Les sucker punchs : attention à la stratégie du quitte ou double

Un des mythes classiques de la self-défense est l’efficacité absolue de l’utilisation des sucker punchs. Pour rappel, les sucker punchs sont les coups « vicieux » portés vers des zones sensibles et/ou fragiles du corps. Ils ont la réputation de neutraliser en un coup l’adversaire présumé. Ces sucker punchs ont une efficacité bien réelle. Néanmoins, leur utilisation abusive en self-défense peut conduire à augmenter la difficulté s’ils ne sont pas pratiqués dans le bon contexte… C’est ce dont nous parlerons ici.

sucker punchs
Même pas mal

 

Sucker Punch ?

Que sont les sucker punchs ? En gros, tous les coups que l’on ne porterait pas lors d’un combat sportif. Pour faire simple (Ici ou ici si vous cherchez de bonnes idées dans des bouquins pas mal du tout). Si ils ont été retirés de la plupart des sports, c’est parce qu’ils font trop de dégâts. Crever un œil, frappes génitales, casser les doigts, exploser un tympan, en plus de faire mal, ça a quand même des conséquences à long terme faisant que ça ne vaut pas trop le coup de les utiliser pour du sport. Par contre, pour les mêmes raisons, les arts martiaux et les self-défense adorent les utiliser. Théoriquement, ça se comprend assez bien puisqu’infliger ce type de dégâts ne demande que peu de force la plupart du temps pour un résultat optimal.

Alors quel est le problème ?

 

L’importance de l’intégration tactique du sucker punch

 

Le sucker punch doit s’intégrer dans une réflexion globale. En effet, il possède deux inconvénients majeurs qu’il faut prendre en compte avant de l’utiliser et c’est là que se trouve le problème.

Le premier problème est que le sucker punch, contrairement à la croyance générale ne neutralise pas l’adversaire instantanément. Il suffit de regarder des combats de kick-boxing, de MMA ou des frappes aux parties arrivent régulièrement. Les combattants ne tombent pas immédiatement (oui ils ont la coquille mais quand même). Deux autres cas connus illustrant cela, Gérard Gordeau à l’UFC 1 qui crève un œil à son adversaire, adversaire qui continue à combattre et Yuki Nakai qui fait trois combats de MMA à la suite avec un œil crevé. Autrement dit, l’adrénaline fait que la personne ne s’arrêtera probablement pas immédiatement. Par contre, une fois que vous avez indiqué que vous étiez prêts à faire cela (ou que vous l’avez fait), vous indiquez à l’agresseur que vous augmentez le niveau de dangerosité vitale de l’agression. Mieux vaut alors être sûr de soi…

Le deuxième problème est que les séquelles potentielles laisseront par la suite une ouverture à une attaque juridique où il faudra expliquer que cette réaction était bien proportionnelle à la dangerosité de l’agression… Là aussi, il faut être sûr de soi.

Par conséquent, intégrer l’utilisation du sucker punch ne peut se faire qu’en situation de réel danger (une saisie du col ou du poignet, c’est pas un réel danger, sauf à bien argumenter votre lecture de la situation) et si l’idée est de pouvoir fuir ou d’avoir une position dominante pour la suite.

 

La mauvaise utilisation des sucker punchs

 

Deux anecdotes me sont arrivées à ce sujet. Une il y a pas mal de temps, à l’époque où le jiujitsu brésilien n’était pas aussi répandu.

J’ai eu l’occasion de faire un sparring un peu dur contre un pratiquant de karate kyokushin avec des règles tacites de MMA. Arrivé au sol, je le contrôle en croix avant de le soumettre. J’attendais qu’il abandonne, sans frapper, et là il a cherché depuis cette position à me percuter aux parties génitales avec son bras à moitié contrôler. En réponse, j’ai effectivement lâcher son bras, je l’ai frapper avec de l’amplitude aux génitales à mon tour, avant de passer en monte et de lui mettre mes deux pouces dans les yeux pour enchaîner sur mon americana quand il a essayé de se protéger (j’avais pas non plus envie de lui crever les yeux…). C’est typiquement, le cas où l’utilisation du sucker punch n’est pas bonne.

Deuxième cas, récent, sur une saisie des deux mains dans un cours de self (pas le mien), la personne n’arrive pas à sortir. Du coup, elle essaie dans une mauvaise position de me mettre un coup de pied aux parties. Sans équilibre, les deux mains prises, peu de précision et d’efficacité, par contre, le signal pour moi, qu’elle devient dangereuse donc une prise de position plus offensive… Le sucker punch ne peut pas renverser une situation de domination totale. Par contre, il va juste indiquer que vous êtes plus dangereux et donc qu’il faut vous neutraliser plus vite.

 

La bonne utilisation des sucker punchs

Le sucker punch va donc s’intégrer avec une suite dans les idées et pour une raison bien précise. Le sucker punch est là pour donner une ouverture en position où l’on est dominé. Par contre, hors de question de rester planté après sous peine d’avoir simplement escaladé l’altercation. Le sucker punch peut par contre s’utiliser en position dominante pour rapidement neutraliser quelqu’un. Une discipline que j’ai beaucoup pratiqué à l’époque est le kino mutai, une pratique philippine des sucker punchs. Cette pratique intègre la notion de contrôle postural de l’adversaire permettant d’appliquer ces techniques de façon efficiente mais aussi de contrôler l’augmentation du niveau d’engagement de l’adversaire.

 

Pour moi, la clé de l’utilisation est là : le sucker punch doit servir avant tout à être plus efficace, dans le sens faire plus de dégâts, dans une situation où vous êtes en contrôle relatif. Ce n’est absolument pas quelque chose à utiliser en première intention sous peine d’empirer une situation.

 

Conclusion

Mon approche de la protection personnelle est une approche globale. L’utilisation des sucker punchs en tant que finalité va à l’encontre de mon approche. En effet, lorsque c’est le cas, c’est qu’on a laissé la situation devenir hors de contrôle. On espère alors se sortir de ce mauvais pas avec une technique magique. Ceci est voué à l’échec voir à une aggravation de la situation. Néanmoins, leur utilisation fait partie du bagage martial lorsqu’ils s’intégrent à une stratégie globale. Dans ce cas, ils ne sont que des outils destinés à un objectif bien précis en situation désespérée.

Et vous, quelle importance donnez vous aux sucker punchs ?

 

Pour aller plus loin dans cette idée, ce livre de Matt Hatmaker dont je ferai prochainement la revue:

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