agression. Comme je l’ai dit dans mon article, l’art martial doit développer avant tout la résilience. Je ne pense pas que dans l’histoire, on ait eu un peuple qui ait été décimé parce qu’il ne s’entrainait pas à combattre. Dans ces cas, là, la nécessité fait qu’on apprend vite. Par contre, tant que la guerre n’est pas là, avoir une démarche de construction de la résilience permet de passer le choc pour pouvoir riposter ensuite.

      Donc si angoisse et colère il y a (mais je ne le sens pas comme ça), c’est à un niveau macro.

      Du coup et-ce que je cherche à faire fuir le tout venant? Oui, je cherche à détourner d’un chemin qui ne mène qu’à la destruction.

      En tous cas, encore merci pour ton commentaire, il a eu le mérite de me faire expliciter cette démarche…

  • Alexandre

    Les gens subissent un cercle vicieux:(peur-colère)générateur de stress et de dépression avec ce qui se passe en ce moment:surcharge au travail,insécurité,pollution etc…
    Il faut casser ce cercle! l’être humain est dominateur sur Terre et il veut le rester, même sur mère nature.Mais il n’est pas l’écoute des autres car son égo est fort en lui.L’acceptation et le pardon sont des moyens de travail pour commencer à prendre un autre chemin.

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