Quel modèle économique pour un professeur d’art martiaux?

Comme nous l’avons déjà vu sur ce blog, vivre des arts martiaux n’est pas quelque chose d’aisé pour la plupart. Dans cet article, nous allons voir quel modèle économique adopté pour essayer de le faire. En effet, vous vous en doutez, le salariat est le pire modèle que l’on puisse envisager pour vivre des arts martiaux, à moins d’accepter d’être un éducateur voir un assistant maternel plus que l’enseignant d’un savoir réellement précieux… Le problème qui dit absence de salariat dit risques et beaucoup de travail. Néanmoins, le jeu peut en valoir la chandelle. Comment développer son activité, nous le verrons ici.

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Introduction

 

Cet article s’intéresse à celles et ceux qui s’intéressent à l’opportunité de vivre de leur passion des arts martiaux. En préambule, il y a un réel problème entre argent et arts martiaux en France. La vision globale causée par le subventionnement massif du sport dans ce pays est que l’enseignement devrait être gratuit. Ce qui paraîtrait stupide pour un médecin, un graphiste, un avocat ou un ingénieur, devient normal pour l’enseignant d’arts martiaux. N’oubliez pas que si vous enseignez, c’est que vous avez vous-mêmes était formé, ce qui a coûté temps et argent, en particulier si vous êtes allés à l’étranger pour le faire! L’enseignement contre rémunération à un certain moment devient légitime. De plus, l’argent, c’est le nerf de la guerre, si ça c’est pas martial…

Par contre attention, la première condition pour pouvoir vivre des arts martiaux est d’être compétent! Si cette simple condition n’est pas là, inutile de chercher à développer quelque chose, ça ne tiendra pas dans le temps… Si cette condition est en place, on peut commencer à discuter du modèle économique le plus viable si vous souhaitez gagner votre vie.

 

Le modèle fédéral

 

Aujourd’hui, de nombreux profs de Judo, de Taekwondo ou de karate vivent de leur enseignement en tant que salarié. Tant mieux pour eux. Ils ont passé des diplômes pour, ont été embauchés dans une structure municipale et font cours à des enfants pour la grande partie. Outre le côté très discutable de savoir s’ils sont encore dans les arts martiaux et pas seulement dans le sport de masse, ce n’est pas un modèle qui a de l’avenir.

Pour comprendre cela, il faut prendre un peu de hauteur. Que l’on aime ou pas la société actuelle, ça ne change rien, on la subit. Or, la météo n’est ni à la réglementation, ni à l’augmentation des subventions publiques. Et alors me direz vous?

Regardons deux minutes comment les clubs fédéraux survivent? Premièrement, grâce à la reconnaissance étatiques. Il y a une réelle main-mise des fédérations sur les salles municipales. Or, il est très difficile d’ouvrir un club sans un accès à ces salles. Par conséquent, il faut passer par une affiliation à une fédération (qui leur fait gagner de l’argent) pour pouvoir les utiliser la plupart du temps. Ensuite, en étant dans une fédération, il faut passer les diplômes d’état pour pouvoir enseigner dans la fédération en question (ce qui lui fait gagner encore de l’argent). Enfin, il faut que tous les licenciés payent une adhésion à la fédération (encore plus d’argent). Ajouter à cela les subvention de l’état qui vont directement à la fédération sous-forme d’argent mais aussi de postes et vous comprenez très rapidement à quel point les fédérations sont dépendantes d’une politique de subvention nationale.

Le deuxième moyen de survie de ce type de clubs c’est les subventions municipales. De nombreux présidents pourraient me hurler que c’est faux et qu’ils arrivent à équilibrer les subventions grâce à leurs cotisations. Or, ce n’est pas le cas. Si on ne compte pas les frais d’infrastructures, peut-être. Maintenant, rajouter le coût de location et d’entretien d’une salle, là ce n’est plus du tout le même délire…

 

L’arrêt des subventions signe l’arrêt du salariat facile

 

Or, la plupart des municipalités et des régions cherchent des économies et des nouvelles recettes. D’ici peu, pour en avoir discuter avec plusieurs responsables, les salles municipales seront louées. Mécaniquement, les clubs devront ajuster cela en augmentant leur prix. Or, pourquoi il y a tant d’enfants aux arts martiaux? Parce que c’est pas cher…

Mécaniquement, cet arrêt des subventions va augmenter le tarifs des adhésions qui va faire chuter le nombre d’adhérents. Alors, les profs salariés vont avoir des jours difficiles devant eux. De plus, on ne peut pas dire que pour la majorité d’entre eux ils se distinguent par leurs grosses différences de compétences. Du coup, ça va être une période compliquée. Voilà pourquoi s’engager là-dedans ne vaut pas le coup. Il faut anticiper.

 

Les sources de revenus du professeur d’arts martiaux

 

Pour la plupart des professeurs d’arts martiaux, les sources de revenus se limitent à l’argent des cotisations et éventuellement quelques stages. Autant dire que pour quelqu’un avec une quinzaine d’élèves, ça pèse peu. En tant qu’auto-entrepreneur, le statut le plus simple au départ, sortir un annuel de 20keuros demande 24keuros de rentrées. Pour 20 élèves, ça demande 2400 euros / an. Juste pas concevable. Et encore, c’est sans compter les frais de salle et de matériel…

Il existe donc plusieurs pistes à explorer. Augmenter les effectifs, augmenter les interventions, augmenter le type d’interventions.

Aujourd’hui, vous avez de la chance, le MMA et les sports de combat sont à la mode. Comme toutes les modes, cela attire tout un tas de gens pour qui ces disciplines ne conviennent pas. Il suffit de voir le turn-over des clubs (le mien le premier). Le point positif est que ça les amènent aux arts martiaux. Ils ont remplacé les films de kung-fu des années 90.  A vous de capitaliser là-dessus avec un bon positionnement.

Aujourd’hui, avec le bon positionnement, avoir entre 60 et 80 adultes dans une grande ville n’est pas un exploit. Par contre, ça implique d’augmenter le volume horaire proposé… En faisant 4 cours par semaine on peut les atteindre sans trop de soucis avec une bonne communication. Ce n’est qu’avec une base importante que vous pourrez également proposer régulièrement des stages en plus des cours. Le stage est très intéressant pour tout le monde puisqu’il permet à la fois d’aborder des thématiques originales et de toucher des gens qui viennent d’autres endroits que votre club.

Enfin, sortez de votre public habituel. Dans chaque art martial, il y a des perles pédagogiques à exporter au sport, au développement personnel, à la santé, à l’entreprise, au commerce… Evaluer ce que vous pouvez faire là dessus pour élargir votre public tout en pratiquant ce que vous aimez.

 

Vivre des arts martiaux est un vrai travail

Le modèle économique pour le professeur d’arts martiaux n’est pas un modèle qui se fait sans travail ou de façon automatisée. Les cours en ligne sont pour la plupart du temps une perte de temps, sauf si votre réputation est immense. Le modèle économique pour un professeur d’arts martiaux demande beaucoup de temps et de présentiel au contraire. Cependant, cela permet de vivre de sa passion. Par où commencer? Par la compétence. Sans compétence, vous n’irez nulle part. Quand je parle de la compétence, c’est une compétence par rapport à votre public cible. Être le meilleur combattant du monde pour faire faire du travail de santé à des gens avec de l’arthrose ne sert pas à grand chose… Connaître par contre ce type de problématiques, les contraintes qui y sont liées, les techniques de votre style et les bénéfices de votre pratique sur le public oui.

Ceci vous ouvre la possibilité de créer quelque chose. Par contre, mauvaise nouvelle, à moins d’avoir déjà une réputation de base, n’espérez pas réussir réellement avant au moins trois ans. Déjà parce que c’est la norme lorsqu’on ouvre une entreprise, ensuite parce que les arts martiaux vivent au rythme du sport: un rush en septembre, un plus petit en janvier et le reste du temps, les gens sont déjà occupés par autre chose… Ces périodes sont donc critiques et vous n’en avez que 6 pour réussir.

 

Les trois premières années pour développer le modèle économique pour un professeur d’art martiaux

 

Ces trois premières années clés doivent donc se préparer. Vous devez avoir une stratégie claire, un positionnement précis, l’administratif en règle et un plan alimentaire… Désolé, ça ne fait pas rêver. Ensuite, vous devez chercher un emplacement. Inutile de voir trop grand au début. La localisation sera un point essentiel à surveiller. Par localisation, je n’entend pas forcément là où il y a le plus de monde. La bonne localisation est celle où se trouve VOTRE futur public.

Ensuite, pensez local. Inutile de faire de la pub à 50 km à la ronde, les gens sauf discipline extraordinaire ne se déplaceront pas sur le long terme à plus de 20 minutes de chez eux. Autrement dit, anticipez rapidement d’avoir quatre créneaux à deux endroits différents. En local, vous serez “en concurrence” avec d’autres écoles d’arts martiaux. En fait, la plupart du temps, si votre positionnement est bien défini, ce n’est pas de la concurrence. Au contraire, les autres attireront du monde vers les arts martiaux en général. En ayant un positionnement clair, vous récupererez ceux à qui les autres clubs ne conviennent pas.

Le meilleur que vous puissiez faire et d’envoyer dans ces clubs ceux que vous identifiez comme incompatible avec votre positionnement. C’est le meilleur moyen d’entretenir de bonnes relations. De plus, vous voulez des élèves qui s’engagent pour la durée, pas des gens qui viennent trois semaines et qui disparaissent. Ce n’est bon ni pour le niveau du groupe, ni pour votre réputation. C’est comme cela que vous créerez une bonne réputation et que les effectifs vont s’accumuler au lieu de se renouveler.

Enfin, nouer des liens avec le tissu local hors arts martiaux. C’est ainsi que vous pourrez développer une clientèle externe.

 

S’exporter et ne pas s’isoler

 

L’isolement peut être tentant. C’est en effet la solution de facilité mais ça amène à un niveau qui périclite et n’oubliez jamais que ce sont vos compétences qui feront votre succès si le modèle économique pour le professeur d’art martiaux est bien mis en place. Allez en stage et faîtes vous connaître des clubs de votre style ou de clubs qui ont un positionnement similaire en allant à leur stage. L’idée n’est encore une fois pas de prendre des élèves. Cette stratégie ne marche pas et est déloyale. Cela sert à ce qu’on vous recommande quand un de leurs élèves se retrouverait à déménager dans votre ville. Si vous êtes dans une grande ville, c’est fréquemment le cas.

Si votre niveau est bon, que vous vous faîtes remarquer en bien lors de ce type de rassemblement, on vous recommandera d’autant plus facilement.

Deuxième point, ne retenez pas vos élèves anciens. Si un de vos élèves habite loin et veut continuer à s’entraîner, ne l’obligez pas à venir vous voir deux fois par semaine. Il ne tiendra pas. Faîtes lui plutôt ouvrir son cours (si vous estimez qu’il a le niveau). Ceci augmentera le public touché par votre pratique. C’est toujours positif. Vous ne pourrez de toute façon pas multiplier les cours à l’infini.

 

Conclusion

 

Vivre des arts martiaux est totalement possible. Moi-même je pourrais le faire si je le voulais en ayant appliqué ces principes (pour un CA autour de 25/30k euros). Toutefois, le temps présentiel à investir est trop important pour moi. Néanmoins, si créer une structure est votre but et de vivre grâce à elle, c’est clairement le modèle économique à suivre. Evidemment, chaque point demande à être précisé pour être mis en oeuvre de façon efficace mais on peut s’en tirer dans les grandes lignes.

Encore une fois, le modèle salarié n’est plus viable selon moi sur le long terme et il es difficile en tant que salarié de se faire une réputation pour se reconvertir derrière. Il y a évidemment des exemples contraire mais des gens qui réussissent à vivre des arts martiaux de façon indépendante, j’en connais peu qui ont commencé par des cours à des gamins.

Le modèle économique pour un professeur d’arts martiaux doit se faire bien en amont. C’est cela qui déterminera sa réussite. En tous cas c’est ma manière de fonctionner.

 

Et vous, vivez-vous de votre passion? Comment avez-vous débuté?

Laissez vos expériences dans les commentaires!

 

Vous souhaitez vivre des arts martiaux mais ne savez pas par où commencer?

J’ai décidé d’accompagner à la création un maximum de 5 personnes par an. Le boulot étant relativement important.

L’an dernier, j’ai accompagné deux personnes pour qui l’installation est en cours.

Vous voulez en savoir plus? N’hésitez pas à me contacter!

 

A bientôt

 

Yvan

2 commentaires

  • Alexis

    Article très intéressant, surtout en additionnant les bonnes idées présentes dans les autres que tu as déjà publiés.
    Une question que je me posais, l’âge d’obtention de ses grades peut-il être un frein pour envisager l’ouverture d’une affaire en lien avec les arts martiaux ? Typiquement, je devrais avoir mon deuxième dan cette année à l’âge de 35 ans.
    L’implication peut-elle compenser une découverte “tardive” du monde des arts martiaux ?

    • Taxam

      Bonjour et merci pour ce commentaire!

      C’est une bonne question. En fait, ça va dépendre de ta discipline pour la voie “facile”.
      Maintenant, si le niveau est là et que la stratégie est bonne, il y a une voie qui peut être difficile mais qui est tout à fait envisageable à condition de continuer à mettre la pression sur sa formation.
      Pour ton cas particulier, prend autre chose en compte, il te faudra au moins trois ans pour tourner correctement, d’ici là tu auras peut-être un troisième dan!

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