Les 10 blessures les plus fréquentes dans la pratique des arts martiaux

Les arts martiaux et sports de combat sont des activités physiques avec un niveau d’engagement de peu à fortement engagé. Inévitablement, cela peut mener à des blessures pendant la pratique. Connaître les blessures les plus fréquentes peut permettre à la fois de sécuriser la pratique pour spécifiquement les éviter et ensuite savoir comment y réagir. C’est ce que nous verrons dans cet article qui a été écrit avec l’aide de deux médecins que je remercie pour leur temps.

Introduction

Je pratique les arts martiaux depuis maintenant 28 ans. Je les enseigne depuis une douzaine d’années. Durant tout ce temps, je me suis blessé 3 fois. Une machoire déboîtée suite à un coup de pied de face en Taekwondo, une luxation de l’épaule pendant un cours de jjb et une entorse des ligaments externes du genou sur un mauvais appui pendant que quelqu’un de beaucoup plus lourd que moi a sauté dans la garde. Sur les trois fois, deux n’étaient pas du fait de l’exercice ou de la pratique martiale mais d’un mauvais cadrage de l’animateur. La troisième, le ligament, une erreur de ma part.

Pendant mes cours, j’ai assisté à cinq blessures. Une clavicule qui a sauté sur un appui bras en contrant une sortie de monte, une double fracture ulna/ radius sur une kimura et une rotule sur une chute sur le genou pendant un combat de jjb/judo. Hors combat, un orteil cassé à cause d’un partenaire qui a trébuché pendant un exercice technique sur la personne et une entorse de la cheville à cause d’un tapis. J’étais responsable du cours, donc de ces 5 blessures. Néanmoins, à part la kimura, aucune n’était prévisible. Et encore, la kimura était due au fait que la personne verrouillée a décidé de sauter contre le sens de la clé avec une grosse impulsion au lieu d’abandonner.

Les blessures? Rarement là où on s’y attendrait…

Qu’en ai-je retenu? Les grosses blessures n’arrivent pas nécessairement à cause de l’intensité de l’engagement mais plus à cause d’erreurs de jugement liées à la fatigue ou l’ego ou de cadre mal défini. Pour l’anecdote, la plus grosse blessure que j’ai eu la luxation d’épaule était sous le contrôle d’un BE qui nous faisait faire des exercices de jeux de ballon n’ayant srictement rien à voir avec les arts martiaux…

En tant qu’enseignant, la santé de mes élèves est ma priorité. Se blesser dans un cours de loisir est beaucoup trop impactant pour la vie quotidienne. Le rapport bénéfices/risques n’est pas en faveur du risque à l’entraînement. J’ai donc cherché à identifier les principales blessures auxquelles on s’expose. Ainsi, sur chaque exercice, je sais où sont les risques et je met en place le cadre le plus sécurisé possible pour réduire le risque. Cela fait 4 ans que je n’ai pas eu un seul blessé et je touche du bois.

Typiquement une blessure de fatigue

Voici donc ici le top des blessures qui peuvent arriver et comment les prévenir ou les traiter.

1/ Fracture/ Entorse des orteils

Un grand classique, quel que soit l’art martial, la fracture ou l’entorse des orteils. Les deux causes majeures sont se prendre le doigts de pied entre deux tatamis ou alors d’accrocher un orteil sur un coup de pied. Assez douloureux, surtout très pénible pour récupérer puisqu’on passe pas mal de temps à marcher dessus…

Pour la prévention, attention à ne pas avoir de petits interstices dans les tapis. Mieux vaut des grands à choisir pour ne rien coincer dedans… Pour les coups de pieds, penser à relever les orteils lors de la frappe, ou frapper avec le tibia… Enfin, porter des chaussures d’entraînement limite considérablement ces désagréments.

Recommandations:

Pour l’entorse, on strappe avec l’orteil d’à côté pour maintenir et on immobilise trois semaines. On peut marcher mais pas de sport.

Pour la fracture: on strappe aussi avec l’orteil d’à côté mais se procurer une chaussure de Barouk. Cette chaussure permet de ne s’appuyer que sur le talon, soulageant les orteils. Trois semaines de repos classiquement.

2/ Entorse de la cheville

Un autre grand classique, l’entorse de la cheville. Là aussi, peut toucher toutes les disciplines, ne serait-ce à cause de l’échauffement et de jeux divers et variés où on saute partout… Les échauffements traditionnels ont cela d’intéressant, ils sont ultra sécurisés et très efficaces pour s’échauffer. Jetez-y un oeil si vous avez un moment… Néanmoins, une mauvaise réception suite à un saut, un coup de pied, ou à la réception d’une frappe ou d’une chute peut en être la cause…

La prévention pour une première entorse, l’échauffement et ne pas pratiquer outre mesure en situation de déséquilibre lorsqu’on est fatigué. Ce type de blessures arrive fréquemment avec la fatigue. Attention donc au surentraînement. Pour éviter une récidive, bien prendre le temps de faire la rééducation proprioceptive. Le temps passé à la faire vous évitera des entorses à répétitions qui iront en s’aggravant.

De plus, strappez la cheville si il y a déjà une faiblesse pour éviter les entorses à répétition.

Recommandation:

Voir un médecin pour savoir s’il faut une radio. La radio servira à savoir s’il y a un arrachement osseux, ce qui est considéré comme une fracture. Pour les entorses simples, attelle trois semaines, pas de béquille. Marche avec appui total, repos et kiné dès qu’on enlève l’attelle. La kiné sert à la rééducation proprioceptive principalement.

3/ Rupture ou entorse des ligaments croisés

Paradoxalement, bien que cela puisse être très douloureux, tant qu’on est chaud, on peut ne pas le sentir. Par contre, on se rend vite compte que les appuis sont plus instables et dès que l’articulation refroidit, le genou gonfle et ça fait un mal de chien.

Ce genre de blessures arrivent souvent avec la fatigue lorsqu’on porte du poids. J’en ai vu beaucoup lors de compétitions et d’entraînements de Judo par exemple. Savoir arrêter les combats au bon moment est le meilleur moyen de prévenir les blessures. Le coach doit aussi être capable de faire cela s’il est compétent.

Cela peut arriver également sur des clés de chevilles en torsions.  C’est pour cela qu’elles sont généralement interdites mais certains prennent plaisir à blesser l’autre. Allez comprendre. Là encore, c’est le rôle du coach de cadrer le comportement des combattants. Surtout, n’hésitez pas à abandonner. Un combat vaut moins que votre genou à l’entrainement ou en compétition…

Recommandation:

Différencier l’entorse de la rupture avec un test du tiroir (à faire par un médecin).

L’entorse simple: 3 à 6 semaines d’attelle. Pas de béquille pour la marche. Rééducation kiné pour la proprioception et le renforcement musculaire.

En cas de rupture: traitement orthopédique. D’abord attelle puis musculation du quadriceps et éventuellement une opération. Là aussi, il faudra de la rééducation proprioceptive. Hyper important pour éviter les récidives. J’ai fait l’erreur de ne pas le faire à l’époque où je faisais du judo et du JJB. J’ai enchaîné trois entorses sur deux ans, la première à l’entraînement, les autres dans la vie courante…

4/ Dérangement inter-vertébral mineur

Fréquent en lutte à cause des pressions et faux mouvements mais peut également être retrouvé lors d’une mauvaise position pour une frappe. Pour le coup, pas spécialement grave mais peut être très douloureux et handicapant. en effet, la douleur peut limiter vos degrés de liberté sur certains mouvements.

La prévention viendra surtout d’une bonne écoute de votre corps pour ne jamais le faire aller là où il y a trop de pression.

Recommandation:

Passe seul en quelques jours ou avec un traitement ostéopathique si cela dure trop. Vous pouvez prendre éventuellement du doliprane si la douleur est génânte.

5/ Fracture costale

Typique des sports de combat de percussion. Les côtes cassent facilement lors d’une grosse frappe sous laquelle on se met en opposition. Cela dit elles cassent aussi facilement sur une petite frappe avec un bon angle. Attention sur certains exercices de sol, lorsque le buste est étiré avec peu de mobilité et qu’un gros poids vient tomber dessus, le risque de casse est aussi important.

Recommandations:

Malheureusement, il n’y a pas grand chose à faire à part du repos et des antalgiques, une côte cassée pouvant être très douloureuse à chaque respiration… Comptez 3 à 6 semaines pour la cicatrisation (plus 6 que 3 d’ailleurs…)

6/ Fracture du coude

On pourrait s’attendre à voir des fractures du coude à cause des clés articulaires à l’entraînement. Néanmoins, c’est surtout sur des mauvaises chutes que cela arrive. Ou plutôt, sur des tentatives ratés d’éviter une chute. En effet, en voulant se retenir de tomber avec le bras en extension, si l’angle n’est pas bon, le coude se disloquera. Les dégâts peuvent être avec un bel arrachement ligamentaire et/ou une fracture d’un ou des trois os du coude…

Ce type de blessures arrivent lorsqu’on a peur de tomber (débutant ou manque de technique sur les chutes) ou lorsqu’on ne veut pas tomber (compétition). Dans le premier cas, insister sur le travail de la chute tant qu’il reste de la peur. Dans le second, arbitrer s’il vaut mieux risquer un bras pour une médaille ou garder son bras pour une défaite.

Yoshida a fait son choix

Recommandations:

Là ça va dépendre un peu du cas… N’espérez pas retourner à l’entraînement avant au  moins 2 mois et une bonne rééducation…

7/ Fracture des doigts

Il existe des tas de raisons de se fracturer un doigt lorsqu’on pratique les arts martiaux. Que ce soit en frappant, en luttant, en s’accrochant un doigt dans un kimono, en roulant même. Pour le coup, on y peut pas grand chose à part éviter de demander aux gens de taper dans du béton si on n’est pas préparé.

Heureusement, c’est certainement la blessure la moins problématique du lot. Un strap et trois semaines puis on repart. Pas besoin de rééducation outre mesure. De plus, on peut même continuer à s’entraîner en fonction de la discipline pendant ce temps…

8/ Luxation de l’épaule

Une des pires blessures que l’on puisse subir en terme de séquelles et de durée d’arrêt. La plupart du temps, sur une chute mal gérée avec le bras en extension mais le coude qui a tenu… Ou alors, une chute directe sur l’épaule mais c’est moins courant.

La meilleure prévention est de ne pas transiger sur l’apprentissage de la chute et de se muscler les épaules…

Recommandation:

Le diagnostique est simple: impossibilité totale de bouger le bras avec une déformation de l’épaule. Aller aux urgences immédiatement, le médecin en cabinet aura du mal à la réduire. On parle de 4 à 6 semaines d’immobilisation TOTALE et 6 mois de rééducation avant de revenir à l’entraînement. Le risque d’un retour précipité est la récidive. Le jeu n’en vaut pas la chandelle… Cela s’apprend vite lorsqu’on réalise à quel point c’est compliqué de vivre avec un bras inutilisable…

10/ Fracture du poignet

La fracture du poignet fait partie du triptyque des dégâts possibles lors de la chute sur un bras en extension. On la trouvera plus fréquemment chez les ados et les enfants qui ont les poignets fragiles à cause de la croissance. Dans ce cas, le poignet cèdera plus facilement que le coude ou l’épaule. Il est assez difficile de casser un poignet sur une clé de poignet. Au pire on verra quelques entorses.

Là encore, la meilleure recommandation est de savoir chuter. Muscler le poignet peut servir mais vu le public qui se blesse le plus, la solution la plus accessible n’est pas celle-là…

Recommandation:

Pour un poignet cassé, on plâtre et on garde 3 semaines si c’est l’ulna qui s’est rompu, plutôt 8 si c’est le scaphoïde. Une radio permettra d’y voir plus clair. Par contre, à part pour certains métiers très spécifiques, on ne rééduque pas spécialement.

9/ Nez cassé

Le nez cassé est le classique de la boxe. La plupart des boxeurs se cassent le nez (et en tirent une certaine fierté…). La raison est que le nez est de base assez fragile. C’est donc tout naturellement qu’on trouvera des nez cassés dans les disciplines de percussion.

ça me dépasse d’en être content…

Pour prévenir cela, pas vraiment de solution. Personnellement, j’aime beaucoup les casques à bulle du Kudo. Il existe aussi des casques à grille mais je ne les trouve pas pratique. Sinon, il s’agit au partenaire de faire attention mais on sait tous qu’il y a toujours quelqu’un qui ne le fera pas…

Recommandations:

La différence se fait si il y a une déviation d’une cloison nasale ou pas. En gros, si le nez est droit, on attend environ 3 semaines. Plus si la douleur est encore présente. Si la cloison nasale est déviée, on comptera en plus une opération chirurgicale pour le remettre en place et on comptera encore 6 semaines pour la cicatrisation.

En bonus, on citera également les douleurs liées à des écrasements musculaires qui feront des petites lésions, les tendinites et les lésions des quadriceps et des ischio-jambiers sur des mouvements trop brusques et sur des muscles peu échauffés. Là, pour la prévention bien s’échauffer et surtout bien s’hydrater. Si cela arrive, du repos deux ou trois semaines.

Enfin, attention aux coups de pieds hauts qui entraîneront à terme de l’arthrose…

Conclusion

Les blessures sont communes dans les arts martiaux. Souvent elles sont dues à un manque d’attention ou de préparation. Lorsqu’elles arrivent, l’avis d’un médecin est nécessaire et surtout suivre ses recommandations. Je vois énormément de pratiquants travailler en étant blessés (surtout des jeunes en fait…). Je ne sais pas si c’est pour prouver un truc mais ça se paye plus tard. A savoir que votre capacité à pratiquer en pleine forme diminuera plus vite avec le temps.

En ce qui concerne les profs, la capacité à garder les élèves en bonne santé est directement corrélé à leur progression. En effet, surcharger de travail jusqu’à avoir une blessure est totalement contre-productif puisque la blessure et la rééducation font parfois même reculer le niveau. D’ailleurs, dans le sport de haut niveau que je côtoie pas mal en ce moment, la gestion de la charge de travail pour préserver les athlètes est une notion clé. Lorsque je vois des photos de clubs où la moitié des gens sont strappés, pour moi il y a un problème. C’est également de la responsabilité de l’entraîneur de renvoyer les gens chez eux pour qu’ils se soignent convenablement.

Préservez votre santé et celle de vos élèves. La progression n’en sera que meilleure. De plus, l’accumulation de blessures sape la motivation jusqu’à faire arrêter la pratique. Garder un physique en bon état permettra de durer aussi plus longtemps dans la discipline.

Et vous êtes vous souvent blessés? Comment gérez-vous la blessure? N’hésitez pas à répondre dans les commentaires et à partager cet article s’il vous a semblé intéressant!

Bon entraînement

A bientôt

Yvan

 

 

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